ACTION PHYSIOLOGIQUE
Lorsqu’on entre dans l’eau de mer, la première impression que l’on ressent est celle du froid accompagnée d’un frisson; la respiration est gênée : il y a de l’oppression épigastrique et une sensation de conslriction céphalique. Ces phénomènes sont d’autant plus accentués que l’immersion est plus lente. Lorsqu’au contraire on entre rapidement dans l’eau, ils ne durent que quelques secondes.
lis sont dus uniquement à la perturbation apportée à l’économie par l’eau de mer froide.
A cette perturbation succède un état d’équilibre qui se traduit par un sentiment de bien-être. Les fonctions respiratoire et circulatoire reprennent leur cours normal, les mouvements sont facilités, et à la sensation de froid succède souvent celle de la chaleur. Ces différentes sensations ne sont pas absolument constantes, elles sont beaucoup subordonnées à la température de l’air et à celle de la mer, ainsi qu’à l’impressionnabilité du sujet. Aussi n’avons-nous à en tenir compte simplement qu’à titre de document, car elles n’ont par'elles-mêmes aucun effet curatif, elles représentent seulement le mouvement de concentration qui n’est que le prélude d’un phénomène plus complexe que l’on, appelle la réaction.
En effet, à celui-ci succède un mouvement d’expansion centrifuge qui constitue la réaction proprement dite qui agit sur la sensibilité, la respiration et la circulation, et qui, par suite de phénomènes alternatifs de recomposition et de décomposition,
agit sur les fonctions d’innervation et de'nutrition. Aussi le but du traitement doit-il être de savoir proportionner l’intensité de la réaction aux fon es de l’individu. On arrive ainsi à modifier un grand nombre de manifestations morbides qui ont pour caractère [un affaiblissement des actes organiques.
Cela est si vrai que si l’on ne sait pas apprécier le degré de la résistance du sujet, si par exemple on prolonge le bain plus qu’il n’est nécessaire, on arrive à épuiser les forces de l’organisme.
Si maintenant nous observons d'une façon rapide les conséquences physiologiques de ce phénomène complexe qu’on appelle la réaction, nous voyons que celle-ci influence à la fois toutes les grandes fonctions. Ainsi la première phase de la réaction, qui est un mouvement de concentration, détermine le refoulement du sang dans les viscères, de sorte que ces organes se trouvent traversés par des masses de liquide qui en augmentent l’activité fonctionnelle et en modifient la constitution.
D'autre part, la respiration se trouvant gênée, le malade est obligé de faire des efforts plus grands, ce qui détermine l’augmentalion de l’amplitude respiratoire. Celle-ci, s’exerçant sur un air plus dense et plus pur, active l’hématose et rend plus complète la rénovation de la masse sanguine.
Lescentresnerveuxsubissentà leur tour l’influence
favorable d’une irrigation sanguine plus tonique, ce qui favorise la régularisation des fonctions de motricité et de sensibilité.
En somme, tout l’organisme est le siège d’une stimulation qui porte sur tous les organes et qui, par suite, en réveille le fonctionnement et fait dis-
paraître les engorgements qui pouvaient exister auparavant. Ce coup de fouet imprimé à l’économie est particulièrement utile aux sujets lymphatiques dont la caractéristique morbide est précisément l’atonie de toutes les fonctions.
Ce tableau d’ensemble que nous venons dé présenter, et qui résume bien tous les effets des bains de mer froids, demande à être un peu dissocié, afin d’en faire ressortir les points saillants qui doivent rester gravés dans l’esprit du lecteur.
Gaudet (1) a très bien étudié celle question et nous allons lui emprunter, en les résumant, les considérations qu’il a présentées à ce sujet. On peut, d’après lui, diviser les effets des bains de mer en primitifs et consécutifs :
1° Effets primitifs .— Nous avons vu que la sensation de froid qu’on éprouve en entrant dans l’eau se traduit par un frisson qui se dissipe bientôt et qui revient après un temps variable (frisson secondaire). On peut à cet égard ranger les individus en trois catégories suivant leur degré de sensibilité au contact de l’eau et la mesure de résistance qu’ils opposent à son impression secondaire. L’intensité de l’impression première et l’intervalle qui s’écoule entre le premier et le second frisson peuvent servir à fixer la durée que l’on doit donner aux bains. •
La première catégorie comprend les individus qui n’éprouvent pour ainsi dire aucune impression en entrant dans l’eau. Ils peuvent très bien y rester une demi-heure sans ressentir le' second frisson,
1. Gaudet. — Recherches sur l’usage et les effets hygiéniques et thérapeutiques des bains de mer.
surtout s’ils se livrent à la natation. Ce sont des individus jeunes, sains, vigoureux, présentant de l’embonpoint ou un développement marqué du système vasculaire périphérique.
La seconde catégorie comprend le plus grand nombre d’individus. Ceux-ci ressentent une vive impression de froid, accompagnée de saisissement, général, de suffocation, de contriction du thorax, de l’épigastre, de l’abdomen et des attaches du diaphragme. Le visage pâlit, les traits se contraclent et le refoulement du sang de la périphérie au centre occasionne des vertiges, des palpitations, un sentiment de chaleur dans la poitrine ou une légère quinte de toux. Ces symptômes cessent plus ou moins vite et sont même suivis d’un sentiment de-bien-être. Le moment où apparaît le second frisson varie beaucoup. Les individus jeunes, bien portants, le ressentent assez tard. Au contraire les sujets affaiblis l’éprouvent au bout de quelques minutes. .
La troisième catégorie comprend des individus qui, en entrant dans la mer, sont saisis d’un froid très' vif, qui leur arrache des cris, colore bientôt leur visage d’une teinte violacée et altère profondément leurs traits. Tantôt ils perdent leur frisson pour le voir revenir au bout de trois ou quatre minutes; tantôt ils restent dans l’immobilité en proie aux malaises ou aux angoisses de ce frisson primitif, pendant tout le temps de leur séjour dans l’eau, d’où ils sortent en grelottant, en horripilant de tout le corps et en claquant des dents. Il n’est pas rare qu’ils conservent encore une certaine ciispation à la peau, un sentiment de froid général et
une teinte violacée des lèvres, après avoir ingéré du vin chaud et sucré, après avoir été frictionnés, après avoir pris un pédiluve chaud, s’être vêtus chaudement et aussi avoir marché. Ge sont des individus très nerveux, des gastralgiques, ceux qui sont au moment d’une croissance rapide, ceux qui touchent à la vieillesse ou qui viennent de faire une saison thermale.
Effets consécutifs. — La plupart des individus éprouvent après les premiers bains un certain degré de lassitude générale, d’accablement du corps et de la pensée, de paresse à marcher ou d’engourdissement et de somnolence au milieu du jour, surtout après le repas; pendant la nuit leur sommeil est plus profond, plus lourd que de coutume. Malgré cette fatigue, on voit souvent, au bout de quelques, jours, leur teint se vasculariser et les phénomènes de collapsus nerveux disparaître et faire place à des phénomènes contraires.de l’état physique et moral (Gaudet).
Chez d’autres, cette lassitude est portée à un plus haut degré, à tel point parfois que leur instinct les porterait volontiers à renoncer aux bains, si on ne les encourageait à continuer; elle s’accompagne d’une sensation de brisement dans les membres qui les oblige à se coucher, d’étouffements qui se renouvellent de temps en temps, d’un sentiment d’oppression sternale durant une partie de la journée, de battements ou élancements et même d’une sensation continue à la région précordiale chez ceux qui en souffrent habituellement.
Le plus souvent l’appétit augmente, il survient
de la constipation; le sommeil est agité et entrecoupé de crampes, de rêves érotiques ou d une irritation de la vessie qui peut aller jusqu’à la dysurie et à la douleur du col vésical, à la fin de la miclion ; enfin il survient à la surface du corps des chaleurs erratiques et diversement localisées, et des sueurs partielles et générales.
Un des phénomènes les plus fréquents, cest la congestion de la tête qui se manifeste de diverses manières chez les enfants et les adultes. Les enfants deviennent rouges, mais sans chaleurs, ni douleurs, ni étincelles devant les yeux. Les adultes, au contraire, n’éprouvent pas la congestion à un certain degré sans en ressentir toutes les conséquences, qui sont très variables chez eux.
Tous ces effets physiologiques consécutifs au bain s’atténuent avec l’habitude. Mais il n’est pas rare de rencontrer des individus qui éprouvent toujours une certaine fatigue musculaire, un peu d’agitation la nuit, un certain degré d’anorexie, etc.
• Quelquefois certains malades, qui ont une susceptibilité nerveuse trop marquée, éprouvent des maux de tête ou des douleurs névralgiques. Les enfants de tout âge, surtout les nerveux, ressentent une excitation morale qui s’annonce par l’irascibilité du caractère, la taquinerie, la turbulence, l’inégalité de l’humeur, etc... De même on voit parfois, après les premiers bains, survenir un léger coryza, un peu de toux et quelques troubles digestifs tels que vomissements ou diarrhée, mais tout cela disparaît au bout de quelques jours, soit spontanément, soit sous l’influence d’un laxatif ou d’un vomitif. Ce qui est plus habituel, ce sont les troubles de la
menstruation, qui peuvent être très variés. Ainsi les règles peuvent être avancées ou reculées, ou même supprimées tout à fait pendant la cure. De même on peut voir apparaître certains écoulements muqueux ou sanguinolents qui ne sont autre chose que la manifestation des effets excitants du bain et qui n’ont aucune importance.
On voit aussi quelquefois des éruptions qu’on appelle urticaires maritimes et qui ne sont que le résultat d’une action locale sur une peau fine et impressionnable; ce sont des taches rouges, des petits boutons, quelquefois un érysipèle se développant sur les parties nues exposées au soleil, mais cela n’a rien de commun avec ce qu’on appelle la poussée des eaux minérales.
Le bain de mer chaud se prend soit comme mode de traitement, soit pour préparer le malade au bain froid.
Comme mode de traitement le bain chaud sera pris à 35 degrés et n’excédera pas une durée de vingtcinq minutes; cependant celle-ci pourra être d’une demi-heure à trois quarts d’heure. Ces bains doivent être administrés aux enfants au-dessous de deux ans; à ceux qui sont débilités, trop faibles pour pouvoir fournir une réaction franche, à ceux dont le système nerveux est trop surexcitable, de même qu’à ceux qui sont atteints d'affections cutanées, surtout prurigineuses.
Comme mode d’entraînement à l’eau froide, on doit débuter par une température de 30° pendant
quinze minutes et, les jours suivants, on abaisse progressivement la température jusqu’à 25°; alors, la durée du bain ne doit pas dépasser dix minutes, On procède ainsi généralement quand il s’agit d individus pusillanimes ou délicats, ou quand le temps est par trop mauvais pour conduire les malades à la mer.
Leur action physiologique est sensiblement la même que celle des bains froids. Ils en diffèrent en ce qu’ils ne présentent pas de période de spasme. Ils sont particulièrement excitants de la circulation £ t portent aux congestions capillaires, ce qui fait que l’on doit en limiter la durée. Ici la minéralisation agit avec beaucoup plus d’intensité que pour le bain froid, ce qui rapproche les bains de mer chauds des eaux chlorurées sodiques thermales. Au bout de quelques bains leur action se manifesle par un changement dans l’habitus extérieur, par une vascularisation de la face et un relèvement des forces. Sur la peau, on observe une action locale très marquée chez les sujets lymphatiques, se traduisant par une éruption d’urticaire, de la rougeur autour dés trajets fistuleux, une diminution de l’écoulement purulent. Sur les muqueuses l’action est non moins énergique : certaines diarrhées chroniques s’atténuent ou cessent complètement, les écoulements leucorrhéiques des petites filles lymphatiques diminuent notablement.
On a proposé d’ajouter à l’eau de mer soit dé l’eau douce, soit certaine substance ; mais les résultats obtenus ne sont pas de nature à encourager les médecins à persévérer dans cette voie. La seule substance dont l’addition à l’eau de mer pourrait