‹ Traitement Précoce de l'Ostéomyélite Aiguë Par l'abcès de FixationChapitre 4 sur 17 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Historique

C'est en 1875 que Fochier eut, pour la première fois, l’idée de l’abcès de fixation. Traitant une malade atteinte d'infection puerpérale grave par des injections sous-cutanées de sulfate de quinine, une de ces injections provoqua un abcès accidentel. Dès cet instant, il vit les symptômes infectieux s’amender progressivement, puis rétrocéder. La malade guérit.

Rapprochant cette observation de cas analogues où l’amélioration, dans d’autres affections pyogènes, avait été constatée dès leur localisation sous forme d'abcès dans l'organisme (phlegmon du ligament large, abcès du sein, mono-arthrite ou simple suppuration dans le tissu cellulaire sous-cutané), il a l’idée d’imiter la nature en provoquant la suppuration. I] avait créé la méthode des abcès de fixation.

Après divers tâtonnements dans le choix de la

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substace à injecter (solution de sulfate de quinine acidifiée, nitrate d'argent, cultures microbiennes atténuées), son choix se fixa sur l’essence de térébenthine, produit sur lequel des travaux contemporains avaient plus particulièrement attiré son attention.

C’est au mois de juillet 1891 qu'il communique à la Société médicale de Lyon, de nombreux cas d’infection puerpérale traités avec succès par la nouvelle méthode.

Il conclut en disant : « Je conseille de provoquer artificiellement la formation d’abcès dans les états infectieux où l’on peut voir spontanément se produire des suppurations, et dans toute infection générale pouvant devenir, dans certaines circonstances, des affections pyogènes généralisées (grippe, fièvre typhoïde, pneumonie).

Cette communication attire l'attention sur l’abcès de fixation et, dès cette époque, de nombreux cas sont publiés se rapportant à l'emploi de ce nouveau traitement dans les maladies infectieuses, plus particulièrement dans la fièvre puerpérale et dans la pneumonie. Dans la multitude des observations et des publications, nous rappellerons les principales.

Le professeur Lépine, en 1892, dans la Semaine médicale ; Dieulafoy, Gingeot-Rendu, dans la même revue ; Raoul de Sergine, dans la Revue thérapeutique ; Franc, dans le Journal de Médecine de Bordeaux ; Mossé, dans le Midi Médical : Grenelle, dans le Bulletin Médical des Vosges (1892).

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Sept cas sont communiqués par le professeur Polosson.

En 1899, paraît la thèse de Trifon, un des travaux capilaux sur cette question. Avec Ja plupart des observations précédentes, l’auteur apporte vingl-neuf observalions du service de Fochier.

Les conclusions en sont l'inocuité du traitement, les indications sont celles exprimées par Fochier l’auteur insiste sur la grande valeur pronostique de l’abcès de fixation et se déclare partisan de la méthode.

Parallèlement, aux travaux publiés en France, signalons à l'étranger ceux de Revillod parus dans la Suisse Romande (1892) ; les thèses de Dutremble (1894) ; Senn (1898) ; les observations de Colladon en 1896 et de Gauthier, de Genève, en 1896. Ceux de Boule parus en 1899 dans les Archives de Virchow, de Mercondino et Pinna en Italie : Guillaumont, de Nancy, rapporte dans sa thèse (1893), trente cas de pneumonie traités avec succès par l’abcès de fixation.

Parmi les adversaires de cette méthode, Chantemesse et Marie publient huit insuccès dans la pneumonie du vieillard et la rejettent expérimentalement en s'appuyant sur l’absence de bactéries dans l’abcès. Citons encore Lardier et Pillman dans la Revue Médicale de l'Est. Mme Compano et Codet-Boine, à Bordeaux.

En 1903, Carles publie à Paris une thèse importante contenant cent vingt-huit observations et se déclare partisan de la méthode.

Depuis celle époque, les publications sont plus

rares. Cilons une communication de Chéron, en 1903, à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris ; six observations de cas très graves, trois suivies de décès. Les travaux de la Torre, à Rome, ceux du professeur Fabre, à Lyon, en 1903, qui conclut à l’action de l’essence de térébenthine, la suppuration n'étant pas, d’après cet auteur, un stade nécessaire de l’action thérapeutique (Thèse de Percerot, 1908-1909) ; la thèse de Voiturier (Lyon, même année) rapportant quarante observations d'infections puerpérales traitées par l’abcès de fixation. Cet auteur conclut à l’inocuité du traitement, à la grande valeur pronostique de la méthode et au point de vue thérapeutique ; il s'exprime ainsi : « L’abcès de fixation, même quand il réagit, même employé tôt, ne guérit pas toute infection. Il n’en est pas moins un très bon agent thérapeutique, et dans les cas favorables, l'amélioration suit de très près, à 24 ou 48 heures d'intervalle la formation de l’abcès. Il est indiqué de le faire dans tous les cas d’infection sérieuse, dès que le traitement local montre son insuffisance, quelle que soit la forme de l'infection, quel que soit l'agent infectieux ».

À l'étranger, les travaux de l’époque ne signalent pas cette méthode.

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Technique et étude clinique

Nous insiterons peu sur ce chapitre. Les auteurs sont d'accord sur cette question. Après l'emploi de plusieurs substances d’une façon accidentelle ou expérimentale, le choix semble s'être porté d’une façon unanime sur l’essence de térébenthine. Ses propriétés pyogéniques, et son peu de toxicité l’ont fait choisir.

On se sert de térébenthine du commerce. La stérilisation ne fait que compliquer la méthode, étant rendue inutile par le pouvoir antiseptique de ce produit.

La technique indiquée par Fochier a toujours cours.

L'injection se fait dans le tissu cellulaire souscutané, le choix de la région est guidé par la facilité des pansements et de la gêne minima à apporter au malade. Nous la pratiquons dans le flanc, endroit facile à surveiller et à soigner.

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La dose injectée est ordinairement 1 cc., renouvelée au bout de 12 heures. On continue une injection par jour, jusqu'à ce que la réaction désirée se produise. Chez les enfants, nous avons usé de doses identiques et, dans des cas graves, nous avons injecté jusqu’à 3 cc. comme première dose, sans qu'il en résulte le moindre inconvénient pour le malade. Certains auteurs ont usé de doses beaucoup plus considérables également sans inconvénient.

Il est nécessaire de pratiquer un nouvel abcès avant l'ouverture de l’abcès müûr lorsque l'infection que l’on traite n’est pas complètement jugulée.

Quelques auteurs laissent l’abcès s'ouvrir naturellement. La règle est d'ouvrir l’abcès lorsqu'il est mür, quand la peau amincie est prête à s'ulcérer, généralement du sixième au douzième jour. Une simple ponction au bistouri suffit. Après expression de l’abcès, on panse à plat et sans drainage.

Appliquant une méthode déjà tentée avec succès par M. le Profess’ agrégé Leriche, et basée sur l’asepticité de l’abcès, M. le Docteur Vignard a pratiqué, après incision et nettoyage de la cavité de l’abcès, la suture primitive de la peau. Les résultats ont été excellents, en supprimant ainsi l'inconvénient de pansements répétés, et en réduisant au minimum les risques d'infection secondaire au niveau de l’abcès.

Les complications sont rares, l'infection secondaire de l’abcès se voit parfois. Elle doit être évitée par des soins rigoureusement aseptiques. Normalement, au bout d’une dizaine de jours de soins, l’abcès est refermé.

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Mode d'action

C'est une question sur laquelle les auteurs sont loin d’être d'accord, et la controverse est toujours à l’ordre du jour.

Ecartant comme sortant du cadre de notre question, la thèse du Professeur Fabre, qui soutient que l'efficacité de l’abcès de fixation est due à l'injection de térébenthine, nous restons en présence d'auteurs qui s'appuyant sur les faits suivants :

1° Apparition simultanée de l'amélioration des phénomènes morbides et de la formation de l’abcès ;

2° Absence d'influence de l'injection de térébenthine sur l’évolution de la maladie quand l’abcès ne se forme pas ;

3° Amélioration constatée, quoique à un degré moindre lorsque l’abcès est dû à une substance autre que l'essence de térébenthine.

Admettent que l’action thérapeutique est réelle-

ve ment due à la réaction de l’abcès, mais sont loin d'être d'accord sur le mode d'action.

Sans avoir la prétention de trancher la question, nous exposerons simplement les diverses théories en présence.

D'après Fochier, l’abcès créerait un centre de moindre résistance où les germes infectieux se porteraient de préférence. Ceux-ci, soustraits à l’organisme, fixés en un point dangereux pour un organe essentiel, les manifestations secondaires de la maladie ne peuvent plus se produire. C’est la théorie de la fixation. Le grand argument qui se présente immédiatement à l’esprit contre cette théorie, c’est l’absence de germes pathogènes dans le pus de l’abcès. Fochier complète sa théorie en se ralliant à l'opinion de Mercadino et Pinna. Ces auteurs ayant observé que la maladie s’aggravait lorsqu'avant l’ouverture de l’abcès, on négligeait d’en former un autre, pensent qu'il se forme sous l'influence de l’irritation des tissus par l'essence de térébenthine des substances solubles neutralisantes qui vont, après résorption, détruire les germes pathogènes et leurs toxines. De nombreuses expériences étayent cette théorie, expériences Gravitz et de Barry, de Pinna.

D’autres auteurs expliquent la stérilité du pus de l’abcès de fixation par la simple action antiseptique de l’essence de térébenthine, destructive des microbes et de leurs toxines.

Dieulafoy et les auteurs suisses, Revillod et ses élèves, qui ont étudié cette méthode, pensent qu’elle agit par révulsion, fixation et dérivation.

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Chantemesse et Pierre Marie pensaient tout d'abord qu'il se créait dans l'organisme hyperleucocytose, mais leurs expériences leur donnaient, au contraire, une diminution du nombre de globules blanes. Par contre, Cartiguera et Bauer constatèrent, après une diminution du nombre de globules blancs dans les premèires heures qui suivent la formation de l’abcès, une hyperleucocytose. Les résultats de ces auteurs et de ceux qui ont étudié la formule des globules blancs dans cette méthode sont donc contradictoires et il est bien difficile d’en tirer des conclusions certaines. C’est alors que d’autres auteurs ont formulé des hypothèses ingénieuses et qui ne sont pas encore confirmées par une expérimentation suffisante pour qu’on puisse tabler sur elles.

Pour les uns, il s'agirait d’une distribution différente des leucocytes dans l'appareil circulatoire. (Expérience de Schlutz).

Pour d’autres, on se trouverait en présence d’une augmentation du pouvoir opsonique des globules blancs sous l’effet de l’essence de térébenthine. (Expériences de Bossan).

D’après les connaissances actuelles, il semble donc que la théorie de l’hyperleucocytose n'ayant pu être encore établie d’une façon indiscutable, encore étayée, ii est difficile d'expliquer comment agit l’abcès de fixation. Les théories proposées restent hypothétiques.

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