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LE RÉGIME ET L’HYGIÈNE

l’exercice énergique en plein air. Aussi recommande-t-il non seulement le travail corporel, mais encore « les autres pratiques accessoires qui entrent dans l’entraînement du pugiliste ».

« Nous recommandons, dit-il, aux hommes la chasse, l’escrime, les exercices militaires, ramer, patiner, les jeux de paume, de billard, de boule, etc., en un mot tous les jeux actifs; sans oublier les travaux manuels ordinaires, tels que les opérations de scier, de fendre le bois, de tourner, etc. ; les travaux actifs du labourage et du jardinage; bêcher, piocher, rouler une brouette, etc. Parmi tous ces exercices, chacun choisit celui qui lui convient et qui prend du charme par l’habitude.

« Pour les femmes, nous prescrivons les travaux les plus actifs du ménage, surtout ceux qui commandent l’action des jambes, plutôt que la station sans marche. Nous insistons sur l’utilité des jeux qui mettent tout le corps et surtout les bras en mouvement, tels que le billard, les jeux de volant, de paume, le piano à pédale, la danse, sans oublier les travaux actifs du jardinage. »

Ces conseils sont à suivre, car' les expériences de Fick et Wiliscenus, dePettenkoferet Voit, deHenneberg et Senator ont montré que le travail musculaire se fait aux dépens des substances ternaires, mais qu’il en résulte une augmentation dans la production de l’urée. Les combustions de carbone sont diminuées chez le

diabétique, mais elles présentent, les jours de travail et les jours de repos, les mêmes oscillations que chez l’homme en bonne santé. Or, si dans un jour de repos l’homme bien portant produit 532 gr. d’acide carbonique le jour et 373 la nuit, avec 21 gr. d’urée le jour et 15 gr. la nuit, il fournit dans un jour de travail 884 gr. d’acide carbonique avec 20 gr. d’urée le jouret400 gr. d’acide carbonique avec 17 gr. d’urée la nuit.

La prescription de mouvements actifs est donc justifiée physiologiquement chez le diabétique. Les exercices à conseiller sont en première ligne : les promenades en plein air, la chasse, l’équitation. La bicyclette, dont l’usage est entré dans nos habitudes à l’égal de l’équitation, nous paraît un exercice encore plus utile que celui du cheval, parce qu’il nécessite des mouvements plus actifs. L’escrime, les haltères, les appareils en caoutchouc qui permettent d’exercer les bras, sont aussi de bons adjuvants.

Les exercices gymnastiques, dans un établissement bien dirigé, faits avec régularité et mesure, sont une excellente pratique, parce qu’ils peuvent être gradués et surveillés et en quelque sorte dosés. La gymnastique suédoise, combinée avec le massage et les mouvements mécaniques, d’après la méthode dè Zander, de Stockholm, donne des résultats parfois remarquables.

Pour que ces divers exercices produisent de bons effets, il est nécessaire de les associer aux massages,

le régime et l’hygiène des diabétiques 61 aux frictions et à l’emploi de l’eau froide en lotions ou en applications de drap mouillé.

Une autre condition, c’est qu’ils soient attrayants. Chacun peut les varier à sa guise, mais il importe qu’ils plaisent au malade. C’est pour cela que nous ne conseillons pas les divers appareils mécaniques, comme par exemple 1 ’ergostat de Gartner, imaginés pour développer un travail musculaire aussi étendu que possible. Ces appareils ont l’avantage de permettre de contrôler et de graduer le travail fourni par le diabétique. Mais tourner cinq cents fois une manivelle de 20 kilogrammètres ou plus nous semble une occupation fastidieuse. Mieux vaut apprendre à tourner sur bois, comme le conseillait Bouchardat.

Mais, ce qu’il importe par-dessus tout, c’estde procéder avec mesure et d’une manière progressive. Il faut que l’exercice soit proportionné aux forces du diabétique. Quand les malades accusent une sensation de lassitude o-énérale, d’affaiblissement avec douleurs vagues dans les cuisses, les reins, les articulations, malaise qui augmente à la moindre fatigue, il est non seulement inutile, mais dangereux, de leur prescrire l’exercice. Des frictions sèches, un massage de courte duree, c est tout ce qu’on peut leur ordonner. On arrive ensuite peu à peu à des mouvements plus actifs, à mesure qu’un traitement approprié a fait baisser la glycosurie et augmenter les forces.

Zimmer a beaucoup insisté sur les inconvénients d’un exercice musculaire trop violent II a montré que dans certains cas, non seulement l’exercice ne diminue pas la glycosurie, mais encore qu’il augmente la quantité de sucre excrétée. Il a même basé sur ses recherches une théorie de deux espèces de diabète, l’un d origine hépatique, l’autre d’origine musculaire. D’après Zimmer, le glycogène peut se former dans le foie aux dépens des matières amylacées, dans les muscles aux dépens des matières azotées. Si on sacrifie un animal nourri de matières féculentes en pleine digestion, on trouve le foie saturé de glycogène, tandis que les muscles n’en contiennent que de petites quantités. Si, au contraire, l’animal est soumis à une alimentation exclusivement azotée, le foie ne contient plus que de faibles proportions de glycogène, tandis que les muscles en sont remplis. D’où la conclusion que, si le foie forme du glycogène aux dépens des féculents, il n’en fait que très peu aux dépens des albuminoïdes qui sont utilisés par les muscles pour cette formation glycogénique.

De là une variété de diabète musculaire, par excès de cette transformation glycogénique des matières azotées dans les muscles, variété caractérisée par la persistance du sucre même après suppression de tout aliment féculent. C’est dans cette forme que l’exercice serait surtout nuisible, et, loin de diminuerlaglycosurie, ne ferait souvent que l’exagérer.

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Nous avons déjà réfuté l’hypothèse de Zimmer dans notre livre sur le Diabète chez la femme: nous n’y reviendrons pas. Pour nous, c’est toujours le foie qui fabrique le sucre en excès, d’abord aux dépens des seuls féculents, plus tard, à une période plus avancée, aux dépens de tout aliment, graisseux ou azoté.

Si au début du diabète, ou dans les formes légères ou moyennes, l’exercice exagéré, sous forme de promenades, de gymnastique,, d’escrime, etc., peut être conseillé avec avantage, c’est que les muscles ont conservé leur intégrité et leur activité et qu’ils peuvent ’ suffire dès lors à l’excédent de combustions qu’on leur impose. Si plus tard les exercices violents deviennent inutiles, c’est que les muscles altérés ou affaiblis n’ont plus l’énergie comburante nécessaire, leur force contractible étant épuisée. Si même, à certains moments, l’exercice devieûf dangereux, c’est que les contractions musculaires, bien qu’amoindries, n’en activent pas moins la circulation sanguine d’une manière intempestive; d’où un double effet nuisible : augmentation du glycogène hépatique formé, par suite de cette activité circulatoire, surcharge du sang par le sucre, par suite de l’impuissance des muscles à le brûler.

En fait, l’exercice peut et doit être prescrit dans les formes légères et dans les périodes initiales du diabète grave, quand la glycosurie est surtout en rapport avec l’ingestion des aliments féculents et que sa plus grande

intensité se constate deux à trois heures après le repas. Il faut le proscrire dans les périodes avancées, quand le sucre rendu est plutôt de provenance azotée que d’origine amylacée.

Il faut, en outre, avoir toujours présentes à l’esprit les conséquences mortelles que peut avoir un exercice violent ou inaccoutumé chez un vieux diabétique. Le surmenage brusque de l’organisme par une fatigue anormale comme une longue course ou un voyage est la cause la plus fréquente du comaacétonémique. Cette cause .est indiquée dès les premières observations de Prout, et, depuis lors, chacun n’a eu que trop souvent l’occasion d’en vérifier l’exactitude.

B. Hygiène de la peau. — L’hygiène de la peau est le corollaire de l’hygiène musculaire. Nous avons indiqué la nécessité des frictions, de l’eau froide à la suite des exercices gymnastiques ou autres prescrits au diabétique.

Il est indispensable que les fonctions cutanées se fassent d’une manière régulière dans le diabète. La peau du diabétique est en effet exposée aux éruptions de toutes sortes, en particulier aux furoncles et aux anthrax; en deuxième lieu, la moindre écorchure, la moindre plaie peut devenir chez lui l’occasion d’accidents prolongés, dont le moindre est la lenteur de la cicatrisation, et le plus grave l’inflammation gangreneuse des tissus, sans compter les lymphangites et les

phlegmons qui peuvent en résulter. Enfin, les refroidissements de la surface cutanée peuvent provoquer des bronchites et des accidents pulmonaires dont la gravité est suffisamment connue.

Gomme hygiène préventive des deux premiers ordres d’accidents, on doit attacher une grande attention aux soins journaliers de la peau. Les bains tièdes, un ou deux par semaine, les bains alcalins, quand il existe des démangeaisons, les bains sulfureux ou les bains de mer chauds, sont également utiles.

Les lotions froides et l’hydrothérapie, suivies de frictions énergiques à l’alcool ou au gant de crin, sont des stimulants généraux qui aguerrissent en même temps le corps contre les refroidissements. Mais il faut ici surveiller de près la manière dont les malades se comportent à l’égard de l’eau froide et l’activité de leur réaction, sous peine de déterminer des effets diamétralement opposés à ceux qu’on se propose d’obtenir.

Cette nécessité de se prémunir contre le froid est justifiée par ce fait que chez le diabétique la combustion des substances ternaires, celles qui produisent la chaleur, est notablement diminuée. Comme, d’autre part, le régime môme prescrit a pour effet la restriction au minimum de ces mêmes substances calorigènes, on comprend l’importance de toute perte de chaleur, qui ne peut être que difficilement réparée. Aussi n’insisterons-nous pas sur l’utilité des vêtements chauds, de

la flanelle, sur le danger des transitions brusques de température.

C’eSt à ce titre aussi que le séjour dans les climats chauds nous semble bon à conseiller. Dès 1811, Christie avait signalé les résultats favorables obtenus chez les diabétiques à Ceylan, résultats qu’il attribuait à la température chaude et égale de cette île. Imray cite plusieurs cas de guérison par le séjour à la Jamaïque et à l’île Maurice. Sans aller aussi loin, il nous paraît indiscutable que le diabétique qui peut passer les mois d’hiver dans les villes des bords de la Méditerranée, à Nice, à Alger, etc., n’en retirera que des avantages.

C. Hygiène morale. — Les chagrins, les préoccupations d’affaires, les pertes d’argent, sont des causes bien établies du diabète et il n’est pas douteux qu’une émotion vive, un accès violent de colère, n’augmente brusquement la quantité de sucre dans l’urine. Le diabétique doit donc éviter les soucis, les tracas d’affaires, les émotions violentes de la politique ou de la spéculation; il doit se borner à une vie tranquille, suffisamment active pour l’occuper, assez uniforme pour ne pas le préoccuper.

« Combattre ses passions, éviter la colère, les préoccupations tristes, la contention d’esprit trop soutenue, éviter aussi le désœuvrement. Pour cela, il convient de régler son temps afin d’avoir pour chacune des heures des occupations déterminées qui utilisent alternative-

le régime et l’hygiène des diabétiques 67 ment les forces du corps et de l’esprit. En un mot, vivre autant que possible en paix et en joie, avec des habitudes journalières sagement ordonnées. »

Tels sont les sages conseils que Bouchardat donne aux diabétiques. Cela sans doute est plus facile a prescrire qu’à mettre en pratique. Il fautnéanmoins le dire, et le diabétique doit être averti que les perturbations morales ne sont pas moins dangereuses pour lui que les fatigues physiques, surtout aux périodes avancées de la maladie.

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