‹ Traités de législation civile et pénale;Chapitre 134 sur 299 · PÈRE ET ENFANT · texte numérisé non relu

PÈRE ET ENFANT

Nous avons déjà dit qu'à certains égards un père était pour son enfant un maître, et à d'autres un tutenr.

En qualité de maître, il aura le di'oit d'imposer à ses enfants des services, et d'employer leur travail à son propre avantage, jusqu'à l'âge où la loi établit leur indépendance. Ce droit qu'on donne au père est xxo. dédommagement des peines et des dépenses de l'éducation. Il est bon que le père ait un intérêt et un plaisir- dans l'éducation de l'enfant. Cet avantage qu'il trouve à l'élever n'est pas moins un bien pour l'un que pour l'autre.

En qualité de tuteui', il a toiis les droits et toutes les obligations dont il a été parlé sous ce titre.

Sous le premier rapport, on considère l'avantage du père ; sous le second, on considère celui de l'enfant. Ces deux qualités se concilient facilement entre les mains d'un père, à cause de l'afifection naturelle qui le porte bien plus à faire des sacrifices pour eux, qu'à se prévaloir de ses di'oits pour sa propre utilité.

n semble, au premier coup d'œil, que le législatem* ne dût pas avoir besoin d'intervenir entre les pères et les enfants, et qu'il pourrait se fier à la tendresse des uns et à la reconnaissance des autres. Mais cette vue supei-ficielle serait trompeuse. Il est absolument nécessaire, d'un côté, de limiter le pouvoir paternel, et de l'autre, de maintenir par des lois le respect filial.

Règle générale: Il ne faut pas donner un pouvoii' par l'exercice duquel l'enfant pourrait perdre plus que le père ne pourrait gagner.

Lorsqu'en Prusse on a donné au père, à l'imitation des Romains,

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le droit d'empêcher le fils de se marier, sans limite d'âge, on n'a pas suivi cette règle.

Les écrivains politiques sont tombés sur l'autorité paternelle dans des excès opposés. • Les ims ont voulu la rendre despotique, comme chez les Romains ; les autres ont voulu l'anéantir. Quelques philosophes ont pensé que les enfants ne devraient pas être livrés au caprice et à l'ignorance des parents ; que l'État devrait les élever en commim. On nous cite, à l'appui de ce système, Sparte, la Crète et les anciens Perses. On oublie que cette éducation commune n'a jamais eu Heu que poiu' ime petite classe de citoyens, parce que la masse du peuple était composée d'esclaves.

Dans cet arrangement artificiel, outre la difficulté de répartir les frais et de faire supporter le fardeau aux parents, qui ne retireraient plus les services, et n'aui-aient plus le motif de la tendresse pour des enfants qui leur seraient devenus presque étrangers, il y aui'ait un inconvénient majeur à ce que les élèves ne fussent pas formés de bonne hem-e pour la diversité des conditions qu'ils sont appelés à remplir. Le choix même d'un état dépend de tant de circonstances, qu'il n'appartient qu'aux parents de le déterminer ; tout autre qu'eux ne pourrait juger ni de leurs convenances, ni de leiu's attentes, ni des talents et des inclinations des jeunes élèves. D'ailleurs, ce plan, où l'on compte pour rien Les affections réciproques des pères et des enfants, aurait le plus funeste de tous les effets, en détraisant l'esprit de famille, en affaiblissant l'union conjugale, en privant les pères et les mères des plaisirs qu'ils retirent de cette nouvelle génération qui s'élève autour d'eux. S'occuperaient-ils avec le même zèle du bienêtre futur de ces enfants, qui ne seraient plus leur propriété ? Auraient-ils pour eux les sentiments qu'ils n'espéreraient plus en recevoir? L'industrie, n'étant plus animée par l'aiguillon de l'amour paternel, aurait-elle encore la même ardeur? Les jouissances domestiques ne prendraient- elles pas un cours moins avantageux à la prospérité générale ?

Pour dernière raison, j'ajouterai que l'arrangement natui'el laissant le choix, le mode et le fardeau de l'éducation aux parents, peut se comparer à une suite d'expériences, qui ont pour objet d'en perfectionner le système général. Tout s'avance et se développe par cette émulation des individus, par cette différence d'idées et d'esprit ; en im mot, par la vaiiété des impidsions particulières. Mais que tout soit jeté dans un moule unique, que l'enseignement i^renne partout le caractère de l'autorité légale, les errem-s se perpétuent, et il n'y a plus de progrès.

En voilà trop, peut-être, sur une chimère ; mais cette norion platonique a séduit de nos jours quelques autexirs célèbres, et ime

errem' qui entraînait Rousseau et Helvétius pouri'ait bien trouver d'autres défenscui's.

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