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X. Liberté de chasse sur les terres non appropriées

Il en c&t de même des terrains qui ne sont pas appropriés, les landes incultes, les forêts sauvages. Dans les pays vastes, qui ne sont pas peuplés à proportion de leiu- étendue, ces terrains vagues forment des espaces considérables où le di'oit de chasse peut s'exercer

sans limite. L'homme n'est encore |là que le rival des animaux carnassiers, et la chasse étend le fonds des subsistances sans nuire à personne.

Mais dans les sociétés civilisées, où l'agriculture a fait de grands progrès, où les terres non appropriées ne sont qu'une très-petite proportion de celles qui ont reçu le sceau de la propriété, il y a bien des raisons qui plaident contre ce droit de chasse accordé au premier occupant.

Premier inconvénient. Dans ces pays où la popiilation est nombreuse, la destruction des animaux sauvages peut aller plus vite que lem' reproduction. Eendez la chasse libre, les espèces qui en sont l'objet pourraient diminuer d'une manière sensible et même s'anéantir. Le chasseiu", qui am-ait autant de peine alors à se procurer une seule perdrix qu'aujoiu'd'hui à s'en procurer cent, les renchérirait du centuple. Il ne serait pas en perte lui-même, mais il ne foiuTiirait en valeur à la société que la centième partie de ce qu'il lui fournit actuellement. En d'autres termes plus simples, le plaisir de manger des perdiix serait réduit à la centième partie de ce qu'il est.

Second inconvénient. La chasse, sans être plus productive que d'autres travaux, a malhem-eusement plus d'attraits. Le jeu s'y combine avec la peine, l'oisiveté avec l'exercice, et la gloire avec le danger. Le charme d'ime profession si bien assortie à tous les goûts natiu'els de l'homme amènera dans cette canièrc un grand nombre de concui-rents ; ils réduii'ont le prix du travail, par la rivalité, à la plus simple subsistance, et en général cette classe d'aventuriers sera pauvi'e.

Troisième im-onvénient. La chasse ayant des saisons particulière.*, il y am-a des intervalles où l'activité du chasseiu- sera enchaînée. 11 ne reviendi'a pas aisément d'ime vie errante à une vie sédentaire, de l'indépendance à l'assujétissement, et d'ime habitude d'oisiveté à ime habitude de travail. Accoutumé, comme le joueur, à \ivi-e de chances et d'espérances, un petit salaii'e fixe a peu d'attraits pour lui. C'est donc un état qui doit porter rhommc au crime par* la misère et la fainéantise.

Quatrième inconvénient. L'exercice même de cette profession est naturellement fécond en délits. Tout ce qu'elle enfante de querelles, de procès, de poui'suites, de convictions, d'emprisonnements et d'autres peines, et plus que suffisant pour en contre-balancer les plaisirs. Le chasseur, fatigué d'attendi-e vainement sa proie sm' les grands chemins, épie en secret le gibier des possessions voisines. Se croit-il observé ? il "se détounie, il se cache, il est fait à la patience et à la ruse. No voit -il pVa.s de témoins? il ne respecte plus

de limites, il franchit les fossés, il saute les haies, il dévaste les enclos, et sa cupidité, trahissant sa prudence, le jette dans des positions périlleuses dont souvent il ne peut sortir sans malheiu' ou sans eriinc. — Si la chasse est permise sui" les grands chemins, n faudra donc une année de gardes pour prévenir les écarts des chasseurs.

Cinquième i-nconvénient. Laisse-t-on subsister ce droit de chasse, si peu avantageux quand il s'exerce dans des limites si étroites ? Il faut dans le code ci^■il et pénal un assortiment de lois pour en déterminer l'exercice et pour en punir les violations. Cette multiplication des lois est déjà un mal, parce qu'on ne les multiplie point sans les affaiblù-. De plus, la sévérité nécessaire pour prévenir des délits si faciles et si attrayants donne im caractère odieux à la propriété, et place l'homme opulent dans un état de gueiTe avec ses inchgents voisins. Le moyen de couper court, ce n'est pas de régler le droit, mais de le supprimer.

La loi prohibitive une fois connue, il ne se formera plus d'attente pour la jouissance de ce privilège. On ne convoitera pas plus les perdrix que les poules ; et dans l'esprit de la multitude même, le braconnage ne se distingiiera plus du larcin.

n est vrai que jusqu'à présent les idées populaires sont en faveui* de ce di'oit de chasse ; mais s'il faut de la condescendance poiules idées populaii'es, ce n'est que dans les occasions où elles aiu-aient une grande force, et où l'on ne pourrait pas espérer d'en changer le cours. Qu'on se donne la peine d'éclairer le peuple, de discuter les motifs de la loi, de la faire envisager comme un moyen de paix et de sûi'eté, de montrer que l'exercice de ce ch-oit se réduit presque à rien, que la vie du chasseur est misérable, que cette ingi-ate profession l'expose sans cesse au crime, et sa famille à l'indigence et à la honte, j'ose affirmer que les idées populaii-es, pressées par la force continue et douce de la raison, prendront en peu de temps ime direction nouvelle.

Il est des animaux dont la valeur, après leui- mort, ne compenserait point les dommages. Tels sont les renards, les loups, les ours, toutes les bêtes carnassières ennemies des espèces assujéties à l'homme. Loin de les conserver, U ne s'agit que de les détiim-e. Un des moyens, c'est d'en donner la propriété au premier occupant, sans égard au di'oit du propriétaii-e foncier. Tout chasseur qui attaque des animaux nuisibles doit être considéré comme un employé de la police. Mais il ne faut admettre l'exception que par rapport aux animaux capables de faire beaucoup de dégâts*.

* Voyez le troisième volume, ch. xv., des événetnenis coUatifs et ahlatifs par rajrport a la prapriété. C est là qu'on trouvera l'expUcation de ce mot Titre. Je n'ai pas voulu revenir ici sur des questions de méthode et de nomenclatiu-e.

140 AUTRE MOYEN d'aCQUÉKIR.

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