‹ Traités de législation civile et pénale;Chapitre 175 sur 299 · OBSERVATION SUR LA LOI MARTIALE · texte numérisé non relu

OBSERVATION SUR LA LOI MARTIALE

nation. Au milieu des clameurs les moyens ordinaires du langage ne suffisent plus. Il ne reste à la multitude que des yeux ; c'est donc aux yeux qu'il faut parler. Une harangue suppose de l'attention et du silence, mais des signes visibles ont une opération rapide et lîuissante. Ils disent tout à la fois : ils n'ont qu'un sens qui ne saurait être équivoque ; et un bruit affecté, une rumeur concertée ne peuvent pas empêcher leur effet.

D'ailleurs la parole perd de son influence par ime foule de circonstances imprévues. L'orateiu* est-U odieux, le langage de la justice devient odieux dans sa bouche. Son caractère, son maintien, son début offiL'ent-ils quelque ridicule, ce ridicule se répand sur ses fonctions et les aviHt. Raison de plus poiu' parler aux yeux par des symboles respectables qui ne sont point soumis aux mêmes caprices.

Mais comme il peut être nécessaii-e de joindi-e la parole aux signes, une trompe est un accompagnement essentiel. La singularité même de cet instrument contribuera à donner aux ordres de la justice plus d'éclat et de dignité, à éloigner toute idée de conversation familière, à en imposer d'autant plus qu'on ne croira pas entendi-e l'homme, le simple indi\idu, mais le ministre privilégié, le héraut de la loi.

Ce moyen de se faire entendre au loin est usité depuis longtemps dans la marine. Là, les distances, le bruit des vents et des vagues ont d'abord fait sentii' l'insuffisance de la voix. Les poètes ont souvent comparé un peuple en tumulte à xme mer orageuse. Cette analogie appartiendrait-elle exclusivement aux arts agréables? Elle serait d'une toute autre importance entre les mains de la justice.

Que les ordi-es soient en peu de mots. Rien qui sente le discours ordinaire ou la discussion. Point de de par le roi. Parlez au nom de la justice. Le chef de l'État peut être l'objet d'une aversion juste ou injuste : cette aversion même peut être la cause du tumulte. Réveiller son idée ce serait enflammer les passions au lieu de les éteindre. S'il n'est pas odieux, ce serait l'exposer à le devenii-. Tout ce qui est faveur, toiit ce qui porte le pur caractère de la bienveillance doit être présenté comme l'ouvi'age personnel du père des peuples. Tout ce qtii est rigueui-, tous les actes de bienfaisance sévère, il ne faut les attribuer à personne. Voilez avec art la main qui agit. Rejetez-les siu' quelque être de raison, ï^ur quelque abstraction animée : telle est la justice, fiUe de la nécessité et mère de la paix, que les hommes doivent craindre, mais qu'ils ne sauraient haïr, et qui aura toujours leurs premiers hommages.

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