‹ Traitement orthopédique des luxations congénitales de la hanche: Par la méthode de Lorenz modifiéeChapitre 7 sur 35 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Nous voulons seulement, dans ce chapitre, donner un

aperçu des étapes qu’a suivies la question de la réduction non sanglante de la luxation congénitale de la hanche. Nous laisserons, de parti pris, de côté tout ce qui a trait aux cures sanglantes de Hoffa et de Lorenz.

La méthode de réduction non sanglante des luxations congénitales de la hanche est, à son origine, une méthode essentiellement française : c'est à Pravaz (de Lyon) que revient le mérite d’avoir le premier appliqué un traitement logique permettant d'obtenir la réduction vraie des luxations congénitales.

Cependant, avant Pravaz, quelques essais avaient été tentés, qu'il convient de signaler : Dupuytren (1) avait donné une

description magistrale de cette affection, pour ainsi dire

inconnue avant lui ; l’histoire clinique de la luxation congénitale de la hanche date, à proprement parler, de Dupuytren, mais le traitement l'arrêta; il émit celte opinion que l’affection est incurable et qu'il est inutile de tenter de la guérir. Il conseilla simplement, comme palliatif, le port d’une ceinture spéciale, qui avait pour but de maintenir la tête fémorale en

(1) DUPUYTREN, Mémoire sur un déplacement originel ou congénital de la tête des fémurs. Répertoire général d'anat. et de phys. pathologiques, t. IT, re parlie, p. 82, et Leçons orales de clinique chirurgicale, t. IT, 1826.

fournissant un point d'appui au grand trochanter. La ceinture de Dupuytren a, depuis, servi de modèle aux appareils et aux corsets que l’on emploie encore aujourd’hui.

On vécut longtemps sous l'influence des idées défendues par Dupuytren ; c’est à peine si quelques auteurs tentèrent de

timides essais : Duval et Jalade-Lafond (1) employèrent

l'extension continue dans deux cas, rapportés par Caillard- Bilonnière(2) dans sa thèse. Humbert (de Morley) et Jacquier(3) appliquèrent aussi l'extension continue, le genou étant plié; mais, en outre, ils cherchèrent à obtenir la réduction proprement dite de la luxation au moyen d'appareils spéciaux fort compliqués (lits mécaniques, appareils extenseurs et réducteurs), qu'ils décrivent longuement dans leur ouvrage. Ces essais ne furent pas couronnés de succès.

La question resta ainsi stationnaire jusqu’en 1847, époque à laquelle Pravaz (4), réagissant contre l'arrêté trop exclusif de Dupuytren, décrivit une méthode véritablement nouvelle et personnelle, ayant pour but d'obtenir la réduction des luxations congénitales de la hanche. La tentative de Pravaz est le premier essai logique de réduttion; on peut dire qu'elle a ouvert la voie à toutes les méthodes non sanglantes qui ont été employées jusqu’à nos jours.

Voici en quoi consistait le procédé inventé par Pravaz : le malade est d'abord placé dans un appareil spécial, légèrement

incliné, qui est combiné pour soumettre le membre à une extension lente et progressive, tandis que la partie supérieure du corps est solidement fixée. Au bout de quatre à six mois, la tête fémorale se trouve ramenée un peu au-dessous de

(1) JALADE-LAFOND, Recherches pratiques sur les principales difformités du genre humain et les moyens d'y remédier. Paris, 1829.

(2) CAILLARD-BILONNIÈRE, :Sur les luxations originelles ou congénitales des fémurs. Thèse de doctorat, Paris, 1828.

(3) HuMBERT et JACQUIER, Essai et observations sur la manière de réduire les luxations spontanées où symptomatiques de l'articulation iléo- -fémorale; méthode applicable aux luxations congénitales, Paris, 1835.

(4) Pravaz, Traité théorique et pratique des luxations congénitales du fémur. Lyon, 1845.

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l'épine iliaque antéro-inférieure; on pratique alors la réduc-

tion. La réduction se fait par des tractions exercées sur le membre au moyen d’un moufle, tandis qu’un levier porte le membre en abduction. La réduction obtenue, pour maintenir les surfaces articulaires en contact, on fixe les trochanters à l'aide de plaques concaves qui sont serrées sur les hanches

- Au moyen de vis à pression. Une immobilisation de cinq à six

mois est nécessaire.

On termine le traitement en soumettant l'articulation à des exercices passifs d'abord, puis volontaires à l’aide d'un chariot horizontal qui permet au malade de faire exécuter à son membre des mouvements analogues à ceux de la marche sans qu'il ait à supporter le poids du corps. Enfin, quand l’articulation paraît solide, on fait marcher le malade à l’aide de béquilles.

Sur:19 cas traités de la sorte, Pravaz prétendait avoir obtenu 17 fois la réduction. Ces résultats furent violemment contestés

par Bouvier. Gerdy et Paul Broca admirent que la réduction

pouvait être exceptionnellement obtenue.

La méthode de Pravaz avait fait faire un grand pas à la question de la réduction des luxations congénitales. Mais le traitement était long, les résultats étaient incertains, les manœuvres de réduction devaient souvent être renouvelées plusieurs fois sans résultat favorable. Aussi la méthode fut-elle vite abandonnée. Elle ne devait reparaître, modifiée, qu'après de longues années.

La guérison de la luxation congénitale de la hanche parais-

sant impossible à obtenir, les chirurgiens cherchèrent alors,

par des procédés divers, à supprimer les obstacles qui s’opposent à la réduction. Ces méthodes palliatives furent nombreuses ét variées : nous voulons seulement les énumérer rapidement.

Jules Guérin (1) et Brodhurst(2) pratiquent la ténotomie

(1) J. GuÉRIN, Recherches sur les luæations congénitales, 1841 (2) BropuursT, Orthopedic surgery on congenital dislocation, British'medic. Journal, 1865, et Saint Georges hospital reports, 1866.

SEA, Lo sous-cutanée des muscles pelvitrochantériens. Bouvier(1) sectionna les adducteurs et le psoas-iliaque. Pravaz le jeune (2) fit, dans un cas, la ténotomie du fascia lata. Corridge (3), en Angleterre, sectionna les moyen et petit fessiers. ne

Edmond Rose(4), en 1874, et Hueter(5) préconiserent la décapitation de la tête fémorale ; cette méthode fut vulgarisée par Margary (6). Elle fut employée en Italie par Lampugnani (7), Motta(8), Orecchia (9), de Paoli (10), Raffo ; en Allemagne par Heussner (11), Schüssler (12), Lücke (13,; en Angleterre par Ogston(14); en France par Vincent (15) et Mollière (16) (de Lyon). Cette opération de la résection de la tête du fémur ne donna, d’ailleurs, aucun bon résultat aux CRIUTSICRS qui l’employèrent.

(1) Bouvier, Leçons cliniques sur les maladies de l'appareil locomoteur, 1858. Rapport sur la curabilité des luxations congénitales du fémur. Gazette des hôpitaux, 1864.

!2) PrAvaz (J.), Un cas de luxation AE à du fémur. Union médicale,

(3) GirazDÈs, Les luxations congénitales du fémur. Union médicale, 1869.

(4) KRoNLEIN, Die lehre von den luxationen. Deutsche Chirurgie von Billroth

und Lücke, 1882.

(5) Hugter, Xlinik der Gelenkkrankheiten, 1870.

(6) MarGary, Cura operativa della lussazione congenita dell anca, presentato al Congresso internazionale di Copenhagen. Arch. di Orthopedia, anno I, fasc. 5-6, 1885. Gazette médicale de Turin, 25 mars 1885.

(7) LAmPuGNANI, La decapitazione del femore nella lussazione PRES dell anca. Giornale della R. Accademia di Torino, 1885, fasc. 6-7.

(8) Morra; Contributo alla cura della lussazione congenita dell’ anca. Arch. di Orthopedia, I, n°5 8, 4,5

(a) OrEccHiA, La lussazione RRe del femore et la sua cura operativa. Arch. di Orthopedia, III, fasc. 5-6.

(10) DE Paorr, Contributo allo studio della cura radicale della lussazione congenita dell” anca, mediante l’artrectomia. Giornale della R. Accademia di med. di Torino, 1886, p. 840.

(11) Heussxer, Hüftresection wegen angeborenen Luxation. Arch. für klin. :

Chirurgie, 1885 ; Centralblaït für Chirurgie, 1884, n° 45. (12) ScuussLer, Ueber Hüftresection wegen angeborenen Luxation. Bertin klin. Wochenschr., 1887.

(3) TEurEL, Die operative Behandlung der angeborenen Hüftluxation.

Deutsche Zeitschrift für Chirurgie, 1889.

(14) OGsToN, British medical Journal, 1885, P. 116. (15) VINCENT, Revue de Chirurgie, 1886 : Semaine médicale, 1886. (16) MoLLIÈRE, Lyon médical, 1887.

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Quelques auteurs reviennent alors à l'extension continue pure et simple : Buckminster-Brown (1) soumit pendant 14 mois une petite fille de 4 ans à l'extension continue, tandis que des pelotes pressaient sur le grand trochanter ; il crut avoir obtenu la guérison, mais la récidive survint. La même méthode fut suivie par Post (2), Bradford, de Boston (3), et W. Adams sans plus de succès. Volkmann, Barwel, Roser recommandèrent aussi l'extension, mais sur le membre inférieur placé en abduction très marquée. Mikulicz (4) inventa un appareil à extension, faisant en même temps l’abduction à angle droit et la rotation externe ; cet appareil n’était appliqué que quelques heures chaque jour, le reste du temps . l'enfant marchait sans appareil ; sur 5 cas, Mikuliez a

rapporté 3 guérisons. Sayre, Taylor, Phelps appliquèrentaussi

l’extension continue au moyen d'appareils à extension portatifs. En 1891,notre maître M. le professeur Lannelongue (5)tenta d'appliquer à la luxation congénitale de la hanche sa méthode sclérogène : les injections de chlorure de zinc, pratiquées profondément sur l'os, avaient pour but d'augmenter l'épaisseur du sourcil cotyloïdien et de fournir ainsi à la tête fémorale un point d'appui solide. Cette méthode ne donna pas de bons résultats, et M. Lannelongue l’abandonna vite, en faisant très justement remarquer que, ce qui prime tout dans la luxation congénitale de la hanche, c'est l’atrophie du cotyle et de la tête fémorale, l'obstacle osseux étant de peu d'importance. La véritable méthode de réduction non sanglante de la luxation congénitale de la hanche fut reprise par Paci.en 1887. Son premier mémoire date de 1888 (6) : 1l contient l’ex-

(1) BuckmiNsTEr-Brown, Boston med. and surg. Journal, 1885. (2\ Posr, Boston med. and surg. Journal, 1883.

(3) Branrorp, Annals of surgery, août 1894.

(4) Mixuurcz, Die unblutige Reduction der angeborenen Hüftverrenkung. Arch. für klin. Chirurgie, 1894, p. 368.

(5) LANNELONGUE, Bull. el mém. de la Société de chirurgie, décembre 1891; p. 770 ; Bulletin médical, 1891, p. 1190.

(6) A. Pacr, Studio ed osservazioni sulla lussazione iliaca commune congenita del femore et sua cura razionale. Genova, 1888.

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nee

posé de touté sa méthode ; celle-ci repose tout entière sur l'étude du mécanisme des luxations fémorales traumaliques ; il en déduit l'application à la réduction des luxations congéni-

tales.

Lé procédé de Paci peut être divisé en quatre temps : Premier temps. — On fléchit la jambe sur la cuisse et la

cuisse sur le bassin lentement, jusqu’à sa limite physiologique ; par ce mouvement,on amène la descente de la tête du fémur au niveau ou au voisinage Le la cavité cotyloïde, plus ou moins en arrière.

Deuxième temps. — On imprime au fémur un léger mouve-ment d'abduction, qui conduit le genou à environ 15 centimètres du plan latéral du corps ; par ce mouvement, Paci cherche à placer la tête sur un plan antérieur, au niveau de la cavité cotyloïde ou contre son rebord postérieur.

Troisième temps. — L'abduction étant maintenue, on imprime au membre un mouvement lent et graduel de rota- Lion externe, jusqu'à ce que l’axe de la jambe, toujours tenue fléchie à angle droit sur la cuisse, soit devenu perpendicuaire à l’axe du corps du malade ; on obtient ainsi que la tête se place sur un plan de plus en plus antérieur.

Quatrième temps. — On pratique lentement l'extension de la cuisse, une main pressant sur le genou, tandis que l’autre soutient le pied et la jambe fléchie, tout le membre étant tourné en dehors ; la tête fémorale, placée en avant par les mouvements antérieurs, prend point d'appui sur l'os iliaque. Lorsque la cuisse est complètement étendue, on étend enfin lentement la jambe sur la cuisse.

Maintien de la réduction. — Un appareil plâtré est appliqué immédiatement ; il est laissé pendant un mois, combiné à l'extension avec des poids. Au bout d'un mois l'appareil est enlevé, mais l'extension est continuée pendant trois mois æncore; puis l'enfant commence à marcher avec des pEquies: La guérison est obtenue au bout d’un an environ.

Par cette méthode, Paci ne prétend pas obtenir la réduction

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vraie de Ja luxation ; il réalise, d'après son expression, la correction de la lêle du fémur, c'est-à-dire que la tête est fixée sur un plan antérieur et, de ce fait, les déformations disparaissent.

La méthode de Paci fut appliquée avec succès, surtout en Italie, par Nota, Regnoli, Motta (de Turin), Rota (de Bergame), Ceci (de Gênes), Burci et Frederighi (de Pise); en France, elle fut employée par Redard (de Paris) et Phocas (de Lille) ; en Allemagne, par Schede.

Peu de temps après l’apparition de la méthode de Paci, Poggi, le premier, en 1888, puis Hoffa, en juillet 1889, réalisèrent la réduction sanglante de la luxation congénitale. Hoffa précisa les règles de l’opération et en fit sa méthode propre ; puis, Zorenz, à son tour, en 1892, adopta l’opération d'Hoffa, en y apportant quelques modifications personnelles. | ;

Pendant plusieurs années (de 1892 à 1896), Lorenz employa exclusivement la méthode sanglante ; ses succès opératoires furent remarquables, puisque, sur une série de cent opérations, il n'eut pas un seul décès. Cependant, il l’abandonna et, depuis 1896, il s’est fait l'ardent défenseur d'une méthode nouvelle de réduction non sanglante à laquelle il a attaché son nom.

La méthode de Lorenz est un progrès considérable réalisé dans la voie du traitement non sanglant des luxations congénitales de la hanche. C’est une méthode originale qui diffère, par des points essentiels, du procédé de Paci. Nous ne voulons pas entrer dans le détail des discussions qui eurent lieu entre Paci et Lorenz au sujet de la paternité de leur méthode ; à’notre avis, les deux méthodes sont tout à fait différentes, et le mérite de Lorenz ne doit pas être diminué, car son innovation a été singulièrement féconde.

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