‹ Traités de législation civile et pénale;Chapitre 130 sur 299 · DE L^ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

DE L^ESCLAVAGE

tempéraments, selon la fixation plus ou moins exacte des serWces qu'il est permis d'exiger, et selon les moyens coercitifs dont il est pennis de faire usage. Il y avait bien de la différence dans l'état d'im esclave à Athènes et à Lacédémone : il y en a bien plus encore dans celui d'un serf russe, et d'un nègre vendu dans les colonies. Mais quelles que soient les limites sui- le mode de l'autorité, si l'obligation de servir n'en a point en fait de durée, je l' appelle toujours esclavage. Pour tii'er la ligne de séparation entre la ser\'itude et la liberté, il faut bien s'aiTêter à un point, et celui-là me parait le plus saiUant comme le plus facile à constater.

Ce caractère tiré de la perpétuité est d'autant plus essentiel, que là où il se trouve il affaiblit, il énei've, il rend tout au moins précaires les précautions les plus sages prises pour mitiger l'exercice de l'autorité. Le pouvoir illimité dans ce sens peut difficilement être Kmité dans quelque autre. Si l'on considère d'un côté la facilité que possède im maître d'aggraver le joug peu à peu, d'exiger avec rigueur les services qui lui sont dûs, d"étendi-e ses prétentions sous divers prétextes, d'épier les occasions pour tourmenter un sujet insolent qui ose refuser ce qu'U ne doit pas ; — si l'on considère, d'un autre côté, combien il serait difficile aux esclaves de réclamer ou d'obtenir la protection légale, combien leiu' situation domestique devient plus fâcheuse après un éclat pubhc contre lem- maître, combien plus ils sont portés à le captiver par une soumission illimitée qu'à l'irriter par des refus, on comprendra bientôt que le projet de mitiger la servitude par le di'oit, est plus facile à fonner qu'à exécuter ; que la fixation des services est un moyen bien faible pouiadoucir le sort de l'esclavage ; que, sous l'empire des plus belles lois à cet égard, on ne punira jamais que les infractions les plus criantes, taudis que le cours ordinaii'e des rigueiu's domestiques bravera tous les tribunaux. Je ne dis pas pour cela qu'il faille abandonner les esclaves au pouvoir absolu d'im maître, et ne point leui- donner la protection des lois, parce que cette protection est insuffisante. Mais il était nécessaire de montrer le mal inhérent à la nature de la chose, savoir, l'impossibilité de soumettre à im frein légal l'autorité d'un maître sur ses esclaves, et de prévenir les abus de ce pouvoir, s'il est disposé à en abuser.

Que l'esclavage soit agréable aux maîtres, c'est un fait qui n'est pas douteux, puisqu'il suffirait de leur volonté pour le faire cesser à l'instant : qu'il soit désagréable aux esclaves, c'est im fait qui n'est pas moins certain, puisqu'on ne les retient partout dans cet état que par la contrainte. Personne qui se trouvant esclave ne voulût devenir" Ubre.

11 est absurde de raisonner sur le bonheui- des hommes autrement

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que par leurs propres désirs et par leui's propres sensations : il est absm'de de vouloir démontrer par des calculs qu'un homme doit se trouver heureux lorsqu'il se trouve malheureux, et qu'une condition où personne ne veut entrer, et dont tout le monde veut sortir, est une condition bonne en elle-même, et propre à la nature humaine. Je peux bien croire que la différence entre la Hberté et la servitude n'est pas aussi grande qu'elle le paraît à des esprits ardents et prévenus. L'habitude du mal, à plus forte raison l'inexpérience du 'mieuA\ diminuent beaucoup rinteiTalle qui sépare ces deux états si opposés au premier coup d'œil. Mais tous ces raisonnements de probabilité sur le bonheur des esclaves sont superflus, puisque nous avons toutes les preuves de fait que cet état n'est jamais embrassé par choix, et qu'au contraire il est toujoui's un objet d'aversion.

On a comparé l'esclavage à la condition d'écoHer prolongée dui'ant la vie. Or, combien de gens ne disent pas cjue le temps passé à l'école a été la période de leur plus grand bonheui- !

Le parallèle n'est juste que sous un rapport. La cii'constance commune aux deux états, c'est la sujétion : mais ce n'est rien moins que cette cil-constance qui fait le bonheur de l'écolier. Ce qui le rend heureux, c'est la fraîcheur de l'esprit qui donne à toutes les impressions le charme de la nouveauté : ce sont des plaisirs vifs et bruyants avec des compagnons de même âge, comparés à la solitude et à la gravité de la maison paternelle. Et après tout, combien trouve-t-on d'écoliers qui ne soupirent pas après le moment de cesser de l'être? Qui d'entre eux voudi'ait se résoudre à l'être toujom\s ?

Quoi qu'il en soit, si l'esclavage était établi dans une telle proportion qu'il n'y eût qu'un seul esclave pour chaque maître, j'hésiterais peut-être, avant de prononcer, sur la balance entre l'avantage de l'un et le désavantage de l'autre. Il serait possible qu'à tout prendie. la somme du bien dans cet arrangement fût presque égale à celle du mal.

Ce n'est pas ainsi que les choses vont. Dès que l'esclavage est établi, il devient le lot du plus gTand nombre. Un maître compte ses esclaves comme ses troupeaux, par centaines, par milliers, par dizaines de milliers. L'avantage est du côté d'un seul, les désavantages sont du côté de la multitude. Quand le mal de la ser^-itude ne serait pas grand, son étendue seule suffirait pour le rendre trèsconsidérable. Généralement parlant, et toute autre considération à part, il n'y aurait donc pas à hésiter entre la ])erte qui résidterait pour les maîtres de l'affranchissement, et le gain qui en résulterait pour les esclaves.

Un autre argument très-fort contre l'esclavage est tiré de son

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