‹ Traitement hydrothérapique, climatique, et thermal du lymphatisme et de la scrofuleChapitre 22 sur 113 · MALADIES DES YEUX · texte numérisé non relu

MALADIES DES YEUX

Les affections des yeux auxquelles le lymphatisme imprime son caractère spécial sont : la Kératoconjonctivite phlycténulaire, la Blépharite ciliaire. Celles-ci étaient désignées autrefois sous différents noms, selon les auteurs, eutre autres sous ceux de : Blépharites chroniques, Kérato-conjonctivites à répétitions, Kératites ulcéreuse, insterstitielle, lymphatique. MM. Saint-Germain et Valude (1) les ont très heureusement groupées sous les deux dénominations indiquées plus haut, et nous allons leur en emprunter la description dans l’exposition des symptômes que nous allons résumer.

Kérato-conjonctivite phlycténulaire. — Elle est caractérisée par deux symptômes capitaux :

Une injection vasculaire plus ou moins marquée;

La formation de phlycténules sur la conjonctive et sur la cornée.

L’injection de la conjonctive se fait d’une maniéré spéciale. Elle respecte la muqueuse palpébrale et figure sur le bulbe des faisceaux triangulaires de vaisseaux tortueux qui semblent venir des culs-desac et convergent vers un point de la périphérie de la cornée. Vers je sommet de ce triangle vasculaire s’élève une petite bulle remplie d’un liquide hyalin ou gris jaunâtre : c’est la pustule ou phlyclénule, caractéristique de la maladie.

Il existe toujours une photophobie intense.

1. Saint-Germain et Valdde. — Traité des maladies des yeux chez les enfants. . -

On distingue trois formes :

1° Conjonctivite, phlycténulaire simple. — Les phlycténules siègent uniquement sur la conjonctive dans les parties qui avoisinent le limbe sclérocornéen. La photophobie est peu intense. Les phlyctènes peuvent s’ulcérer mais la cicatrisation se fait rapidement et sans inconvénient ultérieur. La récidive est fréquente.

2° Conjonctivite phlycténulaire miliaire. — Ici les phlyctènes se localisent au limbe cornéen. Celui-ci est entouré d’une collerette de muqueuse boursouflée et hérissée de saillies pustuleuses.

Le blépharospasme et la photophobie sont intenses.

Généralement la résorption a lieu, cependant les phlycténules peuvent s’ulcérer, puis cicatriser très bien. La guérison se fait en deux à trois semaines.

3° Kérato-conjonctivite phlycténulaire. — C ? est la forme la plus grave.

La conjonctive présente l’aspect décrit plus haut.

La cornée est touchée d’une façon différente par la maladie,

La situation des phlycténules sur le limbe cornéen peut donner lieu à une infiltration grisâtre de la membrane, s’étendant en forme de bandelette dans la direction du centre ( Kératite en bandelette).

Cette infiltration peut s’excorieret former uneulcération, qui est rarement assez profonde pour qu’on puisse craindre la perforation, et la réparation se fait à l’aide d’un tissu cicatriciel, qui forme u.n ■ leucome plus ou moins considérable.

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a. Quelquefois, sans qu’il y ait de phlyctènes cornéennes, on voit partir du limbe une vascularisation fine qui se dirige progressivement et concentriquement vers le milieu de la cornée. Ce n est plus la forme de bandelette, c’est une altération concentrique du tissu cornéen, qui devient nuageux et se recouvre d’un lacis vasculaire.

C’est ce qu’on appelle le pannus scrofuleux , parce que la cornée paraît recouverte d’un voile uniformément rouge.

b. Enfin il peut y avoir des phlyctènes sur la cornée. La phlyctène peut être centrale, arrondie ou ovale, mais d’allure bénigne.

Alors il se produit un affaissement ou une exulcération légère qui laisse sur la cornée un nuage opalescent peu visible.

D’autres fois elle repose sur une infiltration épaisse,

grise puis jaunâtre, de la cornée. Véritable abcès de cette membrane qui peut s’ouvrir dans la chambre antérieure et former un hypopyon, d’où iritis, exsudats de la pupille, synéchies, etc...

Si l’abcès s’ouvre à l’extérieur, il peut y avoir rupture de la membrane de Descemet et perforation avec tous les accidents qu’elle comporte : synéchies, enclavement de l’iris, cicatrices, staphylômes.

La réparation se fait sous forme d’une cicatrice avec leucome plus ou moins étendu, au centre duquel la transparence de la cornée est perdue à tout jamais. Outre cela, il se produit de l’astigmatisme par diminution de l’ellipse cornéenne.

Dans tous les cas, le blépharospasme, la photophobie,.le larmoiement sont toujours extrêmement marqués.

Blépharite lymphatique. — L’intïammation du bord libre des paupières est une des affections les plus communes chez les sujets lymphatiques. Nous nous bornerons à en indiquer les caractères principaux et nous en emprunterons la description à notre distingué confrère le docteur Valu de (1) .

La blépharite coïncide presque toujours, chez les sujets lymphatiques, avec des altérations scrofuleuses de la conjonctive et de la cornée qui forment un ensemble pathologique décrit soüs le nom d "ophtalmie scrofuleuse.

Un des symptômes les plus frappants de cette maladie consiste en ce que le matin le bord libre des paupières est agglutiné par des croûtes qui collent les cils entre eux et empêchenl les paupières de s’ouvrir. Rarement, à moins de prendre de grandes précautions et de ramollir avec soin les croûtes, le malade parvient à décoller ses yeux sans arracher quelques cils. Il en résulte que la maladie est entrer tenue et aggravée quotidiennement par la violence exercée chaque matin pour la séparation des paupières.

L’état d’inflammation dans lequel se trouvent la conjonctive: et les glandes de Meibomius détermine dans les yeux une sensation de gravier qui est augmentée encore par le larmoiement qui résulte de l’altération du bord des paupières et de la chute des cils. Le malade n’entr’ouvre que partiellement les paupières, il se plaint de raideurs, de sécheresse qui alternent avec l’agglutination des paupières, de chaleur, de cuisson et de photophobie, symptômes

‘ 1. Valude. —Des blépharites et de leur traitement (Union medicale, 1893, p. 448).

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qui s’exagèrent beaucoup à la vive lumière et surtout le soir.

Enfin les larmes, qui s’écoulent sur la joue, y déterminent à la longue une irritation, qui se traduit par des excoriations souvent très étendues et très douloureuses.

Cette blépharite comprend elle-même deux formes qui peuvent se précéder réciproquement et qui présentent entre elles quelques différences.

1° Forme hypertrophique. — L’affection débute lentement et sous l’effort de poussées successives d’hyperémie palpébrale, de conjonctivite scrofuleuse.

A la période d’état, elle est caractérisée par un gonflement induré de la paupière, qui est d’un rouge foncé, offrant toutes lesapparences d’un état inflammatoire torpide. La base des cils est souvent encroûtée de pellicules épaisses, et les cils eux-mêmes, devenus rares et inégaux, sont fréquemment déviés.

En somme, l’état de cetle paupière rappelle entièrement le gonflement atonique et subinflammatoire qu’on observe à la lèvre supérieure des enfants lymphatiques; cet aspect est caractéristique.

A la longue, le bord palpébral, irrégulièrement induré et gonflé dans toutes ses parties, se contourne, s’applique incomplètement au bord opposé et enfin se dévie en dehors ; c’est ce qu’on appelle parfois le tylosis.

2° Forme exulcérative. — Elle a pour caractère essentiel la suppuration et la destruction des follicules pileux.

Quelquefois la blépharite hypertrophique la précède, comme aussi elle peut elle-même préparer

l’établissement de l’hypertrophie scrofuleuse de la paupière. Dans cette variété, les bords eux-mêmes de la paupière sont moins hypertrophiés, mais les tissus palpébraux, dans leur totalité, sont le siège d’un gonflement plus franchement inflammatoire que précédemment. .

C’est qu’aussi cette forme de blépharite coïncide le plus souvent avec une inflammation conjonctivale plus ou moins intense, et l oedème inflammatoire est étendu à toute l’épaisseur de la paupière.

La principale caractéristique de la blépharite ulcéreuse est dans l'élat des cils et des glandes sébacées y attenant. On voit s’élever, juste sur le bord marginal, des pustules acuminéespurulentes, qui sont traversées par un cil. Arrache-t-on un de ces cils, il s’écoule une gouttelette de pus et à la place de la pustule s’établit une ulcération quelquefois profonde qui se couvre de croûtes. Ces croûtes elles-mêmes sont fort peu adhérentes, et les manœuvras quotidiennes de la toilette qui les enlèvent laissent après elles une surface ulcéreuse dont la guérison est souvent lente à se faire.

A la période d’état, on voit coïncider sur un même bord palpébral des altérations représentant les diverses phases de ce processus évolutif: la pustule en voie d’accroissement, la pustule prête à s’ouvrir, l’ulcération et enfin la croûte protectrice de l’ulcère.

Souvent les pustules d’un petit volume se dessèchent sans s’ouvrir et sans suppuration véritable. Le bord ciliaire apparaît alors encroûté de matière jaunâtre, d’apparence impétigineuse qui se dessèche et tombe sans laisser d’ulcérations visibles. C’est la forme glandulo-ciliaire proprement dite.

Il n’est pas de variété de blépharite qui, plus que celle-ci, occasionne la perte des cils; presque tous ceux-ci s’éliminent avec la suppuration et sont remplacés par des cils ténus, faibles, peu colorés, souvent mal plantés et mal dirigés. D’autres fois les cils tombent complètement, et la paupière, dépourvue de ceux-ci, présente l’élat qui prend le nom de madarosis.

Enfin la cicatrisation des différents ulcères qui se sont développés sur le bord libre de la paupière figure, quand ceux-ci ont été considérables, des pertes de substances qui se profilent à la manière d’un bord crénelé. Le travail général de la cicatrisation entraîne une rétraction totale des tissus palpébraux et comme conséquence la formation dun enlropion souvent fort gênant.

EAUX SALINES

Balarüc. — On fait des lotions sur les yeux. Il faut avoir soin de laisser refroidir l’eau et de ne l’employer que lorsqu’elle est tiède pour ne pas appeler une réaction trop vive (Planche).

La Bourboule. — Lavages à l’eau minérale. Compresses de tarlatane imbibées d’eau et appliquées matin et soir pendant dix à quinze minutes sur les yeux. Pulvérisations pendant dix à quinze minutes chaque jour (Heulz).

Traitement général.

Lavey. — On ne fait pas de traitement local. Sous l’influence du traitement général on voit souvent

des opacités cornéennes disparaître et la vision se rétablir.

La mer. — Pendant longtemps les médecins ont été persuadés que les affections oculaires étaient aggravées par la mer en raison de l’action permanente du grand air, du soleil, de la réverbération produite par la plage et surtout des particules de sable soulevées par l’air et dont le contact avec les muqueuses enflammées pouvaient provoquer l’irritation.

Toutes ces causes invoquées jusqu’à aujourd’hui sont en réalité banales.

Le seul danger du traitement marin consiste dans l’excitation locale qu’il apporte à la muqueuse oculaire et qui, au lieu d’être modérée, peut au contraire être trop intense et provoquer dans l’œil une poussée inflammatoire. Ajoutons que, lorsque le médecin surveille attentivement son malade, il peut parer au danger.

On se rendra mieux compte de l’exactitude de cette assertion en considérant la façon dont le traitement marin agit sur les affections oculaires.

M. Yan Merris (I) décrit ainsi la marche qu’on observe. Il y a trois sortes de processus :

1° L’affection décroît par une dégradation insensible et continue des symptômes locaux, qui se prononce parallèlement à l’amélioration progressive de la constitution.

2° Elle passe par l’état aigu, s’y maintient quelque temps, et guérit définitivement à la manière des maladies aiguës, l’état général étant modifié.

l.Loc. cit.,p.m.

3° Elle passe à l’état aigu, puis reprend une allure subaiguë ou chronique,, et. cela plusieurs fois de suite jusqu’à ce.que l’état général soit assez transformé pour que l’une de ces recrudescences soit suivie d’une guérison définitive. On dirait que l’organisme, surexcité par le traitement, a bien la force nécessaire pour subir une poussée inflammatoire aiguë, mais non pour réagir contre elle, et alors il traîne et^ recommence l’épreuve une deuxième et une troisième fois, jusqu’à ce que ces-essais finissent par aboutir.

Aussi le médecin doit-il savoir mettre à profit cette tendance qu’a la maladie de passer de l’état chronique à l’état aigu. S’il doit quelquefois la provoquer, en revanche il doit souvent la modérer et même l’arrêter, à l’aide d’un traitement local consistant en collyres et en instillations d’atropine. Souvent, pendant le séjour à la mer, il y a plusieurs rechutes. Quand elles se produisent il faut interrompre immédiatement les bains et les lotions.

Dans ces conditions on observe autant de guérisons que pour les autres manifestations du lymphatisme, soit 75 pour 100 de guérisons environ. Mais le traitement doit être prolongé.

De toutes les'affections oculaires, les conjonctivites sont celles qui guérissent le mieux. Les blépharites ciliaires sont plus rebelles. Cazin dit même que la mer leur est plus nuisible qu’utile,

Salies-de-béarn. — Outre le traitement local de l’œil qui doit être approprié à chaque cas, le traitement hydrominéral consistera surtout en bains généraux.

En ce qui concerne en particulier les kératites ulcéreuses avec hypersécrétion de liquide dans la chambre antérieure, on prendra les deux précautions suivantes :

1° Mitiger les bains de façon à ne pas provoquer une hypersécrétion irritative.

2° Obliger le malade à porter un bandeau pendant toute la durée du bain afin, d’éviter l’irritation que pourraient produire les vapeurs d’eau salée sur les ulcérations de la cornée.

Les effets du traitement sont remarquables surtout sur les opaeités cornéennes, qui disparaissent complètement. Il faut quelquefois plusieurs saisons pour arriver à ce résultat. Cette action exercée sur une infiltration lymphatique n’est en somme qu’une résorption de produits plastiques, qui est surtout appréciable sur un organe lamelleux comme la cornée, mais qui s’effectue aussi bien dans d’autres organes.

Saxon (Suisse). — Deux bains par jour. Lotions sur les yeux. Eau en boisson. Au bout d’une dizaine de jours l’amélioration commence à se manifester et au bout d’un mois la guérison a lieu.

EAUX SULFUREUSES

Barèges. — On fait localement des lavages prolongés sur la paupière, eit même temps qu’on administre à l’intérieur l’eau a&haute dose. Il suffit souvent d’une seule saison pounconstater des effets résolutifs très marqués. C’est ainsi qu’on voit sur la muqueuse oculaire la décongestion s’opérer, les

traitement des maladies DES YEUX. 49 sécrétions se tarir et le boursouflement se réduire progressivement. Quant aux opacités cornéennes, celles qui s’accompagnent de pannus et de vascularisation encore récente se résorbent plus facilement. Celles qui intéressent les couches profondes et semblent par leur aspect et leur chronicité devoir faire échouer tout trailement, sont encore susceptibles de succès étonnants. Dans ces cas, on voit d’abord survenir une amélioration qui se convertit en guérison presque complète après plusieurs cures, et la vision, jugée d’abord perdue, reparaît complètement ou partiellement (Grimaud).

Challes. —Onapplique localement des compresses et l’on fait des pulvérisations pendantquinze à trente minutes sur les paupières. Matin et soir on fait des lotions avec l’eau minérale.

Pendant les premiers jours, le traitement amène une réaction modérée et une légère poussée aiguë. Mais bientôt les symptômes s’atténuent et la guérison s’établit.

Uriage ( Blépharite ). — Outre le traitement général et l’eau intérieure en boisson, on institue un traitement local consistant en douches d’eau pulvérisée, dans les périodes initiales de la maladie. Employées tièdes et pendant un temps suffisant, elles constituent un des meilleurs moyens pour faire tomber les croûtelles qui unissent la base des cils et deviennent une cause active d’irritation pour le bord libre des paupières. Dès les premières séances de pulvérisation, les malades n’éprouvent plus, ou tout au moins à un bien moindre degré, les démangeaisons

si pénibles auparavant. Les paupières se détergent, l’épaisseqr des croûtes diminue et les excoriations sous-jacentes se cicatrisent. En même temps on fait tous les matins des lotions avec de l’eau sulfureuse tiède. Si l’inflammation est trop vive, on coupe l’eau minérale avec une infusion de guimauve.

IÇérato-conjonctivite phlycténulaire. — On ne devra pas conduire l’enfant aux eaux tant qu’il y aura un état inflammatoire aigu.

On doit chercher surtout à en prévenir les récidives, qui sont si fréquentes, à l’aide du traitement général : bains, douches, eau en boisson.

La durée du traitement est de quarante à quarantecinq jours, coupée par un intervalle de repos.

Assez souvent, vers la fin de l’hiver ou au commencement de l’été suivant, le mal reparaît avec beaucoup moins d’intensité que la première fois et se dissipe alors complètement sous l’influence d’un second traitement.

La blépharite ciliaire est plus sujette à récidiver une troisième année.

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