TRAITEMENT PAR LA FARADISATION
Le mode opératoire de l’électrisation faradique, tel que M. le Dr Garel l’'emploie, peut être décrit comme il suit : Le malade est placé debout ou assis sur une chaise, Le col du vêtement grandement ouvert, la tête rejetée enarrière, le cou tendu.Les électrodes employés ont leur extrémité formée d'olives métalliques non recouvertes de peau de chamois. Ils sont portés chacun sur un côté de la région autéro-latérale du cou.
On procède par frictions de haut en bas, de temps en temps seulement par une sorte de tamponnement, sans dépasser en arrière le bord antérieur du sterno-cléidomastoïdien et de son chef sternal ; en haut, l’angle du maxillaire inférieur ; en bas, on arrive Jusqu'à la base du cou : c’est la faradisation externe ou percutanée. Comme première tentative, on fait une séance d’une à deux minutes. Le succès parfois ne se fait pas attendre, mais à une condition, c’est que l'intensité du courant soit suffisante. En donner la mesure serait difficile, 1l faudrait un « appareil semblable à un milllampèremètre, se plaçant dans le circuit et facile à lire » (Bordier). Pratiquement on peut doser, pour ainsi dire, la faradisa-
MoN
tion d’après la sensibilité du malade ; 1l arrive souvent qu'au début de la séance, bien qu'on fasse passer un courant d’une force donnée, le malade n’en accuse pas la sensation : cela tient à la résistance de l’épiderme qui va en s’atténuant, de sorte qu'il ne faudra pas augmenter trop brusquement, au début, le courant faradique.
La faradisation interne ou intra-pharyngée se fait à l’aide de l’électrode pharyngien,long de 15 centimètres environ, à branches réunies mais parfaitement isolées, libres à leur extrémité, ayant une courbure à rayon plus grand que les instruments servant pour le larynx, rappelant la courbure des pinces pour les corps étrangers de l’œsophage. L'appareil est monté sur un manche de galvanocautère ; on le promène sur les parois du pharynx.
Le courant faradique, dans cette méthode, sera d’une intensité plus faible que dans la méthode précédente, à cause de la conductibilité toute particulière des Ussus humides et du rapprochement des pôles.
Résultats.
La méthode de la faradisation dans le traitement du spasme de l’œsophage a donné les résultats les plus satisfaisants.
Pour en avoir une preuve, 1l suffit de savoir que les vingt-sept observations que nous rapportons de M. le Dr Garel ne sont pas le résultat d’un choix fait parmi les plus intéressantes, mais bien la série complète de tous les cas d'œæsophagisme renconirés depuis 1894
= jusqu’à aujourd'hui. Tous ont été traités par la faradisation et tous peuvent être comptés comme des succès, deux exceptés. Chez le jeune malade de l’observation XVII, la cause de l’insuccès a échappé tatalement; c’élait un néoplasme, le temps l'a démontré, chez l’homme de l'observation IX.
Le spasme essentiel a toujours cédé, en effet, à l’acüon des courants induits, instantanément et après une seule tentative. L'agent qui provoquait la constriction de l’æsophage a toujours été avalé immédiatement après, avec une facilité très grande. Que les électrodes soient portés sur la région cervicale ou dans le pharynx lui-même, le résultat paraît être le même ;
cependant, disons en passant, que dans un cas
(obs. XIIT), le spasme a cédé plus vivement à la faradisation intra-pharyngée qu'à la faradisation percutanée.
Mais cette guérison, si instantanée, si complète, estelle définitive? Chez un malade (obs. VII), revu neuf mois après, le spasme ne s'était pas remontré. La malade de lobservation XXV a passé quinze jours absolument libre des atteintes du spasme. La récidive n’a eu lieu qu'un mois après chez le malade de l’observation XXII. Chez quelques-uns on note des récidives quelques jours après, récidives qu'une nouvelle faradisation faisait disparaître à nouveau. D’autres n’ont pas été revus. Si l’on était quelque peu optimiste, on pourrait dire qu'il est à croire que quelques-uns de ceux-là ont été complètement guéris, mais nous ne voulons pas voir dans la faradisation une médication si merveilleuse qu'elle empêcherait à Jamais le retour du
SANTO mal, Nous dirons, au contraire, qu'avec la faradisation il faut avoir la même ligne de conduite qu'avec le cathétérisme : recommencer la faradisation si le spasme
re parait.
Avantages de la faradisation.
La faradisation ést une arme de même nature que le cathétérisme, mais ayant des avantages, du moins nous semble-t-1l, plus appréciables.
. Nese présentant pas sous l'aspect d'une opération, toujours effrayante aux yeux des malades, elle est, en général, mieux acceptée de ceux-ci et mieux supportée,
Le diagnostic étant établi, on peut toujours faire la faradisation, on ne peut pas toujours faire le cathétérisme. Aujourd’hui, l'obstacle est si résistant qu'on n'ose le franchir, 1l faudrait agir de force et, par conséquent, s’exposer à commettre quelque lésion grave. Dans ce même cas, la faradisation triomphera de l’élément spasmodique. Plus grands encore sont les avanages dans certains cas. Est-ce un rétrécissement, spasmodique ou non, avec lésion cancéreuse? Est-ce un rétrécissement spasmodique idiopathique? Si la réponse est parfois facile, 1l n’en est pas toujours ainsi. On a souvent des raisons sérieuses de douter. Plongera-t-on alors dans l’œsophage un cathéter avec l’espoir de ramener quelques débris, dont l'examen microscopique fera reconnaître la nature
Certes, cette opération n’est pas sans danger : les fausses routes, les ruptures de la paroi œæsophagienne dégénérée ne sont pas si rares qu'il ne faille pas avoir
no à craindre la perforation des organes de voisinage, plèvre, péricarde ou gros vaisseaux. Aucun de ces dangers n’est à craindre avec la faradisation.
Bien plus : la faradisation peut éclairer le diagnostic. On faradise, par exemple, un malade se plaignant de dysphagie. Il ressent immédiatement une amélioration et croit pouvoir avaler. Il essaie, quelque chose le gêne encore el, quelques minutes après, ce sont les mêmes vomissements qu'auparavant : voilà le pseudo-spasme du cancer. Si la faradisation échoue, ou n'amène qu’une amélioration, comme dans l'observation IX, l'idée doit venir d’un spasme surajouté à une lésion néoplasique de l’œsophage ; on songera aussi à la tuberculose, quoique rare (Mazott).
Si, au contraire, la faradisation est suivie d’une disparition nette de la contraction, on aura très certainement affaire à un spasme idiopathique ou sympathique. Elle permettra donc d'ajouter un signe aux signes existant déjà, moins sûr que celui du cathétérisme, 1l est vrai, pour diagnostiquer une tumeur maligne, mais suffisant el moins dangereux.
Le cathéter nous renseigne sur le siège de l'obstacle; mas quand il s’agit d'un rétrécissement spasmodique, à quoi nous sert d'en reconnaître la place ? D'ailleurs, à ce point de vue, le cathétérisme n’est pas à l'abri de toutes les erreurs. Il faut compter avec l’épaississement du cartilage cricoïde, comme l'a fait remarquer Kœnig, avec les tumeurs du médiastin, lanévrysme de l'aorte, les tumeurs ganglionnaires ou abcès ossifluents et d’autres causes d’erreur encore.
Il arrive que la première exploration de cathété- :
risme n'ayant pas réussi, on ne parvient à faire pénétrer la sonde qu’à la deuxième, la troisième, la quatrième exploration ; il est à remarquer, au contraire, que le spasme, lorsque de par sa nature il devait céder, a cédé dans tous les cas à la première tentative de faradisation.
Enfin, le cathétérisme, s'il doit être répété, même sans fausse route, expose, comme l’a mentionné Bullroth, à la formation d’abcès péri-æsophagiens, tandis qu'il n’y a, ce nous semble, aucun inconvénient à répéter la faradisation. |
Toutefois, cette méthode, avec les avantages que nous croyons avoir fait ressortir, est loin d’exclure le traitement des maladies causales, qui seront, au contraire, le but de tous les efforts.