‹ Traitement du leucome par l'ammoniaqueChapitre 6 sur 14 · APR TN · texte numérisé non relu

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TO TES après leur destruction, formant ainsi un enduit gélatineux qui isole l’ammoniaque de la surface cornéenne.

Telle est la manière de procéder que nous avons adoptée après l'avoir essayée sur plusieurs malades. Ce sont ces divers cas d'opacités qui nous ont fourni les indications et les contre-indications de l'emploi de l’'ammoniaque liquide, et c'est des résultats obtenus que nous avons tiré nos con-

clusions.

Première Observation

M. Jean, 65 ans, journalier, se présente à la clinique ophtalmologique, se plaignant d'avoir complètement perdu la vue depuis quelques mois. 11 y à vingt ans, un éclat de pierre l’a frappé dans l'œil gauche et a déterminé une large plaie cornéenne. A la suite de ce traumatisme, un léger néphélion est apparu; l’opacité a ensuite pris des dimensions plus considérables, et, à l'heure actuelle, cette taie est devenue tout à fait opaque. Nous ne relevons la trace d'aucune affection conjonctivale ni récente, ni ancienne, pas de trichiasis. Le leucome occupe presque le centre de la cornée, mais il laisse entre la selérotique et lui une assez large bande de tissus transparents, une certaine portion d'iris est visible à la partie supérieure.

La chambre antérieure est peu profonde; elle semble même avoir presque complètement disparu. L’œil droit n'offre à considérer qu'une légère hémorragie sous-conjonctivale de date ancienne et dont le malade ignore l’origine. Le tonus de l'œil est légèrement au-dessous de la normale.

18 mai. Nous faisons une première application d'ammoniaque liquide qui détruit d’abord l’épithélium. En frottant légèrement avec le pinceau, on éprouve la sensation d’un

lissu granuleux et comme constitué par des granulations calcaires.

21. Le malade commence à distinguer assez nettement les barreaux de la fenêtre. La bouillie enlevée est très blanche, les tissus diminuent rapidement d'épaisseur. Seconde cautérisation.

23. L'iris est aperçu nettement à travers la cornée très éclaireie ; la pupille est nette, mais présente une pointe d'enclavement. Cautérisation.

27. L'éclaircissement est notable, mais le malade éprouve de fortes douleurs. L’œil droit est, lui aussi, sensible à la pression, ce qui nous fait craindre l'apparition d'accidents sympathiques. Le traitement est suspendu, et des instillations de glycérine iodoformée sont faites. L’hypotonie a un peu augmenté.

5 Juin. Les douleurs ont complètement disparu; le malade y voit à peu près pour se conduire en ne se servant que de l'œil malade. Le collyre à la glycérine iodoformée a été instillé chaque jour. A l'éclairage oblique, l’opacité a beaucoup diminué d'épaisseur, mais l’altération est profonde et atteint la membrane de Descemet; c'est pour cela que la guérison complète ne pourra être obtenue. Du reste, il faut tenir compte de l’âge du malade, chez qui les échanges nutritifs sont très ralentis. Nous devrons donc nous contenter d’une amélioration assez notable.

Observation II

K... ben Ali, 60 ans. L’œil gauche est malade depuis cinq ans. Nous ne trouvons pas de granulations ni de tissu eicatriciel consécutif à du trachome. Le malade ne se souvient pas que sa cornée ait été traumatisée. Une assez grande quantité de cils déviés frotte sur la conjonctive bulbaire. Le

# 7548) de

— 20 — À malade n'en éprouve aucune douleur. La vue est complètement abolie, une lumière très intense n'est même pas perçue. Actuellement, un vaste leucome occupe presque toute la cornée. La surface est lisse, l’épithélium non dépoli. La chambre antérieure paraît très légèrement diminuée de profondeur.

16 mai. Nous détruisons par l’électrolyse les nombreux cils déviés. |

17. Après avoir instillé quelques gouttes d’une solution de cocaïne au 1/30, nous faisons une première application d’ammoniaque. L'épithélium est détruit sur une assez large surface et la couche opaque est entamée. |

Quelques capillaires sont ouverts et laissent suinter un peu de sang. La lame élastique, détruite partout où le pinceau est passé, est encore retenue à sa périphérie et flotte au-devant de la perte des substances. | |

21. Deuxième application d'ammoniaque liquide sans résultat apparent. L'éclairage oblique montre les tissus dégénérés très épais ; des îlots très denses sont comme plongés dans des milieux moins opaques.

25. Nouvelle cautérisation. Après. plusieurs badigeonnages successifs, nous apercevons, en nous servant de la loupe, un point beaucoup moins crayeux que le reste des tissus; le tout est très aminei. Glycérine iodoformée. |

3 juin. Pas d'amélioration notable malgré les soins prodigués et les instillations de glycérine iodoformée faites ces derniers jours. Le malade, mis en face d’une lumière assez vive, commence bien à percevoir quelques rayons lumineux, ce qu’il ne pouvait faire auparavant, mais on ne peut guère prétendre qu'il ait retiré du traitement quelque avantage notable. Toute l'épaisseur de la cornée est opaque, il faudrait arriver Jusqu'à la membrane de Descemet pour détruire tous les tissus sclérosés, ce que nous ne pouvons faire. Le résultat est done presque négatif et très peu satisfaisant,

Observation III D

S... Nicolas, 5 ans, est conduit à la clinique des maladies

. des yeux à l'hôpital de Mustapha, le 14 avril 1900. I y a six | mois environ que sa mère s'est aperçue d’un léger staphy- .. lome cornéen droit. Peu à peu, une légère taie s’est formée ‘ augmentant d'épaisseur et d’étendue. Depuis trois ou quatre

> mois, elle reste stalionnaire. Les conjonctives palpébrale et - bulbaire de l'œil droit n'ont été le siège d'aucune lésion - inflammatoire. Jamais de granulations ni de pannus cor- | 14

néen. Pas de dystichiasis, ni d’entropion; jamais de kératite … phlycténulaire. Le petit Nicolas a les chairs flasques, le teint * pâle; c'est un Iymphatique dans toute l'acception du mot. Voilà vraisemblablement la cause de son affection. Le leucome occupe le centre de la cornée, empêchant ainsi la vision des objets : la lumière seule est un peu perçue. A l'éclairage oblique, l'iris ne semble pas adhérent. Tous les traitements employés sont restés inefficaces.

44. Nous faisons après cocaïnisation une première application d’ammoniaque. La bouillie blanchâtre caractéristique de la destruction des tissus opacifiés ne tarde pas à faire son apparition. A la loupe, ilest facile de constater un éclaircissement notable.

18. Le petit malade commence à distinguer les contours des objets placés en pleine lumière. Avee le pinceau très légèrement imbibé d’ammoniaque, nous attaquons directement le feucome, qui disparaît avec une grande rapidité. A la place du vaste albugo constaté Le jour où la mère à apporté son enfant à la clinique, il ne reste plus qu'un néphélion très léger. La pupille est facilement aperçue, le tonus de l'œil normal. Pas de photophobie ni de larmoiement,

21. Le petit malade est tout joyeux el montre qu'il peut compter ses doigts à une assez grande distance. Troisième application d'ammoniaque après cocaïnisation et écartement des paupières au blépharostat. Le caustique dissout les traces d'éléments encore peu transparents et le néphélion disparaît. La brèche faite à la cornée par les destructions successives de ses lamelles, quoique étant assez profonde, est bientôt complètement réparée. Chaque jour, quelques gouttes de glycérine iodoformée au 1/10° seront instillées dans l'œil malade. La mère doit ramener son enfant dans quelques Jours. :

29. A l'éclairage oblique, l’éclaircissement est complet, et il ne reste plus trace de nébulosité dans l'épaisseur des tissus cornéens. Malheureusement, le staphylome paraît avoir très légèrement augmenté. L'épithélium est tout à fait régénéré. Plusieurs élèves qui examinent cet œil diagnostiquent un staphylome pellueide, alors que quelques Jours auparavant nous nous étions trouvé en présence d'un staphylome complètement opaque. La vue est distincte même pour les objets assez éloignés; elle serait bien meilleure si ce n'était la myopie produite par l'allongement «exagéré de l'axe antéropostérieur du globe oculaire. Dans tous les cas, la vision binoculaire est rétablie chez cet enfant, et le résultat obtenu est satisfaisant.

Observation IV

R... ben Mohamed, 50 ans environ, se présente à la clinique ophtalmologique, le 10 mai 1900. Il y a quatre mois que la cornée de l'œil droit a commencé à s'opacifier ; depuis, la vue est devenue de plus en plus trouble pendant que la taie passait par toutes les phases, depuis le néphélion le plus transparent jusqu'à l'albugo le plus opaque. De nombreux

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Le TRES cils exercent un frottement continuel sur le globe oculaire. Jamais de granulations ni de traumatisme antérieur ; pas de kératite parenchymateuse. Le dystichiasis peut seul être incriminé. Les cils sont détruits par l'électro-puncture. L'éclairage oblique montre un leucome O D occupant presque toute la cornée et ne laissant à la périphérie qu'une bande large de 3 millimètres environ de tissus translucides et sains en apparence.

10 Mai. Première application d’ammoniaque. Immédiatement après, la loupe montre un léger éclaircissement, surtout

vers le centre; cependant le malade ne distingue ni les

objets, ni la lumière.

12. Deuxième cautérisation. L'œil malade arrive à percevoir une vive clarté.

14. Troisième application : on distingue facilement dans le leucome des îlots opaques au milieu de régions qui le sont beaucoup moins. Du côté externe, le malade voit l'ombre de sa main.

16. Quatrième application. Pendant les deux Journées précédentes, de vives douleurs ont été ressenties. Photophobie intense ; les vaisseaux conjonctivaux sont dilatés. L’acuité visuelle qualitative de cet œil ne pourra être notée aujourd'hui : elle le sera ultérieurement. Pansement humide.

17. Les douleurs persistent. Le chémosis est un peu moins intense, mais l'injection carminée périkératique continue. Nous notons de la photophobie et du larmoiement. Glycérine iodoformée ; deux douches de vapeur seront prises auJourd'hui, et ce soir instillation de sulfate d’atropine.

22, Nouvelle cautérisation par l’ammoniaque. L'éclaireissement est très notable. Aujourd'hui, le contact du pinceau

est un peu douloureux, malgré l’anesthésie locale produite

par la cocaïne. Get alcaloïde, en excès dans les culs-de-sac conjonctivaux, est précipité par l’ammoniaque. Nous lavons

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