PRÉFECTURE DE LA SEINE-INFERIEURE
Rouen, le 14 mars i833.- Monsieur , Vous m'annoncez, par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le i5 de ce mois, qu'un grand
nombre d'indîgens réclament vos soins, et vous me manifestez l'intention de prolonger encore votre séjour a Rouen . J'applaudis à votre zèle philantropique , et je verrai avec plaisir que vous continuiez à recueillir les témoignages de la reconnaissance publique.
Recevez j Monsieur, l'assurance de ma parfaite considération t Lcconscillcr-d'élat, préfet de laScinc-Inferieure,- Baron Dvjpont-Delporte.
A M. JVilliams , Oculiste honoraire des Rois.
A M. Williams, oculiste honoraire des Rois , place de l'ancien Opéra, n.° (\, à Paris , momentanément à Rouen.
Monsieur,
Attiré depuis plusieurs jours par la curiosité et le désir de connaître les effets de votre traitement aux yeux de vos malades, par l'intérêt que je porte aux sciences médicales, et spécialement pour me tranquilliser sur l'influence physique de vos remèdes, je me suis présenté chaque jour dans la salle où vous recevez vos malades pauvres , et pour rendre hommage à la justice que vous méritez, il est constant qu'un grand nombre de vieillards aveugles, borgnes, ou presque aveugles, des personnes de moyen âge, et des enfans dans les bras de leur mère, m'ont convaincu que vos moyens curatifs avaient produit des effets surprenans; parmi ce nombre , j'ai remarqué deux aveugles de naissance dont les pare as m'ont assuré qu'ils commençaient a. voir. Tous , au nombre d'une soixantaine, m'ayant supplié de joindre mes instances aux leurs pour vous prier de prolonger votre séjour , afin de tâcher d'avancer leur guérison, votre bonté est trop bien connue, Monsieur, pour leur refuser ce bienfait > si d'autres engagemens ne vous y forcent.
Je saisis cette occasion, Monsieur, pour vous exprimer ma vive reconnaissance sur l'amélioration sensible que j'ai déjà éprouvée moi-même, malgré mon âge avancé, quoiqu'ayant subi et épuisé tous les moyens de la faculté, et les connaissances des hommes les plus éclairés infructueusement, car je puis aujourd'hui distinguer de gros objets à quarante pas de distance et commence â apercevoir les grosses lettres, chose impossible auparavant d'avoir eu
l'honneur de vous consulter. Je vous prié de me contîntier vos soins. le plus long-temps que vous pourrez, afin de hâter ma guérison, s'il est possible, ou du moins que je ne perde pas le fruit des bienfaits que j'ai éprouvés. Pour éviter tout m'aurais soupçon , j'ajouterai que ma reconnaissance n'est pas moins grande que celle des indigens auxquels vous consacrez chaque jour et gratuitement vos précieux momens, malgré que je vous aie payé le premier jour du traitement les honoraires que vous demandez aux personnes affligées'de maladies graves, et je n'ai pas cru devoir profiter de ma situation comme médecin et père d'un médecin, pour réclamer vos soins sans vous payer vos honoraires.
Croyez-moi, avec estime et considération distinguée. Monsieur, votre très-obéissant serviteur,
Delzeczes, docteur-médecin.
Rouen, le i3 mars iS33.
Pour répondre aux instances des nombreux malades pauvres, réitérées par M. le Préfet et M. le docteur Delzeuzes, M. Williams, oculiste honoraire des Rois, a consenti à rester spécialement pour eux, jusqu'à Pâques, pour tâcher d'achever la guérison de tous ceux qui en sont susceptibles. Après cette époque', il se propose de rentrer en son hôtel à Paris, place de l'ancien Opéra, n.°4, et d'y recevoir ses malades comme à l'ordinaire , entre onze et trois heures de l'après-midi.
Les malades aisés, éloignés de lui, pourront envoyer leurs consultations par écrit, franco; il leur répondra. Néanmoins, il profite de cette occasion pour assurer particulièrement à M. le docteur et aux autres malades qu'il traite en ce moment, ainsi qu'à tous ceux qui désireraient l'être par correspondance , que son départ n'empêcherait pas leur guérison de suivre son cours. Les lettres suivantes, dont une d'un aveugle de l'île de Corse, à environ trois cents lieues de Paris , sont une preuve dé ce qu'il avance. (Note de l'Editeur J.
A M. Williams , oculiste honoraire des Rois , d Rouert.
Monsieur,
J'ai l'honneur de vous prévenir que depuis votre départ âc Paris, j'ai suivi exactement le traitement que vous
nVavez prescrit; que depuis huit jours je n'ai que trèsrarement des crispations nerveuses dans les paupières, et que, je l'espère, dans peu de jours, je n'en aurai plus; je vous annonce aussi avec plaisir que les éblouissemens que j'éprouvais après avoir écrit une heure ou une heure et demie , avant d'avoir eu l'honneur de vous consulter il y a un mois et demi , ont beaucoup diminué, et je pense que la continuation de vos soins m'en guérira toul-ù-fait. Je vous prie, Monsieur, de recevoir l'assurance de ma reconnaissance pour le mieux très-sensible que j'éprouve dans ma vue.
J'ai l'honneur d'être avec une parfaite considération, Monsieur, votre serviteur,
Le vicomte Auguste de Gauville, Capitaine de vaisseau , rue Tronchet.
Paris, le a3 Février i833.
A M. JViUiams, Oculiste honoraire des Rois, place de l'art' cien Opéra , n.° L\ , à Paris.
Monsieur,
Le 4 de ce mois, je reçus les remèdes que vous avezcu la bonté de m'envoyer pour mes maux d'yeux; le lendemain je commençai le traitement, que je suis exactement, ainsi que vous me l'avez prescrit; je vous aurais répondu aussitôt la réception de votre envoi , mais l'espoir de vous annoncer quelque bon résultat m'a lait différer jusqu'à ce jour. Voici, Monsieur, l'état actuel de mes yeux : l'inflammation a entièrement disparu , les paupières sont presque au naturel; le globe des yeux est blanc, mais il reste encore embarrassé par un voile, qui, quoique beaucoup diminué depuis mon traitement, ne me laisse voir les objets que confusément. Je m'empresse donc , Monsieur, de vous témoigner ma satisfaction sur l'efficacité de vos remèdes, dont j'ai entrepris le traitement malgré l'opinion contraire des personnes les plus instruites du pays, qui ne pouvaient se persuader que l'on pût traiter une pareille maladie par le moyen d'une correspondance, à une distance si éloignée, et qui, aujourd'hui, sont surprises des bons effets que j'en éprouve déjà, et j'espère vous donner plus tard l'heureuse nouvelle de mon entière
( 2?° ) guérison ; dans cette attenté , j'ai l'honneur d'êtrfc arec ufï profond respect;,
Monsieur, votre très-reconnaissant, etc.
Le capitaine en retraite , Santolini.
Cervibne , près Bastia (lie de Corse), i^ décembre i832.,