‹ Traités de législation civile et pénale;Chapitre 129 sur 299 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

MAÎTRE ET SERVITETJB.

Quand on n'entre point dans la question de l'esclavage, il n'y a pas beaucoup à dire sur l'état de maître et ses états corrélatifs constitués par les diverses espèces de serviteurs. Tous ces états sont l'ouvrage des conventions. C'est aux parties intéressées à s'arranger comme il leur convient.

L'état de raaître auquel correspond l'état d'apprenti est un état mixte. Le maître d'un apprenti est tout à la fois maître et tuteur : tuteur pour l'art qu'il enseigne, maître pour le parti qu'il en tire.

L'ouvrage que fait l'apprenti, après l'époque où le produit de son travail vaut plus que ce qu'il a coûté pour développer son talent, est le salaire ou la récompense du maître pour les peines et les dépenses antérieures.

166 DE l'esclavage.

Ce salaire serait natui'ellement plus ou moins fort, selon la difficulté de l'art. Quelques-uns demanderaient sept jours pour être appris ; d'autres peut-être peuvent demander sept années. La concurrence entre chalands réglerait très-bien le prix de ces services mutuels, comme de tous les autres objets commerçables : et ici comme ailleua's, l'industi-ie trouverait sa juste récompense.

La plupart des gouvernements n'ont point adopté ce système de Kberté. Ils ont voulu mettre dans les professions ce qu'Os appellent de l'ordre, c'est-à-dire, substituer un arrangement artificiel à un arrangement naturel, pour avoii* le plaisir de régler ce qui se serait réglé de soi-même. Comme ils se mêlaient d'une chose qu'ils n'entendaient point, ils se sont le plus souvent conduits par une idée d'unifonnité dans des objets d'une natui'e très-différente. Par exemple, les ministres d'Elisabeth fixèrent le même terme d'apprentissage, le terme de sept ans, pour les arts les plus simples comme pour les plu5 difficiles.

Cette manie réglementaû-e se couvi-e d'un prétexte banal. On veut perfectionner les arts, on veut empêcher qu'il n'y ait de mauvais ouvriers, on veut assurer le crédit et l'honneur des manufactures nationales. Il se présente pour remplir ce but un moyen simple et naturel, c'est de permettre à chacun d'user de son propre jugement, de rejeter le mauvais, de choisir le bon, de mesurer ses préférences sur le mérite, et d'exciter ainsi l'émulation de tous les artistes par la liberté du concours. Mais non : il faut supposer que le public n'est point en état de juger de l'ouvrage ; il doit le regarder comme bon dès que l'ouvrier a passé au travail un nombre déterminé d'années. Il ne faut donc plus demander d'un artisan s'il tra^aUle bien mais combien de temps a duré son apprentissage. Car s'il faut revenir à juger de l'ouvrage par son mérite, autant vaut laisser à chacun la liberté de travailler à ses périls et risques. Tel est maitre sans avoir été apprenti : tel autre ne sera qu'apprenti toute sa vie.

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