CHAPITRE I
Opportunité de ce traitement
Nous désirons étudier ici quel est le traitement qu’on peut instituer contre la rétention prolongée des débris de l’œuf après l’avortement.
La plupart des accoucheurs s’accordent à respecter cette rétention et n’interviennent que si elle donne lieu à des complications : hémorragie grave et infection imminente.
Nous pensons avec M. Doléris que cette attente est périlleuse : un traitement même énergique n’est
pas toujours efficace quand les accidents sont confirmés ; si donc l'examen des faits nous montre que ces accident$ sont probables ou même inévitables, nous estimons qu'il est prudent et rationnel de vider systématiquement l'utérus dans tous les cas de rétention, afin de les prévenir.
Une première justification nous est fournie par la probabilité de l'affection attachée, dans un grand ‘nombre de cas, à une cause d’avortement d’importance nouvelle ; la provocation criminelle.
Depuis sept ans, le chiffre des avortements s'est élevé brusquement, ainsi qu’en témoigne un article de M. Doléris dans la revue : Société d'obstétrique, de gynécologie et de pédiâtrie, février 1905. Il relève dans les six maternités où la proportion s’est notablement accrue, Charité, Beaujon, Tenon, Lariboisière, Saint-Antoine, Boucicaut, les totaux sui-
vants :
Années Chiffre des avortements o/0 1898 376 5,6 1903 1069 14 1904 1341 16
Et il faut tenir compte de ce fait que cette statistique ne comprend pas :
1° Les cas soignés à domicile dans la classe aisée ;
2° Les cas soignés chez les sages-femmes libres et dans les maisons de santé ;
3° Ceux soignés et reconnus dans les services hospitaliers de médecine et de chirurgie ;
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4° Ceux dans lesquels la malade n’a reçu aucun soin.
Après des enquêtes minutieuses, M. Doléris croit qu'on peut estimer à 50 o/o la proportion des avortements provoqués.
Voici comment les choses se passent d'ordinaire : Certaines malades, dit-il, se présentent déclarant simplement qu’elles viennent de faire une fausse couche, sans que l’on puisse surprendre avec évidence les phénomènes habituels de l'avortement. Vraisemblablement elles arrivent presque aussitôt qu’elles ont subi lesmanœuvres abortives. De fait, peu après, leurs prévisions sont justiliées.
D'autres se présentent perdant du sang, en ayant perdu depuis plusieurs jours avant leur arrivée; quelques-unes sont apportées exsangues; les unes et les autres gardent encore dans leur utérus tout ou partie du délivre à un degré variable de putréfaction et ont un mouvement fébrile manifeste.
Trop souvent la mort s'ensuit: tandis que la mortalité est de 0,57 o/o en moyenne pour les avortements spontanés, elle est de 56, 8 o/o pour les avortements criminels, d’après la statistique relevée par M. Maygrier à la Charité. Elle est due à l’absence de précautions antiseptiques pendant la provocation.
Ainsi :
La provocation criminelle est la cause probable de l'accroissement énorme du chiffre des avortements ;
Elle est généralement entachée d'infection et, de
ce fait s'accompagne d’une mortalité élevée et d’une morbidité bien plus élevée encore.
Sauf de rares exceptions, en présence d’un avortement, le médecin connaissant cette étrange mortalité qui règne actuellement au sujet du droit prétendu aux pratiques anticonceptionnellesetaux manœuvres abortives, sera obsédé par la crainte de la septicémie, contre laquelle il ne s’assurera qu’en vidant l’utérus sur le champ.
Un deuxième argument en faveur de l'intervention précoce est le danger que fait courir l’hémorragie toujours présente dans les cas de rétention. Faible, elle anémie par sa répétition ; elle constitue toujours par la possibilité de son apparition brusque et de son abondance un danger constant. C’esl pourquoi nous estimons qu'elle constitue toujours une indication d'intervenir, toutes les fois qu'elle est en relation avec la persistance de débris d'œuf.
Enfin, à un point de vue théorique, il semble que l’œuf abortif doive être considérée comme un produit organique, naguère vivant, mais désormais caduc et voué fatalement à l'élimination hors de la cavité utérine. Dès lors il est diflicile de comprendre pourquoi, en l'incertitude, où l’on est, de son élimination spontanée, il n’est pas permis de l’évacuer artificiellement, surtout si, comme nous le verrons dans la suite, sa présence est la source de troubles divers pour l'utérus.
Telles sont, en principe, les raisons, que nous invoquons pour agir de la sorte ; nous les discute-