CHAPITRE II
Cécité varioïique et ses variétés*
On portait au tiers, avant l'heureuse découverte de Jenner > le nombre des individus affectés de maladies des yeux , par suite de la variole ; mais depuis que la pratique de la vaccination est devenue générale , ce nombre a sensiblement diminué.
Les principaux caractères de la cécité varioïique sont le renversement , l'éraillement , et le racornissement des paupières , leur adhérence entre elles, l'absence des cils, les cicatrices à la place des sourcils, la rougeur et l'exulcération de la conjonctive , l'atrophie du globe , etc.
La cécité varioïique est non - seulement la plus fréquente, mais encore la plus grave de toutes. En effet , elle est presque toujours suivie de la perte des yeux et de la plus hideuse infirmité, en détruisant le plus beau des caractères de la physionomie de l'homme (i). Dans cette cruelle maladie , une portion de l'organe a-t-elle été épargnée , souvent elle devient la source de maux qui se reproduisent sans cesse, les abcès dans les yeux étant très-fréquens dans cette espèce de cécité , ainsi que le flux puriforme des paupières , et même la fi&tule lacrymale par la métastase varioïique.
(i) Voyes le i.,r Chap. de l'Hygiène des Yeux., à la fin da gc Volume.
«Vaï été assez heureux , dans la plupart de ce* cas, pour réussir par l'application seule de mes médicamens, comme le prouveront les observations ci-après ; car le meilleur témoignage, en semblable matière , est Celui de l'expérience (i). Le flux palpébral , plusieurs fistules à leur invasion et l'écoulement puriforme ont été totalement guéris par le Concours de mes médicamens , qui m'ont dispensé de recourir à l'incision.
J'ai également obtenu un plein succès dans le cas d'une tumeur lacrymale ovalaire et circonscrite , connue par les anciens sous la dénomination inexacte de hernie ou hydropisie de l'œil : maladie accompagnée d'un écoulement de larmes claires , et qu'il ne faut point confondre cependant avec une tumeur d'un autre genre > qui a son siège dans le grand angle de l'œil , qu'on appelle anchyopè , qu'on reconnaît pour être une affection de la membrane interne des paupières.
En persévérant l'usage de mes médicamens , on guérit cette tumeur , que beaucoup de praticiens laissent dégénérer en abcès.
(i) Il est convenable de dire ici ia manière d'user de mes médicamens , la voici : On place le malade sur un canapé' , ou sur un lit , en sorte que la figure se trouve horizontale. On met une goutte ou deux de mes remèdes dans une cuiller à café' , après avoir toutefois bien remué la bouteille qui les contient , et on les introduit goutte à goutte dans le grand angle de l'œil , en recommandant au malade de les faire parcourir d'un côte' à Pauvre , afin que tout le globe en soit humecté, et rester dans la même position, jusqu'à ce que U nicottement ait entièrement disparu.
Traitement de ï Ectropion ou l Et aillent cnt des paupières.
Conlnie 1 éraillement des paupières est une «les suites les plus fâcheuses de la variole , qui laisse, le malade dans un état affreux de difformité , je me suis attaché à le réparer par un traitement méthodique et sûr.
Elle n'occupe presque jamais que la paupière inférieure , et dépend , ou de l'engorgement contre nature de la conjonctive , ou du rétrécissement de la peau qui recouvre les paupières, rétrécissement qui n'est que l'effet du froncement des tégumensde la face à la suite des varioles confluentes.
Outre la difformité inséparable de cette maladie , il existe une autre incommodité , c'est l'écoulement continuel des larmes sur la joue , et ce qui est plus grave encore , la sécheresse du globe de l'œil. Les malades sont en proie à des douleurs fréquentes et intolérables , et ne peuvent supporter ni le contact de l'air, ni celui de la lumière.
Enfin l'opacité de la cornée et son ulcération en sont les suites les plus ordinaires.
Je commence d'abord par préparer le malade par l'usage de mes médicamens plusieurs fois par jour , en entretenant continuellement les paupières humectées , à l'aide de fréquentes lotions.
L'œil étant ainsi disposé , je fais faire , par quelqu'un (ï), un renversement en entier de la
(ï) Les chirurgiens français qui se sont occupe's avec Je plus de succès clés mahdjes chirurgicales de i'o;i] ; sont, à Paris,
paupière malade avec la main gauche , tandis qu'il l'essuie de la main droite avec un linge fin , humecté souvent avec de l'eau tiède, avant de faire usage de mes remèdes, le léger éraillement diminuera en proportion égale ; et enfin l'ourlet reprendra sa position naturelle.
De f Orgelet.
L'orgelet est un petit furoncle qui pointe sur le bord des paupières, et le plus fréquemment vers le grand angle de l'œil. C'est une maladie si fréquente et si douloureuse , qu'on sera bien aise de voir , dans cet ouvrage , de quelle manière je parviens , sans beaucoup de douleur , à la guérir promptement.
Il y a toujours inflammation flegmoneuse dans cette tumeur furonculaire , qui gagne rapidement dans le tissu cellulaire , et frapperait de mort les parties ambiantes , si on n'y portait un prompt secours ; c'est pourquoi je fais humecter constamment l'œil malade avec mes remèdes , ce qui arrête les progrès de la désorganisation.
Dans la deuxième période , le petit ulcère s'ouvre dans un ou plusieurs points qui donnent issue à une goutte de sérosité ; il en sort enfin un petit bourbillon qui est le morceau de tissu cellulaire , qui formait le corps et la base de la petite tumeur.
Je fais souvent bassiner l'œil avec de l'eau tiède , avant l'application de mes remèdes , ce qui termine la cure.
M\I. Dechamp , Demours, de yVenzel, Boyer , Guérii» L'ÉveHlv , etc. etc.
Beaucoup d affections des yeux , par suite de la variole , nécessitent l'usage de médicamens intérieurs ; les évacuans sont ceux sur lesquels il faut le plus insister , et , dans ce cas , la fleur de soufre , donnée à la dose d'une demicuiller à café dans du lait , purge très-bien les enfans au-dessous de dix ans ; après cet âge on en donne jusqu'à demi-once , et enfin si l'enfant est trop jeune pour être purgé , ou qu'il y ait du danger à le faire , l'expérience démontre qu'en donnant le purgatif à la mère, son lait acquiert une qualité relâchante , qui suffit pour faire évacuer l'enfant.