SÉANCE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
Le président, ayant fait part à l’Académie de la mort de M. Barthez, ancien médecin du prince impérial et membre de l’Académie, et de M. Féréol, secrétaire annuel, lève la séance en signe de deuil.
HOSPICE DE LA SALPÊTRIÈRE. — M. R. Vigouroüx.
Par le docteur Aug. Vigouroux,
Interne à l’asile Sainte-Anne.
Obs. II. — Maladie de Basedow datant de trois mois chez une femme de quarante-sept ans. Amélioration très rapide. — P..., quarantesept ans, cuisinière, entre dans le service envoyée par un médecin de la ville avec le diagnostic a goitre exophthalmique ».
Les antécédents héréditaires de la malade ne nous montrent pas d’hérédité directe. Sa mère est morte d’accident; son père, qui faisait des excès alcooliques, fut frappé d’apoplexie foudroyante; sur douze frères et sœurs qu’elle a eus, huit sont morts en bas âge, deux d’une affection de poitrine vers l’âge de vingt ans.
Parmi les collatéraux, elle n’a jamais connu personne ayant eu de goitre ni de maladie nerveuse ou mentale.
Elle-même a toujours eu une bonne santé. Réglée à seize ans sans difficulté, elle a toujours été très régulière.
Elle a toujours été d’un caractère un peu impressionnable, se mettant en colère facilement. Bonne travailleuse, elle s’est occupée comme cuisinière jusqu’à ces derniers temps.
Il y a deux ans, elle eut un violent chagrin et de grands ennuis, l’homme avec lequel elle vivait depuis très longtemps la quitta pendant trois mois.
A partir de ce moment, ses nuits furent moins bonnes; elle éprouvait comme des accès de tremblement qui lui duraient quelques minutes et qui ne la prenaient jamais que la nuit. En
(1) Fin. — Voir Gazette des hôpitaux, 1891, p. 1291.
même temps, elle souffrait de sensations passagères de chaud et de froid.
Elle continuait cependant à travailler, et cet hiver 1890-1891', elle s’est beaucoup fatiguée.
En juillet 1891, elle dut quitter tout travail, à cause de la fatigue qu’elle éprouvait; elle se sentait excessivement faible, avait des vertiges^ des accès de suffocation et des battements de cœur.
Son cou commence à grossir, ses yeux deviennent étranges et sortent de l’orbite.
Elle se décide à consulter un médecin qui, pendant un mois, la traite par la digitale à l’intérieur et les badigeonnages à la teinture d’iode de son goitre, et ce n’est qu’au mois d’aoùt qu’elle fut envoyée dans le service d’électrothérapie.
A son entrée, P... présente le type caractéristique de la maladie de Basedow : les yeux sont saillants, mais on ne trouve ni le signe de de Græfe, ni celui de Mobius.
Le cou, volumineux, mesure 36 centimètres, avec hypertrophie plus grande en faveur du lobe droit du corps thyroïde.
Elle est animée d’un tremblement généralisé.
La peau est moite et rougit facilement au moindre contact.
La résistance électrique, très diminuée, est de 1 oOO ohms.
La sensibilité est intacte des deux côtés du corps.
Pas de zone hystérogène.
Le pouls est accéléré ; il bat 120 pulsations à la minute. L’auscultation du cœur ne révèle aucune lésion valvulaire. La respiration n’est pas accélérée (20 inspirations à la minute).
La malade se plaint d’une petite toux sèche, non accompagnée d’expectoration, qui la gêne beaucoup.
Elle ne dort pas la nuit et fait des cauchemars effrayants.
Elle sent qu’elle est devenue beaucoup plus nerveuse et plus irritable ; mais elle ne se préoccupe pas outre mesure de l’attention que lui portent les gens dans la rue.
Elle est d’une grande faiblesse et incapable de tout travail. Quand elle marche dans la rue, elle est souvent prise de vertiges qui la forcent à s’appuyer contre le mur.
Le traitement fut commencé le 1'*^ août, à l’exclusion de tout autre. Il produisit une amélioration rapide. Dès la troisième séance, la malade avait beaucoup mieux dormi et n’avait plus de cauchemars. Elle se sentait plus forte et avait éprouvé moins de vertiges.
Le 15 septembre, nous voyons le mieux continuer et s’étendre aux autres symptômes.
Les yeux sont bien moins saillants, le gauche est presque redevenu normal, l’œil droit reste encore un peu gros.
Le cou a diminué; il ne mesure plus que 31 centimètres.
La peau est moins couverte de sueur; la résistance électrique est de 3 000 ohms.
Le nombre des inspirations est descendu à 15.
La toux a disparu.
Le tremblement a diminué, et les autres symptômes se sont
GAZETTE DES HOPITAUX
amendés de façon à permettre à la malade de reprendre ses occupations.
Elle se plaint toujours de ses crises de tremblement nocturnes, qui, bien que moins fortes, continuent.
Le 2 novembre 1891, la malade, guérie, ne vient plus à l’électrothérapie.
Obs. III. — W..., étudiante, vingt-sept ans. Mère nerveuse. Pas d’hérédité similaire. Réglée à treize ans régulièrement. N’avait jamais été malade.
En 1882, à la suite de grandes émotions, elle ressentit un grand énervement et vit apparaître des taches de vitiligo.
En 1888, elle éprouva de fortes palpitations; elle constata un commencement de goitre et ses yeux changèrent d’expression. En même temps, elle eut des névralgies faciales, et le tremblement commença avec l’insomnie et les cauchemars terrifiants.
Elle fut d’abord soignée à Genève par le docteur Revillod, qui la traita par l’hydrothérapie et le bromure, sans obtenir de résultat.
Venue à Paris, elle entra à l’hôpital Necker, où elle fut peu améliorée.
Enfin, en octobre 1888, elle était à la consultation de la Salpêtrière, et elle fut soumise au traitement de la faradisation, tout en continuant à prendre successivement du bromure de potassium, de l’arséniate de soude, de la strychnine et de l’hyosciamine. N’éprouvant qu’un léger soulagement, elle abandonne le traitement.
Ce n’est qu’au mois de mars 1889, qu’elle revient à l’électrothérapie. Suivant nos conseils, elle supprime toute autre médication. Le mieux apparaît aussitôt; la malade peut reprendre ses études, passer ses examens de licence et partir pour la campagne en août 1890, se regardant comme guérie.
La santé reste bonne pendant quelques mois ; mais de nouveaux chagrins et des excès de travail intellectuel font reparaître quelques symptômes, tels que l’énervement, l’insomnie, le tremblement. Elle cesse tout travail et se traite par le bromure et k chloral. N’éprouvant aucune amélioration, elle revint à l’éleclrothérapie en juillet 1891.
A son entrée dans le service, la malade présente la triade symptomatique de la maladie de Basedow : les yeux sont gros, le goître légèrement apparent, le pouls bat 120 pulsations, la carotide est tendue; la peau, moite, est recouverte au niveau du cou et des avant-bras de taches de vitiligo.
La résistance électrique, très diminuée, est de 1 230 ohms.
Mais ce dont la malade se plaint le plus, c’est d’un grand énervement, d’insomnies rebelles avec cauchemars terrifiants et d’une incapacité absolue de se livrer à tout travail intellectuel.
Commencé le 10 juillet 1891, le traitement faradique est immédiatement suivi de bons résultats. Au bout de quelques séances, l’énervement diminue, le sommeil revient sans avoir recours au chloral.
Le pouls (le 23 juillet) ne battait déjà plus que 100 pulsations, et les autres symptômes disparurent peu à peu.
La malade peut reprendre ses occupations et ses travaux, et aujourd'hui on peut la considérer comme guérie.
Obs. IV. — H... (Augusta), trente-cinq ans, couturière.
Réglée à quatorze ans ; régulièrement depuis l’àge de vingt ans. N’a jamais fait de maladies, mais a toujours été d’un tempérament délicat.
Pas d’hérédité directe. Père nerveux.
Début de la maladie en septembre 1890 : vertiges, palpitations, énervement, insomnie, tremblement, sueurs, sensation de chaleur, crises de diarrhée, taches de vitiligo sur le front. Pas de goître, mais l’expression du regard était changée.
Envoyée à l’électrothérapie en novembre 1889. Elle fut rapidement soulagée, put reprendre son travail. Abandonna le traitement pendant plusieurs mois, de juillet en septembre 1890. Revint de nouveau ; le mieux réapparut et, et maintenant, bien
qu’elle ne vienne qu’une fois par semaine, tous les symptômes ont disparu. Les palpitations seules réapparaissent quelquefois, mais elles cèdent toujours à une séance d’électricité.
Obs. V. — W..., vingt-trois ans.
Pas d’antécédents héréditaires ni personnels.
A la suite de la perte de sa mère, en 1888, accidents nerveux, tremblement, palpitations, insomnie, cauchemars, idées mélancoliques. Incapacité de se livrer à aucun travail.
Anesthésie pharyngienne, plaques d’hyperesthésie, points hystérogènes au niveau de l’ovaire gauche. Au-dessus du sein gauche, vitiligo limité à la région du cou. Résistance électrique augmentée à gauche.
Traitée depuis le mois de juillet 1890. Suffisamment améliorée pour entreprendre un long voyage.
Obs. VI. — X..., quarante ans, institutrice.
Pas d’hérédité similaire.
Malade depuis trois ans. Exophthalmie. Symptôme de de Græfe. Goître énorme. Palpitations. Tremblement. Sueurs. Insomnie. Cauchemars. Faiblesse. Diminution énorme de la résistance électrique.
Traitée par la galvanisation du nerf sympathique à l’hôpital Necker, n’a éprouvé que peu d’amélioration, a dù cesser le traitement à cause d’une eschare à la région postérieure du cou.
Venue à l’électrothérapie eu septembre 1890, a été rapidement améliorée. A pu abandonner le traitement en septembre 1890. Tous les symptômes se sont amendés.
Obs. VII. — Br..., trente-trois ans, commerçant.
Grand’mère paternelle était affectée d’un tremblement généralisé.
Depuis l’àge de douze ans, il tremble aussi.
En 1886, le tremblement a augmenté, et ses cheveux, sa barbe et ses poils sont tombés symétriquement. En même temps, il avait de la tachycardie et de l’oppression.
Traité à l’hôpital Saint-Louis sans résultat pendant un an. A été envoyé à l’électrothérapie en mai 1890.
Anesthésie à droite, accompagnée d’augmentation de la résistance électrique du même côté.
Les poils n’ont pas repoussé, mais les palpitations ont disparu et le tremblement a diminué à tel point que, depuis avril 1891, il a pu reprendre son travail, tout en venant régulièrement se faire électriser.
Obs. VIII. — G..., quarante-quatre ans.
Tante paternelle avait un goître (?).
Malade depuis deux ans. Goître surtout marqué à gauche. Exophthalmie. Palpitattons. Tremblement. Énervement. Résistance très diminuée.
Au bout d’un an se considérait comme guérie. A abandonné le traitement. A la suite de chagrins et de grandes émotions, est retombée malade en juin 1891. Elle est revenue à l’électro thérapie, et de nouveau elle est très améliorée.
Obs. IX. — D..., trente-sept ans, ménagère.
Sa grand’mère a des attaques d’hystérie. Son frère est débile.
Malade depuis 1887, ses forces ont commencé à diminuer, son cou a grossi, ses yeux sont devenus hagards et fixes, puis très gros; elle a été prise de tremblement, puis de palpitations très violentes. Pendant dix-huit mois, elle fut sujette à des crises de diarrhée, auxquelles succédèrent des vomissements.
Pendant deux ans, elle ne fut pas réglée.
Elle n’a plus de sommeil. Cauchemars terrifiants; elle voit ses parents morts.
Elle a toujours trop chaud, est couverte de sueurs.
Elle est. entrée à l’hôpital le 13 février 1888. Fut traitée pendant six mois par la galvanisation du cœur et du cou.
N’ayant aucune amélioration, elle partit pour la campagne, où son médecin l’électrisa également sans résultat.
Venue dans le service le 13 septembre 1891.
GAZETTE DES HOPITAUX
Exophthalmie énorme. Le cou mesure 37 centimètres.
Le pouls bat 82. On compte 24 inspirations à la minute. La résistance électrique n’est que de 810 ohms.
Elle se plaint surtout de l’insomnie, des cauchemars et de faiblesse.
Le 10 octobre, la malade dort sept heures par nuit, n’a plus de cauchemars. Elle se sent un peu plus forte. Les yeux sont moins gros. Le pouls est à 88. Le cou mesure 33 centimètres. Le nombre des inspirations est de 18 à la minute.
0b3. X. — Ch... (Alice), vingt-quatre ans.
Début de la maladie en août 1890, à la suite de chagrins. Palpitations. Vertiges. Tremblement. Énervement. Insomnie. Exophthalmie légère. Goitre peu apparent.
Venue à l’électrothérapie en juin 1891. Se trouve très améliorée.
Tous les symptômes se sont amendés.
Obs. XL — L..., vingt-huit ans, étudiant.
Pas d’hérédité similaire.
Début de la maladie en 1882, à la suite de fortes émotions. Tremblement. Exophthalmie légère. Palpitations (92 pulsations à la minute). Énervement. Sueurs. Résistance très diminuée.
Venu à l’électrothérapie en juillet 1891. Se trouve très amélioré. Peut cesser le traitement.
Obs. XII. — A... (Marguerite), vingt ans.
Malade depuis deux ans. Vertiges, palpitations, tremblement. Insomnie, cauchemars. Idées de suicide. Hémi-anesthésie gauche. Point hystérogène sous-mammaire du même côté. Tension des carotides.
Traitée depuis octobre 1889. Améliorée depuis un an.
Obs. XIII. — Tav..., trente ans, forgeron.
Malade à la suite d’un accident de chemin de fer. En février 1891, un mois après, a été pris de palpitations avec crises d’étouffement. Tremblement dans les jambes et les bras. Ses yeux ont changé d’expression. Sueurs. Sensation de chaleur exagérée. Insomnie.
Le pouls bat 80 pulsations. Tension énorme de là carotide. Résistance électrique, 900 ohms.
Entré à l’électrothérapie le 13 octobre 1891.
3 novembre : le sommeil est meilleur; il n’y pas de modification dans les autres symptômes.
Obs. XIV. — Brod... (Adeline), trente-deux ans, cuisinière.
Début de la maladie, juillet 1890, à la suite d’un orage. Exophthalmie énorme. Goitre (le cou mesure 37 centimètres). Palpitations (130 pulsations). Crises d’étouffement. Insomnie, cauchemars. Sueurs. Énervement. Hémi-anesthésie gauche; point ovarique du même côté. La résistance électrique est augmentée de ce côté.
Entrée à l’électrothérapie le 13 octobre 1891.
Le 3 novembre, la malade est déjà améliorée ; l’insomnie, l’énervement ont disparu en partie.
En présence de ces résultats, on ne peut nier que le procédé plus ancien de la galvanisation se montre inférieur. De l’aveu même des auteurs qui le préconisent, Erb entre autres, il n’est guère efficace que contre la tachycardie, les autres symptômes n’en étant que peu ou point modifiés.
Un autre motif d’ordre moins important de ne pas employer la galvanisation contre la maladie de Basedow est la possibilité des eschares. Ces eschares, déjà si fréquentes dans les conditions ordinaires, en raison du laisser-aller que prend habituellement une application souvent répétée, deviennent vraiment difficiles à éviter dans cette affection à cause de la diminution considérable de la résistance électrique.
Une malade traitée ailleurs par la galvanisation (observation X) s’est présentée à la Salpêtrière avec une eschare
à la partie postérieure du cou. A son dire, à l’hôpital, on avait fini par lui laisser le soin de s’électriser elle-même. Une autre malade avait des eschares sur les paupières supérieures.
Enfin, il est facile de prévoir ce qu'il arriverait si l’on suivait le procédé, conseillé par l’auteur d’un manuel, qui consistait à faire traverser la région cervicale pendant dix minutes par le courant de vingt éléments au sulfate de cuivre. Le courant pourrait avoir, dans le cas d’un malade à résistance fortement diminuée, une intensité de 20 à 30 milliampères, c’est-à-dire aurait dépassé l’extrême limite des intensités employées en électrothérapie.