‹ Traités de législation civile et pénale;Chapitre 156 sur 299 · INFLUENCE DES MOTIFS, ETC · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES MOTIFS, ETC

vérité, car dans les cas où il y a un conflit de motifs qui agissent en direction opposée, on trouvera que les motifs sociaux et demi-sociaux combattent le plus souvent dans le sens de l'utilité, tandis que les motifs anti-sociaux et personnels sont ceux qui nous poussent dans le sens contraire.

Sans entrer ici dans une discussion plus profonde sur les motifs, arrêtons-nous à ce qui importe au législateur. Pour juger une action, il faut regarder d'abord à ses effets, abstraction faite de toute autre chose. Les effets étant bien constatés, on peut, en certains cas, remonter au motif, en observant son influence sur la grandeur de l'alarme, sans s'arrêter à la qualité bonne ou mauvaise que son nom vulgaire* semble lui attribuer. Ainsi le motiî le plus approuvé ne saurait transformer une action pernicieuse en action utile ou indifférente ; et le motif le plus condamné ne saïu'ait transformer une action utile en action mauvaise. Tout ce qu'D. peut faire, c'est de rehausser ou de rabaisser plus ou moins sa qualité morale : une bonne action par im motif txitélaire devient meilleui'e ; une mauvaise action par un motif séchtcteur devient pire. Appliquons cette théorie à la pratique. Un motif de la classe des motifs séducteurs ne pourra pas constituer un crime, mais il pourra former im moyen à'agrjravation. Un motif de la classe des motifs tutélaires n'aura pas l'effet de disculper, de justifier, mais il pom'ra servir à diminuer le besoin de la peine, ou, en d'autres termes, former im moyen à^ exténuation. Observons qu'on ne doit s'arrêter à la considération du motif, que dans le cas où il est manifeste et pour ainsi dii-e palpable. Il serait souvent bien difficile d'aniver à la connaissance du vrai motif ou du motif dominant, lorsque l'action a pu être également produite par différents motifs, ou que plusiciu's ont pu coopérer à sa formation. Il faut se défier, dans cette interprétation douteuse, de la malignité du cœur humain, et de la disposition générale à faire briller la sagacité de l'esprit aux dépens de la bonté. iSTous nous trompons même de

* Ce que j'appelle nom vulgaire des motifs ce sont les noms qui emportent avec eux ime idée d'approbation ou de désapprobation: im nom neutre est ecliii qui exprime le motif sans aucune association de blâme ou de louange; par exemple, intérêt pécuniaire, — amour du po2ivoir, — désir de T amitié ou de lafaivur, soit de J)ie?<, soit des hommes, — curiosité, — amoicr de la réputatioji, — douleur d'une injure, — désir de sa conservation. Mais ces motifs ont des noms T\ilgaii'cs, comme avarice, cupidité, ambition, vanité, vengeance, animosité. lâcheté, etc. Quand un motif porte un nom réprouvé, il paraît conh-adictoire d'avancer qu'il en peut résulter quelque bien : quand il porte lui nom favorisé, il pai'aît également contradictoii-e de supposer qu'il puisse en résidt^r quelque mal. Presque toutes les disputes morales roidcnt sur ce fonds. Pom* les couper par la l'acine. il faut donner aux motifs des noms neutres. Alor» on peut s'arrêter à l'examen de leurs effets, sans être importuné par l'association des idées viUgaires.

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