III. — IGNIPUNCTURE
Historique. — C'est depuis une vingtaine d'années seulement, après la découverte d'instruments maniables, légers, peu effrayants pour le malade que la cautérisation ignée commença à se vulgariser comme moyen thérapeutique. Guibout, en 1880, traita pour la première fois à l'hôpital Saint-Louis un lupus de la face avec le thermo-cautère de Paquelin ; les résultats furent encourageants. En substituant quelques années plus tard, en 1883, le galvano-cautère au thermo-cautère, M. E. Besnier rendit la cautérisation ignée tout à fait pratique. La légèreté et le maniement facile de ses instruments, la grande variété de formes des cautères qu'il fit construire, les heureux résultats qu'il obtint, contribuèrent puissamment au succès de ce procédé thérapeutique.
Instruments. — Le cautère au fer rouge est aujourd'hui un instrument un peu suranné; la difficulté de son maniement, l'incertitude des effets qu'il produit lui ont fait préférer le thermo-cautère de Paquelin
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et surtout le galvano-cautère. On l'emploie pourtant encore dans certains hôpitaux, notamment à l'hôpital de l’Antiquaille de Lyon.
Thermo-cautère de Paquelin. — Cet instrument est connu de tout le monde. Il est donc inutile de le décrire. Son grand avantage, c'est la facilité avec laquelle on peut faire varier le dégré de chaleur de la pointe de platine et la maintenir pendant un temps considérable à une température constante. On aura soin, si on veut l'utiliser en dermo-thérapie, de choisir des pointes très fines qui causent moins de douleur, font des escarres plus limitées et des cicatrices moins apparentes. Pour les praticiens qui habitent la campagne, le thermo-cautère est un instrument indispensable, commode et non fragile.
Le galvano-cautère est de beaucoup l'instrument le plus parfait et celui qui donne les meilleurs résultats. Toutefois il n'est pas susceptile d'être employé partout et par tous. Pour qu'il fonctionne, il faut en effet une source d'électricité; les piles et les accumulateurs dont on se sert à cet usage sont lourds et encombrants, leur maniement est assez délicat, leur entretien exige des soins. Très commode à la ville, dans le cabinet du médecin ou à l’hôpital, il cesse d'être pratique pour le médecin de campagne.
Il est constitué par un fil de platine recourbé en U qu'on fait rougir par le passage d'un courant électrique. La source électrique employée est tantôt une batterie de piles, tantôt une batterie d’accumulateurs.
Les accumulateurs donnent un débit plus constant que les piles; mais pour qu'ils ne se détériorent pas, il faut s'en servir fréquemment ou les maintenir toujours à charge. Pour cela, on les donne à recharger quand leur débit diminue, ou bien on les intercale dans le circuit lorsqu'on a la lumière électrique chez soi.
Les piles qui donnent les meilleurs résultats sont les piles au bichromate de potasse. Lorsqu'on ne les utilise pas, il faut avoir soin de remonter les zincs en dehors du liquide. Il suffira de les redescendre dans le liquide pour mettre la pile en activite.
Les cautères qu'emploie M. Besnier ont des formes très diverses : aplatis, arrondis, gros, fins, tranchants, grillagés, etc. « Le médecin devra avoir à sa disposition une pointe fine, une grosse, une grille à deux dents, unc autre à trois dents etune pointe à longue tige pour l'intérieur de la bouche et les fosses nasales ; les couteaux ne sont pas nécessaires (1). »
. Anesthésie. — Comme pour la scarification, l'anesthésie n'est pasindispensable, mais souvent les malades pusillanimes la réclament et l'exigent. Les injections de cocaïne peuvent alors être employées. Lorsqu'on se sert d'éther ou de chloréthyle, il faut penser au danger dü à l'inflammation possible de ces liquides volatils au contact du métal rougi. La congélation a ici les mêmes défauts que nous avons décrits à propos des scarifications.
(1) L. Brocq. — Traitement des Dermaloses par la petite chirurgie et les agents physiques.