HYGIÈNE
Par ce mot assez vague d'hygiène, nous entendons la règle de vie, le modus vivendi, nettement formulé par le médecin et qui doit être observé strictement par le tuberculeux désireux de guérir. Les bases de ce traitement hygiénique sont la cure d'air etla suralimentation.
Tout le monde sait que la cure d'air telle qu'on la pratique dans les sanatoria donne chez les tuberculeux des résultats excellents. Grâce à elle, l'appétit est surexcité eton peut suralimenter les malades dont l’état général s'améliore rapidement.
De plus, le lupus lui-même se modifie notablement, ‘alors même qu'il n'est soumis à aucun traitement local.
M. Morin, médecin du sanatorium du Mont-Blanc à Leysin, nous a donné sur ce point l'intéressante observation que voici :
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X..., 35 ans, est arrivé il y a environ 6 mois à Leysin, portant au sommet droit un foyer d'infiltration et de ramollissement assez étendu. Indépendamment de son affection pulmonaire, il avait deux larges plaques de lupus, l’une, à la face interne du coude gauche, l’autre, sur le dos de la main. Ce lupus était en voie de progression, et présentait de nombreux noyaux disséminés à sa périphérie. La plus grande surface était ulcérée et couverte d’une épaisse couche de pus desséché. Après quelques mois de cure d'air d’altitude, l’état général du malade s'est beaucoup amélioré, et l’état du poumon s’est modifié d’une manière extrêmement favorable. En même temps, le lupus a considérablement changé d'aspect. Plusieurs des nodules périphériques se sont résorbés. La surface ulcéreuse s’est nettoyée et recouverte d’un épiderme solide, et toute la masse lupeuse qui proéminait fortement sur la surface de la peau saine s’est diminuée au point de ne se différencier de la peau voisine que par une couleur rouge et une induration assez marquée. Je n'ai fait à ce lupus aucun traitement; le malade s’y étant refusé après une application unique d’une pâte arsénicale qui avait provoqué un peu de douleur.
Ce n’est pas une guérison complète, mais une amélioration extraordinaire qui a marche de pair avec le changement survenu dans la bacillose pulmonaire d’un malade qui présentait à son arrivée un mauvais état général.
Cette observation et quelques autres exemples semblables que nous connaissons, prouvent nettement qu'en soignant l'état général du lupique on agit souvent avec efficacité sur le lupus.
Insuffisante pour amener la guérison complète d'une
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tuberculose cutanée, la cure d’air des sanatoria est donc néanmoins un des meilleurs adjuvants du traitement local. Son influence se fait sentir non seulement sur le lupus en traitement, mais aussi, mais surtout sur l'organisme du malade qu'il importe avant tout de modifier en se souvenant qu'un lupique est toujours un candidat à la bacillose pulmonaire.
Cette cure d'air des sanatoria est fort coûteuse, et, partant, inaccessible à certaines bourses. Dans la pratique elle peut être remplacée jusqu'à un certain point par une hygiène raisonnée, surveillée par le médecin. En quoi donc consistera ce traitement hygiénique ?
Il est évident que nous ne pouvons donner ici des règles immuables d'une hygiène applicable tous les malades. Autant de cas, autant de prescriptions diverses. Pour prendre un exemple, nous supposerons avoir affaire à un parisien atteint de lupus, ou à un malade venu à Paris pour se soigner.
Actuellement, presque tous ceux qui se trouvent dans ces conditions habitent Paris chez eux ou à l'hôtel et vont de temps à autre se faire soigner aux consultations des hôpitaux, ou chez le médecin qui les traite. Pareil état de choses est loin d'être l'idéal. L'air de Paris, chargé de microbesest une source d'infection continuelle pour ces organismes en étet de moindre résistance, et on est en droit de s'étonner que quelques-uns d'entre eux parviennent à échapper à cette tuberculose pulmonaire à laquelle ils s'exposent si bénévolement. Combien ces malades feraient mieux
au lieu de se confiner dans une chambre fermée, au lieu de respirer cette atmosphère viciée et de vivre la vie antihygiénique du parisien, d’aller s'installer dans une bourgade des environs, d'où ils viendraient de temps en temps se faire soigner à Paris. Là, habitant une maison autant que possible abritée du vent et bâtie sur un sol sablonneux, comme il en existe tant aux alentours de Sèvres, à Antony, à Robinson, par exemple, ils seraient à même de suivre constamment les prescriptions hygiéniques que tout tuberculeux devrait observer, et dont les grands traits sont la suralimentation et la cure d'air.
Voici, pour fixer les idées, l’ordre du jour d'un tuberculeux de 25 ans et placé dans les conditions énoncées plus haut :
Matin : premier déjeuner à 7 h. 1/2, se composant de : deux œufs à la coque peu cuits, avec mouillettes beurrées, ou encore une tasse de chocolat ou de café au lait avec tartines de beurre et de miel.
À 10 heures : 60 grammes de viande crue.
On se servira de viande de bœuf raclée au couteau de façon à éliminer toutes les fibres tendineuses : on la prendra dans du bouillon froid, de la gelée de groseilles, ou tout simplement avec du poivre et du sel.
De 10 heures et demie à midi: cure d'air. Etendu sur une chaise longue placée dans le jardin, sur un balcon ou devant la porte, abrité du vent par un parasol, entouré de couvertures, une boule d’eau chaude
Aie —
aux pieds, le malade respirera tranquillement jusqu à l'heure du déjeuner.
À midi : déjeuner. Œufs, viandes grillées, légumes en purée. Comme boisson, de l’eau, ou de l'eau rougie. Pas d'alcools ni de vins dits réconfortants.
De 1 à 2 heures : promenade à pied, lentement, et autant que possible en terrain plat; ou à bicyclette en évitant tous les efforts.
De 2 à 4 heures : cure d'air sur la chaise longue.
À 4 heures : prendre 6« grammes de viande crue ; puis nouvelle séance de cure d'air.
À 7 heures : diner. Comme le déjeuner de midi.
De 8 à 9 heures : cure d’air sur la chaise longue placée dans une chambre, la fenêtre entr'ouverte.
À 9 heures : coucher. La fenêtre doit rester entr’ouverte ; un paravent sépare la fenêtre du lit du malade de façon à éviter les courants d'air.
Tel sera le programme de la journée. C’est à peu près celui que suivent les tuberculeux dans lessanatoria ou les stations climatériques où ils vont chercher la santé. En le mettant à exécution, le malade peut être assuré de se trouver dans d'excellentes conditions pour guérir; nous possédons un certain nombre d'observations detuberculeux vivantsetguéris dans lesenvirons de Paris, grâce à l'exacte et persévérante pratique de ces principes.
En résumé, le traitement général consiste à :
Améliorer l'hygiène du lupique (exercice raisonné, séjour au grand air);
Du
Modifier peu à peu son tempérament par des médicaments appropriés.
Cette médication a pour résultat de développer l'appétit du malade qui mange bien et engraisse, et de le mettre à même de résister à l'envahissement bacillaire. On ne devra pas oublier toutefois, qu'employée seule, elle est toujours insuffisante à guérir le lupus:et doit être regardée seulement comme un adjuvant excellent du traitement local.
C'est aussi le jugement que l'on peut porter sur les cures d'eaux thermales dont les plus préconisées sont :
Kreuznack,. Salies de Béarn, Salins, Bez (Eaux chaudes); Bagnères deLuchon, Barèges, Uriage, Allevard (sulfureuses); La Bourboule,le Mont-Dore (arsenicales).