ROUE
Il faut encore que le courant ait de la constance. Becquerel a réalisé cette condition par l'emploi d’une pile à deux liquides. Les piles de Daniell, de Bunsen, de Marié-Davy et de Leclanché la réalisent aussi.
Nous diviserons l'examen des procédés du traitement électrique
de la névralgie sciatique en :
1° Procédés qui utilisent les courants faradiques ou induits;
2° Procèdés qui utilisent les courants galvaniques ou continus.
8 Ie — Procédés qui utilisent les courants faradiques
A.— Méthode de DUCHENNE, DE BOULOGNE. — Duchenne, de Boulogne, recommande les courants induits. Sa méthode est révulsive. Elle consiste à diriger un courant sur le nerf malade, ou bien à produire une excitation sur un point éloigné de la peau, à provoquer de la sorte une douleur vive qui agit comme un puissant révulsif. On peut comprendre comment l’on a pu préconiser dans le traitement de la névralgie sciatique la cautérisation de l’hélix, ou du dos du pied.
Pour Duchenne, d’ailleurs, bien des analogies semblent exister entre son procédé et la cautérisation ignée. Mais il n'hésite pas à donner la préférence, comme efficacité thérapeuthique, à la faradisation localisée.
« Une douleur vive et subite, dit Duchenne, de Boulogne, développée sur un point quelconque de l'enveloppe cutanée, jouit de la propriété de modifier profondément certaines névralgies
sciatiques. Par quel moyen? Je ne connais pas d'agent qui répon-
ETS
de mieux à cette indication spéciale que le faradisme appliqué à l’excitation de la peau. La cautérisation cutanée par le fer rouge approche un peu de son action thérapeutique par l’instantanéité de son action, mais elle désorganise les tissus, et la douleur qu’elle produit ne peut-être graduée comme la faradisation, selon le degré d’excitabilité du sujet ou de l'organe soumis à son action. De plus, cette cautérisation doit être pratiquée rapidement, sous peine d'étendre profondément son action désorganisatrice, et la vive douleur qu’elle produit cesse à l'instant où l’eschare est formée. La faradisation cutanée, au contraire, respectant les tissus peut être renouvelée, et pratiquée indifféremment dans toutes les régions, même à la face; enfin, elle peut-être prolongée longtemps sans que jamais son intensité diminue. »
La mode opératoire de la révulsion électrique préconisé par Duchenne repose sur ce principe de limiter le plus possible l'action de l'électricité à la peau. Préalablement, il convient donc de dessécher la peau avec une poudre absorbante (poudre de lycopode, deriz ou d'amidon). Puis l’auteur de lPElectrisation localisée se servait de trois moyens. Ou bien, plaçant sur un point de la surface du corps un excitateur humide (une éponge enfoncée dans un cylindre) communiquant avec un des pôles de l'appareil électrique, il tenait dans l’autre main le second excitateur, en rapport avec l’autre pôle, et passait rapidement la face dorsale de sa main libre sur les points à électriser. C'était la faradisation cutanée par la main électrique — ou bien il promenait rapidement sur la peau des excitateurs métalliques cylindriques, olivaires ou coniques.
Dans quelques cas spéciaux de sciatiques, il laissait en permanence pendant quelques instants la pointe de l'olive métallique ;
c'était là le « clou électrique », donnant au patient la sensation
RE
térébrante d’une pointe enfoncée dans les chairs. C'était la faradisation cutanée par les corps métalliques pleins —ou bien encore, il promenait des fils métalliques assemblés sous forme de balais sur les points endoloris, produisant ainsi une véritable fustigation analogue, comme action sur la sensibilité, à un puissant révulsif, tel que la cautérisation transcurrente.
Quel que fût le mode d'électrisation employé, deux fils conducteurs mettaient en communication les deux pôles d'un appareil d'inducation avec les deux réophores. Il faisait agir cet appareil avec des intermittences rapides, et opérait avec ses corps métalliques, ou ses balais électriques, une révulsion énergique, suivant le trajet du nerf sciatique aux endroits les plus douloureux.
“La durée de l'opération était de 5 à 10 minutes. Il se produisait, à la fin de la séance, des plaques érythémateuses disparaissant au bout de quelques heures, et sans inconvénient pour le malade.
Duchenne, de Boulogne, dans son Traité d'Electrisation localisée, cite des exemples de guérisons obtenues par l'emploi de sa méthode : « L’excitation électro-cutanée, dit Duchenne, de Boulogne, possède le précieux avantage de soulager immédiatement le malade, en attendant une guérison définitive. »
Becquerel (1) prétend avoir expérimenté la méthode de Düchenne sur une dizaine de malades atteints de névralgie sciatique et n’en avoir obtenu qu'un seul cas de succès complet, Il a même pu voir, dans un cas, la névralgie, loin de se calmer,
s'exaspérer notablement sous l'influence du traitement.
(D Becquerel. — Applic. de l'Electr. à la thérap., p. 273.
Se: (ee
Dubois (1), tout en croyant la méthode de Duchenne excellente pour les névralgies sciatiques à frigore et de date récenté, la juge peu efficace pour les mêmes névralsies anciennes et rebelles.
Nous nous rangeons à cet avis. Nous avons pu nous rendre compte par nous-même de l'effet révulsif que produit l'appareil volta-faradique de Duchenne. Cet effet est très considérable, grâce aux courants de haute tension fournis par l'appareil, révulsion qui doit être encore augmentée par l'usage du balai électrique ou des électrodes métalliques non recouvertes.
Aussi, sans rejeter absolument cette méthode, qui a pu donner de brillants résultats entre les mains de son auteur, nous pensons comme Niemeyer (2): « Ce n'est que dans les cas où, après l’électrisation, les douleurs sont considérablement améliorées, ne serait-ce que pour très peu de temps, que l’on est en droit d'espérer la réussite. Si ce premier effet palliatif n’a pas lieu, la
continuation du traitement est sans résultat. »
B. — Méthode de BECQUEREL. — La méthode de Becquerel ou hyposthénisante consiste à produire une irritation très forte du nerf, de façon à en émousser et en épuiser l’excitabilité. C'est en s'appuyant sur ce principe expérimental que Nobili et Matteucci ont pu préconiser l'emploi des courants électriques contre le tétanos. Le courant induit, par son passage le long du nerf atteint de névralgie sciatique, détruit momentanément la sensibilité morbide de ce nerf; c’est donc un courant hyposthénisant. La première sensation est celle de l’engourdissement,
qui s'accentue de plus en plus jusqu’à ce que la douleur névral-
{i) Dubois. — Effets thérapeutiques des courants continus. Th, de Paris 78.
(2) Niemeyer. — Traité de path. interne,
REP Des
gique ait totalement disparu, et que le nerf soit complètement
insensible.
Mode opératoire. — La peau, au niveau des points à électriser, est rendue préalablement humide. À cet effet, on emploie des réophores à charbon recouverts de peau de chamois mouillée. L'eau dont on humecte le réophore est acidulée avec de l'acide sulfurique.
On place les réophores mouillés entre le tronc du nerf sciatique et les branches douloureuses de ce nerf, en ayant soin de placer le réophore du pôle positif dans la région du nerf la plus rapprochée de l’axe cérébro-spinal, le réophore du pôle négatif du côté du bout périphérique. Les deux réophores étant mis en communication avec un appareil à induction, tel que l’appareil, Breton ou Gaiïffe, on fait circuler un courant à intermittences rapides. On maintient fixe le réophore du pôle positif, pendant qu'on promène, sur les diverses ramifications nerveuses atteintes, le pôle négatif.
Dès le début du passage du courant, il se produit de la douleur dans le nerf, faisant bientôt place à de l’engourdissement. Cette période de somnolence du nerf peut être interrompue par le retour des sensations douloureuses, mais celles-ci sont transitoires, deviennent de plus en plus rares, et finissent par disparaître complètement, après de nouvelles séances.
Becquerel cite 4 cas de névralgies sciatiques guéries par sa méthode : « Trois hommes et une femme. Un des hommes fut guéri en deux séances, l’autre en six; la femme le fut en cinq. Le troisième homme éprouva une grande amélioration, mais on ne put faire disparaître complètement une douleur névralgique
persistante dans le mollet, on la combattit et on la fit dis-