‹ Traités de législation civile et pénale;Chapitre 125 sur 299 · INTERCOMMUXAUTÉ DE BIENS. — SES INCONVENIENTS · texte numérisé non relu

INTERCOMMUXAUTÉ DE BIENS. — SES INCONVENIENTS

une inégalité très-réelle. Le plus fort abuse impunément de sa force, et le plus riche s'enrichit aux dépens du plus pauvre. La communauté des biens me rappelle toujours cette espèce de monstre qu'on a vu exister quelquefois ; ce sont des jumeaux attachés par le dos l'un à l'autre ; le plus fort entraîne nécessairement le plus faible.

n ne s'agit pas de la communauté des biens entre époux. Appelés à vivre ensemble, à cultiver ensemble leurs intérêts, celui de leurs enfants, ils doivent jouii- en commun d'ime fortune souvent acquise et toujours conservée par des soins communs. D'ailleurs, si les volontés se croisent, le conflit ne sera pas étemel : la loi confie à l'homme le droit de décider.

Il ne s'agit pas non plus de la communauté entre associés de commerce. Cette commimauté a pour objet l'acquisition, et ne s'étend pas jusqu'à la jouissance. Or, quand il s'agit d'acquérir, les associés n'ont qu'un seul et même objet, un seul et même intérêt. Quand il s'agit de jouir et de consommer, chacun redevient indépendant de l'autre. — D'ailleurs, les associés dans le commerce sont en petit nombre : ils se choisissent librement et ils peuvent se séparer. C'est précisément le contraire dans les propriétés communales.

En AngleteiTe, une des améliorations les plus grandes et les mieux constatées, c'est la division des communes. Quand on passe auprès des terres qui viennent de subir cet heureixx changement, on est enchanté comme à l'aspect d'une colonie nouvelle. Des moissons, des troupeaux, des habitations riantes ont succédé à la tristesse et à la stérilité du désert. Heureuses conquêtes d'une paisible industrie ! noble agrandissement qui n'iaspire point d'alarmes et ne provoque point d'ennemis ! Mais qui croirait que dans cette île, où l'agriculture est en si grande estime, on abandonne des millions d'arpents de terre productive à ce triste état de commimauté ? Il n'y a pas longtemps que le gouvernement, jaloux de connaître enfin le domaine territorial, a recueilli dans chaque province tous les renseignements qui ont mis au jour une vérité si intéressante et si propre à devenir fructueuse*.

Les inconvénients de la communauté ne se trouvent pas dans le cas des servitudes (c'est-à-dire, dans ces droits de propriété partielle exercés sur des immeubles, comme un droit de passage, im droit sur

* Il peut y avoir des circonstances qui sortent des règles ordinaires : les citoyens des petits cantons de la Suisse, par exemple, possèdent par indivis la plus grande partie de lem-s terres, c'est-à-dire, les Hautes- Alpes. Il se peut que cet arrangement soit le seul convenable poiu" des pâturages qui ne sont praticables qu'une partie de l'année. Il se peut aussi que cette manière de posséder leurs terres forme la base d'ime constitution purement démocratique, assortie à l'état d'une ptuplade enfermée dans l'enceinte de ses montagnes.

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