II. — RACLAGE
Préconisé par Volkmann, employé avec succès par la plupart des dermatologistes français, le raclage semble être la méthode de choix quand on a affaire à des sujets indociles porteurs d’un grand lupus du tronc ou des membres.
Instruments. — Pour cette opération, on se servira avecavantage de curettes de différentes grandeurs. Les curettes fenêtrées de M. Besnier et celles de Vidal ont les unes et les autres leurs avantages.
Mode opératoire. — Le malade étant chloroformisé, on attaque les parties malades préalablement lavées soigneusement, avec une grosse curette tenue solidement comme un couteau; avec le bord coupant de l'instrument, on racle superficiellement, pas profondément, de manière à enlever seulement les croûtes et à découvrir les clapiers.
Puis, laissant de côté la grosse curette, on prend une curette plus fine, et avec celle-ci on nettoie soigneusement les parties fongueuses, on fouille les logettes creusées dans l'épaisseur de la peau, on énuclée jusqu'aux moindres parcelles de tissu morbide, en pénérant aussi profondément qu'il le faut. La sensation du
el
tissu sain qui résiste est tout à fait différente de celle que donne le tissu malade, mollasse et friable : et avec un peu d'habitude, on sent très bien où et quand il faut s'arrêter.
Les parties saines seront naturellement épargnées, mais toutes les parties suspectes doivent être soigneusement évulsées. L'aspect des tissus raclés est alors caractéristique : c'est à peu près celui d’un champ qu'on vient de labourer.
L'hémorrhagie, généralement assez abondante, est facile à arrêter. Une simple compression ouatée, faite de préférence avec du coton ordinaire aseptique, comme lerecommande M. Brocq, suffit habituellement. Les applications d’antipyrine au 1/5 ou au 1/10 sont fort efficaces. Le perchlorure de fer, et surtout le nitrate d'argent et le chlorure de zinc, agissent doublement, comme hémostatiques et comme caustiques. Enfin, au cas où un vaisseau de quelque importance serait lésé, on letoucherait avec une pointe de thermocautère au rouge sombre.
L'hémostasefaite, il sera 2vantageux de cautériser les surfaces cruentées avec du nitrate d'argent ou du chlorure de zinc. Puis on fera un pansement à la gaze iodoformée. Ce pansement est renouvelé tous les deux jours par le médecin lui-même ; lorsque la gaze iodoformée est trop irritante, on peut la remplacer par de la gaze aseptique simple ou saupoudrée d'aristol.
Les substances caustiques employées après le raclage varient suivant l'opérateur.
C'est ainsi que Leloir employait la solution suivante :
Bichlorure de mercure ..... 1 QT.
Alcoolatoo peste 2uctieer dr ;
ps dAMMP2SOIET.
GINGérMe Lee. Lun. fau
Faurdistliéeteststus su 500 gr.
.On peut également se servir d'acide lactique, de naphtol camphré, de résorcine camphrée.
Résultats. — Les plaies informes dues à cette opération brutale en apparence et peu élégante, se cicatrisent avec une rapidité surprenante. Le résultat est infiniment meilleur que celui auquel on aurait pu s'attendre. De vastes ulcérations lupiques sont rapidement transformées en une surface cicatrisée, dans laquelle n'existent plus que quelques tubercules isolés auxquels il sera facile de donner la chasse avec une pointe de galvano-cautère. La citatriceainsi obtenue est malheureusement irrégulière, couturée, incomparablement moins belle que celle que donne la scarification.
Indications. — Ce procèdé s'applique surtout au lupus de grande étendue des membres, du tronc ou même de la face. Son grand avantage, c'est la rapidité avec laquelle il améliore des ulcérations jusque-là rebelles à tout traitement.
Onpeutaussil'employer pour le lupus des muqueuses; aux fosses nasales en particulier, il donne de beaux succès. Dans ce cas, l’action de la curette sera avantageusement complétée par des cautérisations à l'acide
lactique au 1/10°, au nitrate d'argent, au chlorure de zinc, au galvano-cautère, pratiquées immédiatement après leraclage. On aura soin les jours suivants de faire de fréquentes pulvérisations à l'eau boriquée, de façon à détacher les croûtes qui pourraient obstruer les fosses nasales. Chaque pulvérisation sera suivie d'une application discrète de poudres antiseptiques : iodoforme ou aristol.