CHOIX D'UN TRAITEMENT
L'esquisse rapide que nous venons de tracer des nombreux traitements du lupus, des instruments spéciaux que nécessite chacun d'eux, de la manière de s'en servir, des résultats qu'on en peut tirer nous a amené a faire les remarques suivantes :
Parmi les traitements du lupus les uns sont absolument inefficaces, d’autres produisent des améliorations passagères, quelques-uns donnent des guérisons durables.
Les médications capables de guérir le lupus sont: la scarification, l'ignipnucture, la scarification ignée, les méthodes chirurgicales (ablation, autoplasties, greffes, raclage), les caustiques, la méthode Finsen.
De ces divers procédés lequel est le meilleur? L'idéal serait évidemment de trouver un traitement facile à appliquer, indolore, donnant en peu de temps des guérisons définitives et des cicatrices parfaites. Analysons chacune de ces qualités et voyons quels
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sont les traitements qui les réalisent en tout ou en partie,
1) Des cicatrices excellentes, Fa scarification en donne; quand la guérison a été obtenue par ce procédé, à l'endroit où siègeait le lupus la peau est blanche et souple, elle a la couleur des téguments sains, elle n'est pas couturée et ne présente ni saillies n1 dépressions; la cicatrice est si bonne que parfois on ne saurait dire où est la limite des tissus précédemment malades.
La méthode de Finsen seule peut rivaliser avec la scarification pour la beauté des résultats plastiques obtenus ; ell: ne produit pas de pertes de substance, et l'aspect de la cicatrice est de tous points excellent.
L'ignipuncture employée seule produit souvent des kéloïdes, et des brides fibreuses d’un effet désagréable quand elles siègent au visage.
Malgré l'habileté des chirurgiens, les autoplasties et les grefles de Thiersch ne donnent pas des résultats plastiques impeccables ; les coûtures restent visibles, les déformations . asymétriques sont fréquentes: enfin : le nez, les lèvres, les paupières, lorsque le lupus siège en ces points, sont loin d'avoir après l'opération un aspect parfaitement normal.
Quant au raclage, personne, croyons-nous, ne l’a vanté pour l'esthétique de ses résultats.
Les caustiques donnent des cicatrices apigmentées, indélébiles. IIS provoquent souvent des pertes de substance, qui, en se comblant, amènent des rétrac-
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tions cicatricielles et défigurent le malade, Aussi leur emploi est-il presque abandonné.
2) Des guérisons définitives ont été obtenues par tous les procédés de choix que nous venons d'énumérer. Après la guérison apparente, sile malade est soigneusement tenu en observation, il est rare que l'on ne constate pas pendant quelque temps des récidives bénignes provenant de tubercules oubliés. Ce fait a lieu pour toutes les méthodes de traitement: scarification, ignipuncture, rayons lumineux, caustiques, et aussi pour l’ablation chirurgicale : d'après la statistique du professeur Lang, il y aurait en eflet dans environ 1/3 des cas opérés des repullulations au pourtour de la zone enlevée.
Traitées rapidement ces récidives ont en général peu de gravité; ce sont comme les dernières étincelles d'un incendie qui s'éteint. On ne doit pas oublier pourtant que si on ne les soignait aussitôt qu'elles apparaissent, elles pourraient prendre un développement considérable, parfois en peu de temps. Ces récidives ont lieu en général pendant les deux premières années qui suivent la fin du traitement. Passé ce temps, il est rare qu'on en observe, et le malade peut être tenu pour définitivement guéri.
Ajoutons qu'il est malheureusement des cas qui résistent à toutes les médications; le jour n'est pas encore venu où l'on pourra rayer de la dermatologie le mot « lupus intractabilis ».
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3) La durée du traitement elle aussi a son importance. R
Nul ne saurait être plus rapide que l’ablation chirurgicale suivie de la réunion par première intention, de l’autoplastie, de l'application de greffes de Thiersh ; à condition toutefois qu'il n'y ait pas de suppuration. Cette méthode triomphe des cas les plus rebelles, elle est nettement indiquée toutes les fois que le lupus est opérabie et siège en un lieu où la beauté de la cicatrice est d’un intérêt secondaire. « Par elle, a dit le professeur Lang au dernier Congres de dermatologie (août 1900), vous guérirez en quelques jours des malades, qui ont en vain cherché la guérison pendant des dizaines d'années. Vous rendrez le désir de vivre à des gens qui étaient à charge à eux-mêmes et aux autres»
La méthode Finsen opère des cures assez rapides: six mois est le chiffre moyen de la durée du traitement. Remarquons toutefois, que de tous les modes de médication, c'est le plus assujettissant puisque les malades sont traités tous les jours, parfois deux fois par jour, et qu'ils sont obligés de venir pour cela à un hôpital souvent fort éloigné de leur domicile. Aussi cette méthode n'est-elle applicable qu'à ceux qui ont des loisirs nombreux et habitent une grande ville pourvue des appareils nécessaires.
L'ignipuncture agit avecune rapidité relative ; beaucoup plus vite à coup sûr que la scarification. La facilité avec laquelle on peut la pratiquer, la possibilité pour le malade de reprendre son travail après chaque
séance en font une méthode en quelque sorte rustique et éminemment pratique.
De tous les traitements, la scarification est le plus lent; par contre c'est un des plus faciles à suivre. Une séance par semaine suffit en eflet, et, après la séance, le malade peut reprendre ses occupations. De plus ce moyen thérapeutique est à la portée de tous les médecins et peut être pratiqué en tous lieux; il n’est pas d'instrument moins cher, plus léger, plus pratique que le scarificateur de Vidal. La scarification est le traitement de choix de la femme de toute condition, riche ou pauvre, de la campagne ou de la ville, qui préfère attendre un peu plus longtemps sa guérison, afin de n'être ni défigurée, ni enlaidie.
La durée moyenne de ce dernier procédé est à peu près double de celle de la méthode Finsen. Toutefois, si, au lieu d'envisager le temps brut écoulé depuis le début du traitement jusqu'à la guérison, on fait le compte du total des heures que le malade a passées entre les mains de l'opérateur, on se convaincra aisément que la durée effective du traitement dans la méthode Finsen est en réalité bien supérieure à celle qu'exige la scarification. |
Ainsi, la scarification, prolongée pendant une année, correspond à peu près à 26 heures de séances opératoires, à raison d'une séance d'une demi-heure environ par semaine ; tandis que le traitement de Finsen, qui ne dure que cinq mois, exigerait une série d'opérations d’un total de 180 heures, à raison de une heure un quart par Jour.
Il va sans dire que la considération qui-précède n'a d'intérêt sérieux que pour ceux qui disposent de peu de loisirs et auxquels leurs occupations quotidiennes interdisent tout dérangement un peu fréquent.
4) La douleur produite par la médication n'est pas un point négligeable ; c'est mème souvent pour les personnes très sensibles, la chose capitale.
L'ancsthésie chloroformique supprime, on le sait, toute souffrance ; mais, sans compter le malaise et les vomissements que donne le chloroforme après l'opétion, chaque fois qne l'on se fait endormir on court des risques ; les accidents à la vérité sont très rares ; mais enfin ils sont possibles et cela doit entrer en ligne de compte. Aussi réserve-t-on l'emploi du chloroforme pour les opérations chirurgicales telles que l'ablation, le raclage et la scarification ignée.
L'ignipuncture et la scarification sont toutes deux fort douloureuses, et il ne faut pas trop compter sur les anesthésiques locaux qui ne font guère qu'atténuer la souffrance sans la supprimer radicalement. Il est vrai que si la douleur est vive pendant l'application du traitement, elle n’est pas de longue durée.
Au contraire, les rayons chimiques de Finsen ne provoquent à peu près aucune sensibilité au moment de leur application ; mais, le lendemain et durant quelques jours, on éprouve une sensation de cuisson, parfois intense, ordinairement modérée.
Les malades qui ont pu comparer les divers procédés thérapeutiques, trouvent généralement que les rayons