VIII. Affections douloureuses de la moelle épinière
Il s’agit ici de ces affections graves de la moelle épinière, de ces myélites superficielles, de ces scléroses des cordons postérieurs et d’autres lésions encore mal déterminées, qui s’accompagnentde douleurs vives, persistantes, suivant le trajet des nerfs sciatiques, ou de douleurs en ceinture, ou d’irradiations douloureuses vagues non délimitées dans leur distribution anatomique.
Je parle surtout de la maladie grave qui, sous le nom d’ataxie locomotrice, ou de sclérose des cordons postérieurs de la moelle, produit cette série multiple de douleurs, d’hyperesthésie, de crampes, de contractions partielles, sans type, sans régularité, constituant les douleurs fulgurantes ; il est des ataxiques qui, pendant des années, ne présentent pour ainsi dire, que cette forme douloureuse si bien décrite par Duchenne de Boulogne ; ils n’ont que peu de troubles moteurs, pas de phénomènes oculaires ; la maladie est dissociée, comme Charcot l’a bien démontré.
Dans ces conditions, et quel que soit du reste le degré des troubles de la motilité, il y a des périodes d’aggravation, qu’on pourrait appeler des douleurs fulgurantes, des crises violentes, qui alternent parfois avec les crises stomacales, et qui peuvent durer des mois entiers.
Il s’agit de soulager ces malheureux ataxiques de leurs cruelles souffrances ; or, dans ce but, nous avons employé, le plus souvent sans succès, les moyens calmants, les sédatifs les plus énergiques, tels que les injections de morphine, le chloral en potion ou en lavement qui produisent quelque répit, mais dont on est obligé d’augmenter la dose jusqu’à produire le morphisme, le chloralisme.
On a essayé les courants continus, qui malheureusement ne sont pas indiqués dans la période des crises, l’hydrothérapie, qui ne donne aucun résultat favorable dans les phases douloureuses déjà maladie, les eaux calmantes, comme celle de Néris, qui semblent procurer quelque bien, ainsi que je l’ai con-
stalé, enfin le bromure de potassium qui débilite considérablement les malades.
Dans les circonstances perplexes le salicylate de soude produit le plus souvent un calme immédiat. J’ai vu à l’hôpital un fait des plus probants chez une femme âgée de 54 ans, deux cas dans ma pratique particulière, un quatrième cas avec mon distingué collègue Vidal; de son côté M. Bouchard a bien voulu me remettre quatre observations recueillies à l’hôpital de Bicêtre sur des ataxiques dont la maladie remontait à de longues années : — au moment des crises douloureuses, M. Bouchard administra 10 grammes de salicylate de soude : les douleurs cessèrent le jour même ouïe lendemain ; presque toujours on fut obligé, après avoir supprimé la prescription, d’y revenir pendant quelques jours, et au bout d’un temps variant de 10 à 15 jours les douleurs avaient cessé d’une manière définitive.
Chez une ataxique que j’ai observée à l’hôpital, les douleurs disparurent au bout de deux jours ; mais la malade s’étant refusée, à cause des bourdonnements d’oreilles et de la surdité, à continuer le remède, les crises reparurent; puis cédèrent définitivement lorsque la malade consentit à l’usage continu du médicament.
Dans les deux cas que j’observai dans ma pratique les douleurs vives s’atténuèrent rapidement. Il en fut de même chez un ataxique, pour lequel M. Vidal voulut bien demander mon avis; les douleurs disparurent immédiatement, mais il resta des crampes non douloureuses dans tes pieds au moment de la marche.
Outre les ataxiques, j’ai eu l’occasion de traiter trois malades atteints de myélite avec paraplégie incomplète et douleurs d’irradiation dans les membres inférieurs. Je parvins à faire cesser les douleurs; mais il m’a semblé que le médicament augmentait la faiblesse musculaire, et je discontinuai l’usage du médicament dès que les sensations douloureuses vinrent à cesser.