‹ Traitement Sanguin des Fractures Fermées de la JambeChapitre 18 sur 37 · III. — Résultats tardifs · texte numérisé non relu

III. — Résultats tardifs

L'impotence fonctionnelle est, à coup sûr, le résulat éloigné le plus fréquent des fractures de jambe traitées par les méthodes classiques. Nous ne voulons pas cependant assombrir le pronostic des fractures et dire que tout malade, traité par l'opération non sanglante, est un futur impotent. Avancer une telle chose serait folie, et les multiples observations de fractures guéries par les méthodes classiques seraient là pour nous infliger un cruel démenti.

Les malades qui, malgré un eal volumineux, conti-

nuent leur ancien métier, comme par le passé, sont

l. Turrier el Louver, Congrès de chirurgie de Bruxelles. — Septembre 1902,

RER légion. Du fait qu'une jambe au sortir de l'appareil plâtré présente de l’œdème, de l'atrophie musculaire, ele.., on ne peut conclure de suite à l’impotence fonclionnelle, Il est certain que le malade reste, pendant quelques jours, avec des douleurs au niveau du cal néoformé, qu'il est vite fatigué ; mais, avec le massage, tous ces accidents disparaissent. La fonction, seul but poursuivi, à done été rétablie et, pour cette raison, certains chirurgiens semblent considérer la forme comme secondaire.

Voici d’ailleurs ce que disait M. Moxop à la Société de Chirurgie, 189% : «Je ne veux pas dire que dans toutes les fractures le résultat final ait été parfait. Je crois même que, plus souvent qu'on ne le pense, le cal est difforme ; que, souvent aussi, la jambe demeure plus courte que celle du côté opposé... Les malades s'en contentent. » Plus récemment encore, M. A. Derace (de Bruxelles) au Congrès Belge deChirurgie répondait aux partisans de lintervention : « La réduction non sanglante est employée depuis des siècles et jamais, avant la fièvre chirurgicale qui sévit à notre époque, on ne lui a trouvé les inconvénients nombreux qu'on lui reproche aujourd'hui. Certes, on parvient rarement à mettre les fragments dans une situation normale par des manœuvres manuelles ; mais cela est-il bien nécessaire ? Ce qu'il faut chercher surtout dans un cas de fracture de la diaphyse c’est, ainsi que nous venons de le dire, la solidité du cal, l'absence de difformité et de raccourcissement du

membre, de façon que ce dernier ne perde rien de ses

OR

fonctions ; pour qu'il en soit ainsi, une coaptation partielle suffit, Les chirurgiens de tout temps ont été d'accord sur ce point et la radiographie n’a pas affaibli cette conviction. >» M. le professeur BERGER, au même Congrès, ajoutait : « Dans latrès grande majorité des fractures obliques de jambe, mème des fractures en V, des fractures spiroïdes, avec fissure prolongée jusqu'à l’articulation tibo-tarsienne, j'ai jusqu'à présent réussi à obtenir un résultat suffisant, sinon parfait au point de vue de la forme ; très bon, sou vent excellent, au point de vue de la fonction. » M. KæxiG, (d'Altona), au XXXT° Congrès de la Société Allemande de Chirurgie disait : « Il n’y a pas corrélation étroite entre le bon fonctionnement ultérieur d'un membre fracturé et la restitutio ad integrum de l'os ; car l’on rencontre couramment des consolidations plus ou moins vicieuses avec fonctionnement parfait. »

Nous pourrions ciler ainsi nombre d'opinions, mais nous préférons nous en tenir là. Comme on le voit, de l’avismème des adversaires de l'intervention sanglante, la forme n'est done presque jamais rendue complètement au membre fracturé. Qu'importe, disent-ils, pourvu que la fonction soit bonne !

Malheureusement, il n’en est pas toujours ainsi. Il se forme des cals exubérants qui déterminent des troubles de compression, de dilacération des parties molles, des fourmillements, des engourdissements. A la clavicule, à la jambe, la difformité est visible et choquante. Parfois le cal est saillant et il n’est pas rare

alors de voir la peau perforée et uleérée. Les mouve-

Este ments du membre sont compromis, certains muscles par suite de la mauvaise position des leviers osseux se trouvent paralysés. Parfois enfin, les cals volumineux deviennent douloureux: un nerf s'est trouvé inclus dans le tissu nouvellement formé, et il n’est pas rare de voir survenir de la névrite ascendante. M. Loisox (1) qui à examiné aux Rayons X 37 fractures de jambe plus ou moins anciennes, dit: « Sur la totalité des fractures complètes de la jambe ou du tibia seul, consolidées depuis un temps plus ou moins long, que j'ai eu l’occasion de radiographier, je n’ai rencontré que rarement un cal de forme à peu près parfaite, c’est-àdire ne laissant subsister aucun déplacement. »

Les nombreuses statistiques parues à ce sujet viennent confirmer le fait. Nous n’avons nullement l’intention de vouloir dire par là que les méthodes anciennes soient mauvaises en tous points. Ainsique nous l’avons dit plus haut, tous les fracturés de jambe qui ont guéri, qui ont repris leur ancien métier et travaillent comme par le passé, sont légion.

Mais il n’en est pas de même pour tous. Certains chirurgiens se sont livrés à des études minutieuses sur les résultats éloignés des fractures de jambe, d’ancienneté variable, qu’ils ont soignées. ARBUTHNOT LANE est, certainement un de ceux qui ont mis le plus de soin aux diflérentes enquêtes faites à ce sujet. Nous ne pouvons donc mieux faire que de citer LANE : « De mon

expérience des méthodes usuelles de traitement dans

Page 1