‹ Traitement Sanguin des Fractures Fermées de la JambeChapitre 19 sur 37 · Bulletins de la Société de Chirurgie, 21 mars · texte numérisé non relu

Bulletins de la Société de Chirurgie, 21 mars

les fractures simples obliques de jambe chezles ouvriers par simple réduction et appareil fixateur, je conelus que les résultats obtenus sont trop souvent insuffisants. Ma conviction ne repose pas sur un petit nombre de cas ; mais, à plusieurs reprises, j'ai réuni de nombreuses observations, m'inquiétant surtout de savoir quelle était l'aptitude au travail des fracturés guéris.Je ne fais pas allusion à la présence d’un raccourcissement ou d'une déformation considérable car, avec quelque peu d'habileté et de soins, on peut les éviter (quoique dans certains cas ils soient très prononcés); dans cette communication je considérerai exclusivement l'aptitude physique de l’homme à accomplir sabesogne habituelle après qu'il a eu une fracture oblique des deux os de la jambe. En d’autres termes, je veux estimer la valeur monétaire de l'homme, comme machine, avant et après l'accident.

Or, je n'hésite pas à affirmer qu'avec les méthodes actuelles de traitement, non seulement l’ouvrier ne peut gagner sa vie pendant une période très longue, mais encore que, dans la plus grande majorité des cas, il est, dans la suite, tout à fait incapable de faire un aussi gros travail qu'avant son accident. Il gagne moins qu'avant, parfois mème il est infirme. Il peut perdre 70 à 80 p. 100 de sa valeur première, Si ce que je dis est vrai, les traitements universellement adoptés dans nos hôpitaux sont tout simplement désastreux. On les continue parce qu'on ne se rend pas compte de laperte considérable et mème de la ruine que nos méthodes

chirurgicales imparfaites infligent à nos ma'heureux

AY E far

malades, quoique le raccourcissement et la déformalion soient en général minimes.

Le déplacement souvent complexe des fragments est suffisant pour diminuer et quelquefois abimer irrémédiablement le fonctionnement du membre. La déviation des axes des fragments inférieurs du tibia et du péroné est cause que la pression $e transmet à travers les articulations du pied, de la cheville, du genou, et mème un peu de la hanche, d’une façon tellement anormale que le malade éprouve non seulement un sentiment de faiblesse dans ses jointures, surtout dans le pied et la cheville, mais en outre une douleur progressivement croissante. Ceci veut dire que les diverses jointures appelées à accomplir une fonction autre que celle à laquelle elles sont destinées, doivent subir une altération proportionnelle au degré dans lequelontété déviés les axes de pression normale.

Dans les circonstances nouvelles, les jointures ne peuvent accomplir leurs fonetions physiologiques avec la mème exactitude et la même perfection. Or ce défaut va en augmentant, demème qu'augmente la douleur qui l'accompagne, surtout chez les vieillards. Il y a d’autres troubles que le malade peut présenter par suite de cette infirmité, par exemple, l’œdème, l’eczéma, l’'exulcération. Mettons qu'il n'y ait qu'une part de vérité dans ce que j'avance (j'estime que je n’exagère pas), c’est folie pure de continuer les méthodes actuelles de traitement, surtout si nous avons à notre portée des méthodes plus efficaces. Pourquoi hésiter à appliquer

les principes banals de la mécanique dans les cas de

DTA

fracture simple de jambe, alors que la majorité des chirurgiens n'hésiterait pas à les appliquer .dans les cas de fractures de la rotule avec écartement des frag-

ments ?

Je remercie beaucoup M. SrewaRT qui a recherché à mon intention 40 cas de fractures de jambe traitées soit à Guy’s Hospital, soit autre part. Il désirait me prouver le contraire de ce que j'avançais : ses observations n'en ont que plus de valeur. Voici ses conclusions, elles confirment les miennes ; il a cherché les résultats éloignés dans 40 cas de fractures de jambe, chez des hommes à occupations différentes.

Or 48 p. 100 ont souffert pécuniairement soit qu'ils n'aient pas pu reprendre leur profession première, soit qu'ils n'aient pu travailler autant qu'auparavan ; ù |

38 p. 100 ont des douleurs au niveau du trait de frac- EUDeS

15 p. 100 souffraient dans la cheville ;

4 malades souffraient dans le genou ;

38 p. 100 se plaignaient d’instabilité du membre inférieur. La faiblesse était dans tous les cas rapportée au genou.

Dans une autre statistique portant sur 23 cas de fractures de jambe chez des ouvriers à gros travail : 56 p. 100 ne purent reprendre le même travail ; 52 p. 100 avaient des douleurs, soit au niveau du trait de fracture, soit dans le genou ou dans la cheville, quelquefois dans les deux ;

39 p. 100 se plaignaient du peu de solidité de leur.

membre, » (1)

Dans un article tout récent, ARBUTHNoT L'ANE revient sur la question et n'est pas moins affirmatif dans ses dires. Ayant demandé à M. F. J. Srzwarr et à M. D. M. Bip de faire des enquêtes indépendantes sur les malades traités à Guy’s Hospital pendant un temps assez long, LAXE écrit : « Les résultats de mes observations a été que j’ai trouvé que la dépréciation mécanique consécutive à une fracture du membre inférieur est, en effet, souvent très grande ; et que, si l'individu compte sur une sécurité complète de ses mouvements pour la marche, la fracture le prive de sa capacité de continuer désormais de faire son métier... J’ai été plus que stupéfait de la nature plus que médiocre des résultats obtenus dans nos hôpitaux et aiïllleurs, et aussi de la diminution de valeur de l'homme, en tant que machine à faire de l’argent, non seulement pendant une convalescence souvent très longue, mais aussi d’une façon permanente (2). » La plupart de ces malades présentaient une rotation interne du membre inférieur.

M. le professeur BERGER lui même, au Congrès de Chirurgie de 1895, fait un aveu des résultats obtenus.

« Comme M. NÉLATON dans mon passage au Bureau

1. Ansurunor Lane. Transactions of the Clinical Soctely 0/ London. A method of treating simple oblique Fractures of the tibia and fibula more efficiently than those in common use. 13 avril 1894, pages 167-175.

. 2, ArBuTHNOT LANE. À lecture on the operative treatment of simple fractures. Lancet, 26 mai 1990, page 1489.

es Central, à l'hospice des Incurables d'Ivry, à Bicètre, actuellement encore à mes consultations, j'ai vu, je vois encore souvent arriver des sujets avec une jambe présentant la déformation en question (saillie en avant du fragment inférieur du tibia, déviation de axe de la partie inférieure de la jambe portant le pied en varus) et de laquelle ils ne peuvent se servir sans fatigue, quoique des mois et parfois des années se soient écoulés depuis leur accident. »

: Dans une de ses cliniques M. Dupzay (1) constate que l'incapacité et l’invalidité consécutives aux frac- Lures de jambe se prolongent fréquemment au delà de ÿ ou 6 mois après la consolidation, et que souvent celle incapacité fonctionnelle persiste. IT cite à ce propos une statistique de M. HoExELz, basée sur un total de 182 cas de fractures, suivies pendant assez longtemps. Il évalue à 10 mois en moyenne le temps pécessaire à la guérison complète des fractures de jambe, à 20 p. 100 la proportion des membres invalides.

Dans l'excellente thèse de M: GuiBar nous trouvons encore de nombreuses statistiques et nous ne pouvons mieux faire que de les transcrire., HOoExEL à examiné personnellement 128 fractures de jambe. Sur ces 198, 46 siégeaient au milieu de la jambe, et sur ces 46, 30 (c'est-à-dire 65 p. 100) furent guéries, tandis que 16 ma-

lades (c'est à-dire 35 p. 100) restèrent invalides. Sur

L, Durrav, Traitement des fractures de jambe simples et

compliquées, Semaine mélicale, 28 nov, 1900,

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