‹ Traités de législation civile et pénale;Chapitre 15 sur 299 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

PKINCIPE ARBITRAIRE OU PRINCIPE DE SYMPATHIE ET d'a\TIPATHIE.

Ce principe consiste à approuver ou à blâmer par sentiment, sans admettre aucune autre raison de ce jugement que le jugement même. J\dme, je hais, voilà le pivot sur lequel porte ce principe. Une action est jugée bonne ou mauvaise, non parce qu'elle est conforme ou contraire à l'intérêt de ceux dont il s'agit, mais parce qu'elle plaît ou déplaît à celui qui juge. Il prononce souverainement : il n'admet aucun appel : il ne se croit pas obligé de justifier son sentiment par quelque considération relative au bien de la société. " C'est ma persuasion intérieure ; c'est ma con\iction intime ; je sens : le sentiment ne consulte personne : malheur à qui ne pense pas ainsi ; ce n'est pas un homme, c'est un monstre à figure humaine." Tel est le ton despotique de ses sentences.

Mais, dira-t-on, y a-t-il des hommes assez déraisormables pour dicter leui's sentiments particuliers comme des lois, et s'arroger le privilège de l'infaillibilité ? Ce que vous appelez principe de sympathie et cV antipathie n'est point im principe de raisonnement ; c'est plutôt la négation, l'anéantissement de tout principe. 11 en résulte une véritable anarchie d'idées, puisque chaque homme ayant le même di'oit qu'im autre de donner son sentiment pour règle des sentiments de tous, il n'y axu-ait plus de mesure commune, plus de tribunal universel auquel on pût en appeler.

Sans doute, l'absurdité de ce priacipe est manifeste. Aussi un homme ne s'a\ise pas de dii'e ouvertement : Je veux que vous pensiez comme moi, sans me donner la peine de raisonner avec vous. Chacun se révolterait contre ime prétention si folle ; mais on a recours à diverses inventions pour la déguiser: on voUe ce despotisme sous quelque phrase ingénieuse. La plupart des systèmes de philosophie morale en sont la prouve.

Un homme a'ous dit qu'il a en lui quelque chose (pii lui a été donné pour lui enseigner ce qui est bien et ce qui est mal ; et cela s'appeUe ou conscience, ou sens moral : ensuite, travaillant à son aise, il décide que telle chose est bien, telle autre est mal ; — pourquoi ? parce que le sens moral me le dit ainsi, parce que ma conscience l'approuve ou la désapprouve.

Un autre ^ icnt et change la phrase : ce n'est plus le sens moral, c'est le sem commun qui lui apprend oc qui est bien et ce qui est mal : ce sens commun est un sens, dit-il. qui appartient à tout le genre humain : bien entendu qu'il ne fait entrer en ligne de compte aucim de ceux qui ne sentent pas comme lui.

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