CHAPITRE PREMIER
ETIOLOGIE
De l'étude clinique du spasme de l'œsophage, il ressort que cette affection ne germe que sur un terrain approprié, et n'apparaît presque toujours que sous l'influence d’une cause appréciable. Il y a donc lieu de séparer les causes prédisposantes des causes déterminantes.
Causes prédisposantes. — Jilles tiennent à l'état général du sujet, à son tempérament. Le spasme de l'œsophage étant lui-même dans certains cas une névrose, sera alors l'apanage de tous ces états névropathiques tels que nervosisme, neurasthénie, hypocondrie, de ces névroses telles que l’hystérie, l’épilepsie:; mais tandis que l’on retrouve toujours du nervosisme chez les malades frappés d'œsophagisme, les cas ne sont pas rares où l'on ne trouve aucun des signes de l’hystérie, Comme terrain favorable à l’éclosion du
spasme, nous pouvons relever une chorée de Sydenham qui, chez une jeune fille, a précédé d’un an l'apparition de l’œsophagisme (obs. VIII).
Aux diathèses mentionnées comme causes prédisposantes : rhumatisme (Monneret), goutte (Spring), herpétisme (Romberg), nous ajouterons dans un cas la lithiase bilhaire (obs. XII), dans un autre une albuminurie intermittente, dans un troisième une albuminurie dont l'apparition a coïncidé avec l'apparition du spasme (obs. XXIIT).
Il ne vient aujourd'hui à personne l'idée de mettre en doute l'influence prédisposante de l’hérédité : dans un cas de Stevenson, le spasme se reproduisait de mère en fille,
Tout le monde connaît aussi le rôle important que joue l’âge dans la production du spasme œsophagien : c'est de quinze à quarante ans qu'il se montre le plus fréquemment, mais disons cependant que le relevé des observations que nous avons sous les yeux nous donne des chiffres différents : 50 malades dont 16 ont de 42 à 65 ans ; dans 2 cas seulement le diagnostic de cancer pouvait être réservé.
C'est le sexe féminin, dit-on, qui paie le plus lourd tribut à l’œsophagisme : vingt fois plus que le sexe masculin (thèse de Pflimlin, 1886). Si l’on tient compte de ces manifestations légères, de ces formes atténuées qui se traduisent par un serrement à la gorge, par une sensation de boule ou autres sensations bizarres telles que sensations d’épingles, de peau, de cheveux, de miettes de pain, c’est incontestablement la femme qui lent le premier rang.
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Si, au contraire, il s'agit de véritable spasme de l'æsophage, le nombre des hommes forme une proportion tout aussi considérable que le nombre des femmes. Pour notre part, nous constatons vingt-cinq femmes et vingt-cinq hommes,
L'état social exerce, sans nul doute, une influence sur le développement du rétrécissement spasmodique : c'est dans la classe aisée que l’on a l’occasion de le constater le plus souvent ; voilà pourquoi, peut-être, l'œsophagisme encombre peu les hôpitaux ou les cliniques spéciales gratuites.
Que dire des climats et des saisons ? Peut-être n’estce qu'une simple coïncidence, mais 1l n’en est pas moins vrai que,de l’ensemble des observations qui font l’objet de notre élude, il ressort ce fait que , pendant la saison chaude de mai en septembre, le spasme s’est déclaré moins fréquemment. Mondière, d’ailleurs, avait cru pouvoir nettement impuler un cas à un climat froid.
Causes déterminantes. — Si la prédisposition individuelle existe, une cause extérieure quelconque peut donner naissance au spasme de l’œsophage. A ce propos, on a incriminé à Juste Utre les passions, les émotions, les peines morales touchant à l'affection ou à l'intérêt, la peur. la colère, en un mot, une émotion psychique quelconque, une auto-suggestion.
L'influence de la crainte de la rage a été tout particulièrement signalée (Serres', John Ferriar?) : le fait
1 Bibl. méd., t. XXXIX, p. 234.
? Bibl. méd. t. XLIIL., p. 332.
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le plus connu, au milieu de beaucoup d’autres, est celui de Barthelémy, professeur à l’école d’Alfort qui, se croyant atteint de la rage, ne put rien avaler pendant quinze jours. Nous pouvons citer l'exemple d'un homme qui, sachant que sa femme était atteinte d’une tumeur abdominale, est prisde la crainte d’une affection cancéreuse et présente les symptômes d'un rétrécissement spasmodique (Garel). Chez un autre, observé également par le D" Garel, la cause déterminante a été la crainte d'un cancer après la lecture de livres de médecine : à côté de « l'hypocondrie rabique », on a donc, on peut le dire « l'hypocondrie cancéreuse ».
On a cité encore l'influence de la dentition (Courant), l'évolution difficile de la dent de sagesse (Paulin).
Certains médicaments peuvent encore être incriminés,en voici quelques-uns : la jusquiame (Roques) ; un émétique trop violent (Carron); la belladone (Jaccoud, Trousseau) ; l'arsenic, les champignons (Albert); des fruits de hêtre (Liebig).
L'observation I est, à ce titre. tres curieuse, car ce n’est pas l’ingestion de la menthe, mais, au contraire, sa suppression qui détermine un accès d’œsophagisme. Un homme avale de l’eau phéniquée, une gorgée seulement; 1l n’a pas et n’a jamais eu de douleur; depuis ce Jour, le passage d’un corps solide à travers le conduit œsophagien provoque le spasme (obs. X).
Il s'agissait d’acide sulfurique avalé dans les mêmes conditions dans l’observation de Axenfeld!.
! Union méd,, t, XIIT, 187»,