CHAPITRE IV
Avant de terminer cette étude, nous voulons dire quelques mots de l’étude de la fracture au moyen de la radiographie et dire quelques mots du traitement - des tissus avoisinants.
Elle n’a pas un rapport immédiat avec la question qui nous intéresse, au moins au premier abord. Cependant, nous dirons les bénéfices que retirent les blessés de l’examen radiographique.
À notre avis, il ne doit jamais être négligé. Car, dans nombre de cas, la difficulté dans la pose d’un appareil ou son maintien, le retard dans la guérison sont révélés par la radiographie. Elle met en évidence. les débris dentaires, les racines, fragments de racine déplacés par le traumatisme. Ce mode d’examen précise l’état de la denture et permet de débarrasser de suite et complètement 'le blessé de tous les débris, esquilles, projectiles. |
Les données radiographiques peuvent permettre de guider la prothèse en indiquant au chirurgien la situation et la disposition des appareils une fois qu’ils ont été placés dans la bouche du blessé.
On pourra vérifier ainsi les rapports de ces appareils avec les fragments et l’état des dents qui leur servent de point d'appui.
Les radiographies permettront ultérieurement de suivre le traitement institué. C'est à elle que l’on doit d’avoir, chez quelques blessés de guerre atteints de blessure ancienne avec perte de substance, mis en évidence une régénération osseuse ayant reconstitué en partie l’arc mandibulaire, au point qu’il ne restait à peu près plus trace de pseudarthrose.
Grâce au cliché radiographique, on verra les rapports des dents avec les tissus néoformés. Ces renselgnements permettront d'enlever à temps l’appareil et, à ce moment, de garder ou de sacrifier ces dents suivant le rôle qu’elles joueront dans la solidité de l’os. Mais la radiographie montre surtout les grosses esquilles osseuses qu’il faut respecter le plus possible, car elles sont le point de départ de formations ostéo génétiques fort importantes dans la consolidation des fractures. Si l’on doit enlever de multiples esquilles de petit volume, il faut savoir respecter les grosses. Nous en rapportons des observations et, à l’appui de nos dires, nous renvoyons à la thèse de Moyne. Nous ne pouvons nous éviter d'aborder une question liée intimement à celle que nous traitons : la restauration dé la face au cours de ces fractures. Dans les plaies de guerre, 1] y à souvent des délabrements immenses. Sans avoir l'intention de traiter ce sujet, nous exposerons quelques idées qui ne sont pas toujours en accord avec la façon de procéder de tous les chirurgiens. Le maxillaire fracturé doit être immobilisé
se immédiatement et souvent à cette façon de procéder est liée la bonne guérison de la plaie cutanée.
Les deux traitements ne doivent pas être différents menés par un stomatologiste d’abord, par un chirur— gien ensuite, ou l’inverse. Voilà la raison de notre digression. Nous citons les difficultés rencontrées dans la pose d’un appareil après cicatrisation et atrésie de l’orifice buccal. Nous n’y reviendrons pas. Nous avons suffisamment confirmé la valeur de Pimmobilisation immédiate ; mais, parce qu’on a placé un appareil réducteur ou contenteur il ne faut pas se désimteresser de l’évolution de la plaie faciale. Il faut qu’il y ait unité de vues de l’opérateur pour mener à bien la guérison en ce qui concerne l’os d’une part et en ce qui concerne les parties molles d'autre part. Il faut que ces deux traitements marchent de pair, soient conjugués si l’on nous permet cette expres— Sion.
Il faut que l’un soit l’adjuvant de l’autre et même la condition sine qua non du succès du second. Indépendamment des questions d’esthétique, 1l faut envisager les questions d’opérations multiples, de longue hospitalisation. Nombreux sont les blessés dont l’état nécessite des interventions successives dont quelques-unes uniquement pour placer un appareil mtrabuccal. Pourquot cette perte de temps et les souffrances mutiles si la blessure est largement ouverte ? Nous admettons l’immobilisation avant tout.
La pose d’un appareil loin de gêner la restauration faciale, la facilite au contraire. À ce moment, les lambeaux ne sont pas encore rétractés la mâchoire
immobilisée fournit de suite des indications pour les restaurations des parties molles.
Est-ce à dire qu’il faille suturer, au cours de la même intervention, la muqueuse et la peau ? Nous n’en sommes pas partisan, et cette méthode a toujours donné des résultats déplorables.
Les sutures immédiates ne tiennent pas et favorisent l’infection et la suppuration.
Faut-il se contenter d’immobiliser les ee osseux en bonne position et s'arrêter là. Nous ne le croyons pas non plus. |
Mais nous n’admettons pas l’abstention. Les deux traitements, avons-nous dit, doivent être simultanés, conjugués.
Dans tout traitement, l’immobilisation osseuse est primordiale. Mais il ne faut pas perdre de vue les lésions des parties molles. Il ne faut pas espérer remédier complètement dès la pose du premier appareil à la difformité, aux délabrements, des parties molles. Il ne faut pas chercher d'emblée la correction parfaite, on ne l’obtiendrait pas. Mais cette première intervention doit être le point de départ d’une bonne correction.
L’appareil donne, si nous pouvons employer ce langage, un patron osseux, une forme sur lesquels se cicatriseront les parties molles.
Ce maxillaire immobilisé servira de plan directeur à cette cicatrisation des lèvres et des joues mais cette cicatrisation ne se fera pas au hasard, suivant le bon désir de la nature. Et là, doit intervenir le chirurgien. Dès ce premier contact avec son opéré, il devra diriger
BR MU la cicatrisation de la blessure cutanée et prévoir ce qu’elle deviendra.
Lorsqu'il y a de grands lambeaux, le chirurgien devra, dès ce jour, préparer les cicatrices des lambeaux.
Il suffit de quelques points de suture judicieusement placés pour assurer à des lambeaux leur cicatrisation en une direction déterminée. Tout cela sans préjudice du drainage nécessaire. La position des lambeaux sera maintenue par des bandes de leucoplaste bien placées.
Grâce à cette complication opératoire minime en apparence, la guérison sera plus vite obtenue. Les lambeaux ne se rétracteront pas. Dans les autoplasties et cheïloplasties ultérieures, les téguments à utiliser ne seront pas seulement des moignons cicatriciels. D'où facilité opératoire beaucoup plus grande et guérison plus rapide puisque les tissus seront de meilleure qualité. |
D’où aussi diminution du nombre des opérations.
Nous avons abordé la question du traitement des parties molles, mais nous ne nous étendons guère sur cette. question. Nous ne nous sommes pas proposé de l’étudier mais simplement de montrer sa liaison intime avec la question qui nous occupe.
Nous rapportons une observation pour appuyer nos idées à savoir : la restauration tardive des parties molles multiplie, les opérations tardives.
Quant à la question du bloquage, nous en parlerons au cours de nos observations, mais par hasard, et c’est une question que nous n’avons pas eu l’intention de traiter au cours de cette modeste étude.
PARAIT NY els
A la suite de ce travail, nous publions quelques observations inédites. M. Pont nous a permis de les choisir dans son service. Nous n’en étendrons pas le nombre à l’mfini. |
Pour venir à l’appui de la thèse que nous soutenons, nous rapportons d’abord quelques observations de fractures traitées par suture osseuse, par plaque de Lambotte. Nous verrons qu’on peut obtenir mieux en mettant des appareils plus simples. Ce sera la deuxième catécorie de nos observations.
Nous ne ferons pas l’étude critique de chaque observation ; elle a été faite au cours de ce travail.
Nous nous bornerons à dire que les blessés envoyés en convalescence partent munis de leur appareil. C’est une mesure de prudence le plus souvent.
De même, nous ne poursuivons pas l’observation jusqu’à l’appareil de prothèse définitif.
Cette étude entre dans un autre ordre d’idées.