POSITION DU DÉLINQUANT
eore moins, car ses regrets siu' le passé vous répondent d'une précaution plus qu'ordinaire sur l'avenir.
D'ailleiu's, un délit exempt de mauvaise foi offre une espérance d'indemnité. Si l'individu s'était cru exposé à encourir une peine, il aui-ait pris des précautions pour se dérober à la loi ; mais, dans son innocence, il reste à découvert, et ne songe point à se refuser aux réparations légales.
Voilà pour le principe général. Dans l'appUcation, c'est un sujet d'ime difficulté considérable. Pom- bien connaître tout ce qui constitue les caractères de la mauvaise foi, il faut examiner tous les différents états où l'âme peut être au moment de l'action, soit par rapport à l'intention, soit par rapport à la connaissance. Que do modifications possibles dans l'entendement et la volonté !
Un archer lance une flèche sur laquelle il avait écrit : à l'œil gauche de Philippe. La flèche atteint l'œU gauche. Voilà une intention exactement correspondante au fait.
Un mari jaloux surprend son rival, et, pour perpétuer sa vengeance, il le mutile ; et l'opération devient mortelle. Dans ce cas, l'intention, par rapport au meurtre, n'était pas plénière.
Un chasseiu' voit un cerf et un homme tout auprès. Il juge bien qu'il ne peut pas tirer au cerf sans mettre l'homme en danger. Cependant il tire, et c'est l'homme qui est tué. Dans ce cas, le meui'tre est volontaire, mais l'intention de tuer n'était qu'indii-ecte. Quant à l'entendement, il peut être dans trois états, par rapport aux diverses circonstances d'im îa\t.~— Connaissance. — Ignorance. — Fausse opinion. — Vous avez su que ce breuvage était un poison ; vous avez pu l'ignorer ; vous avez pu croii'e qu'il ne ferait qu'un mal léger, ou que, dans certains cas, c'était un remède.
Tels sont les préliminaires pour parvenu' à caractériser la mauvaise foi. Nous ne tenterons pas ici d'entrer plus avant dans ce sujet épineux.
CHAPITEE VII.
POSITION nu DÉLINQUANT: COMMENT ELLE INFLUE SUR l'aLARME.
Il y a des délits que tout le monde peut commettre : il y en a d'autres qui dépendent d'une position particulière, e'est-à-dii-e c'est cette position particulière qui fournit au délinquant l'occasion du délit.
Quel est l'effet de cette circonstance sur l'alannc? EUe tend commimément à la diminuer, en rétrécissant sa sphère.
COMMENT ELLE INFLUE SUR l' ALARME. 207
Un larcin produit une alannc générale : un acte de péculat, commis par un tuteur contre son pupille, n'en produit pres(iue poiat.
Quelque alarme qu'ùispu-e une extorsion faite par un officier de police, une contribution levée sui' im grand chemin par des brigands en inspire infiniment plus. Pourquoi ? C'est qu'on sent bien que le concussionnaire en place le plus déterminé a quelque fi-ein et quelque retenue. Il lui faut des occasions, des prétextes pour abuser de son pouvoir ; tandis que les voleiu's de grand chemin menacent tout le monde, à toute heure, et ne sont point arrêtés par l'opinion publique.
Cette circonstance influe de la même manière sur d'autres classes de délits, tels que la séduction, l'adultère. On ne peut pas séduire la première femme que l'on rencontre, comme on peut la voler. Une telle entreprise exige une connaissance suivie, un certaiu assortiment de rang et de fortime ; en un mot, l'avantage d'une position particulière.
De deux homicides, l'un commis pour recueilh'r une succession, l'autre à propos de brigandage, le premier manifeste xm caractère plus atroce, et le second excite cependant plus d'alarme. L'homme qui se croit sûr de ses héritiers n'éprouve point d'alarme sensible par le premier événement ; mais quelle sûreté peut-il y avoir contre des brigands ? Ajoutez qu.e le scélérat qui tue pour hériter ne se transformera pas en assassin de grand chemin : il risquera bien pour une succession ce qu'il ne voudrait pas hasarder pour quelques écus.
Yoilà une observation qui s'étend à tous les délits impliquant violation de dépôt, abus de confiance et de pouvoir public ou pri^'é. Ils causent d'autant moins d'alarme, que la position du délinquant est plus particulière, qu'il y a un plus petit nombre d'indi\idus dans une position semblable, et qu'ainsi la sphère de ce déht est plus rétrécie.
Ex'cei^tion importante. Le délinquant est-il revêtu de grands pouvoirs? Peut-il envelopper dans la sphère de son action un grand nombre de personnes ? Sa position, quoique particularisée, agrandit l'enceinte de l'alarme au lieu de la rétrécir. Qu'un juge se proiwse de pUler, de tuer, de tyranniser. — Qu'un officier militaire ait poui" objet de voler, de vexer, de verser du sang, l'alarme qu'Us exciteront, proportionnée à l'étendue de leurs pouvoirs, pourra surpasser celle des plus atroces brigandages.
Dans ces situations élevées, il n'est pas besoin d'un crime, imo simple faute exempte de mauvaise foi peut causer une vive alarme. Un innocent est-il envoyé à la mort jîar un juge intègre, mais ignorant, dès que la faute est connue, la confiance pul)lique est blessée.