HISTOIRE CLINIQUE DE LA MÉTHODE DE BACCELLI
Le (raitement du télanos, avons-nous dit, doit mettre à profit les notions mises en lumière sur l’origine et la nature spécifique du tétanos. La thérapeulique, élant donné la nature infectieuse du télanos, doit donc être une thérapeutique antiseptique, anlimicrobienne. Déjà, avant que le sérum antitétanique ne s'imposäl comme médication spécifique rationnelle, des essais avalent été faits dans ce sens. Au premier Congrès de la Société italienne de médecine interne, tenu en 1888, le D' Baccelh rapporta un cas de guérison du télanos par les injections hypodermiques d'acide phénique. Il imjectait 1 cenligramme de substance active toutes les heures ou toutes les deux heures. et la dose, disait-il, pouvait êlre portée à 2 centigrammes pour les cas urgents,
Baccelli avait déja, depuis des années, fait usage avec succès des injections d'acide phénique à la dose de 15 à 30 centièmes de grain! d'acide phénique dans le traitement de la névralgie, soit aiguë, soit chronique ;
{ Grain = 0 or. 0648.
en particulier, elles eurent un résultat efficace dans de nombreux cas de sciatique, parmi lesquels quelquesuns étaient rebelles. Ces résultats heureux l'amenèrent à essayer ce mode de traitement dans le tétanos. Il trouva que la tolérance des Létaniques pour l'acide phénique allait toujours en augmentant.
En 1890, Baccelli applhiquait le mème traitement avec succès à un nouveau lélanique. À la même époque, un troisième cas de guérison était observé par le D' Paoini. En 1889, Baculo Bartolomeo de Naples {(Gaz. Osped. 1890) signalait un cas de guérison du télanos traumatique par les injections hypodermiques de sublimé corrosif au 1/100, mais l'observation ne paraît pas concluante, car on avait employé concurremment les bains tièdes, le chloral, le bromure de potassium, la pilocarpine. ;
Le principe de la méthode de Baccelli, défini par Ascoli en 1898, dans une communication à l'Académie de médecine de Rome, se rattache à l'existence des chaînes latérales d'Ehrhch; les centres nerveux sont la partie atteinte de préférence par le tétanos, pendant que le poison subit une combinaison chimique. L'acide phénique a d’un côté, in vitro, une influence d'arrêt sur les cultures du bacille du tétanos, d'un autre côté, son action s'exerce, à dose toxique, de préférence sur les centres nerveux. Pour Ascoli, l'acide phénique va à l'encontre de l’action du poison, dontil ralentit la formation, et peut-être favorise--11l la formation de l'antitoxine.
Depuis les premières observations de Baccelli, les in- Jections d'acide phénique ont eu une assez large applica-
Lion dans le traitement du {étanos.Ce traitement a donné d'excellents résultats aux chirurgiens italiens Bidder, Cimbali, Becker, Tricola, ete. En 1898. Ascoli rapportait 32 cas de guérison sur 33 cas de tétanos. À ces cas doivent être ajoutés un certain nombre d’autres, soit d'auteurs italiens surtout, soit d'auteurs étrangers. Unedernière statistique récente ramène à 77 le nombre des cas de tétanos traités par les injections phéniquées, avec une mortalité de 12 à 13 pour 100.
Baccelli avait été amené à se servir de l'acide phénique, par la considération que celte substance micro bicide est un médicament modérateur des réflexes et un antithermique. La pratique vint justifier ces vues el, d’après une quarantaine de cas, Salvioli était auto risé à donner sur la méthode les conclusions favorables suivantes :
« Les injections d'acide phénique atténuent sensiblement les spasmes et les contractures.
« Elles agissent comme antitoxiques.
« Elles modèrent le pouvoir réflexe des centres nerveux.
« Elles satisfont à la plupart des indications du traitement et s'adaptent à la majorité des cas.
« Elles donnent de meilleurs résultats que la séro thérapie. »
Cette méthode scientifique n'a pour ainsi dire pas élé suivie en France, où on ne lui a accordé aucune conclusion précise, ne lui jugeant pas un passé suflisant pour l'apprécier. Nous n'avons relevé que quatre cas, un de Gancel (1893) et trois à l'Hôtel Dieu de Lyon, un cas dansle service de M. le professeur Poncet,
T0 — el deux cas de M. le professeur agrégé Pic, dont un cas de mort.
Il semble pourtant, d'ores el déjà, que, si on n'a pas d'idée préconçue et partiale, 11 faut reconnaître, d’après les résultats cliniques obtenus, que les injecions d'acide phénique constituent une méthode pratique et indiscutable contre le tétanos, côté scientifique démontré par les expériences de Kitasato, Babès et Tizzoni, côlé pratique démontré par les observations cliniques d'une nombreuse statistique.
Ce sont ces deux points qui nous permettront le mieux d'apprécier et de juger l’expérimentation, et l'applica-
lion au télanos humain, des injections phéniquées.