PEINES INDÉLÉBILES
fait ; le juge est à peu près dans la même ignorance : 'û y aura toujours le plus grand arbitraire dans l'exécution. Eu Angleterre le fouet est d'usage pour des larcins que les jui'és, par une prévarication miséricordieuse, ont estimés au-dessous de la valeur d'im schelling. C'est un revenu pour le bourreau. Si le délinquant souffre, c'est pour n'avoir pas pu faire son accommodement avec lui.
Peines indéléhUes.
Les peines afflictives indélébiles, prises chacune sépai'ément, ne sont pas susceptibles de graduation. La plus légère ne saurait exister qu'à un degré très-haut. Les unes ne font que détériorer la figiire, comme les stigmates ; les autres font perdi-e l'usage de quelques membres ; d'autres consistent en mutUations, comme la perte du nez, des oreilles, des pieds ou des mains. Les mutilations des organes qui servent au travail ne doivent pas s'appUquer aux délits fréquents, tels que ceux qui proviennent de misère, le larcin, la contrebande, etc. Que faii'e des délinquants après les avoii' estropiés? Si l'État les entretient, la peine devient trop dispendieuse ; si on les abandonne, on les condamne au désespoir et à la mort. Les mutilations pénales ont deux inconvénients, Vun d'être irrémissible, l'autre de se confondre avec des accidents naturels. H n'y a point de différence apparente entre celui qui a eu un bras coupé pour un crime, et celui qui a perdu le sien au service de la patrie, n faudi-ait donc toujours ajouter une flétrissm'e manifestement artificielle pour être le certificat du délit et la sauve-garde du malheiu'. Je pense qu'on pourrait supprimer ces peines ; au moins faudrait-il les réserver pour des délits extrêmement rares, où l'analogie les l'ecommande.
Les flétrissures indélébiles sont xm moyen puissant dont on fait im mauvais emploi. Parmi les délinquants convaincus de larcin et de recèlement fiirtif, plusieurs n'ont fait que succomber à une tentation passagère, et peuvent revenir à la vertu, si la nature de la peine ne les corrompt pas. Point de flétrissures indélébiles, point do peines infamantes : ce serait leur ôter l'espoir de rétablir leur réinitation et de racheter un moment d'erreur. Qu'on imprime ime flétrissiu'e indélébile à de faux monnayeurs, par exemple, c'est un signalement qui avertit la défiance de ceux qui ont à traiter avec eux, sans leur ôter leurs ressources. Méprisés comme fripons, ils seront encore employés comme gens à talents. Mais un homme flétri pour un premier larcin, que peut-il devenir? qui voudi-a l'employer? À quoi lui servii-ait la probité ? On lui a fait un besoin du crime.
La flétrissure indélébile n'est bonne que pour notifier un délinquant dangereux, qui cesse de l'être dès qu'il est connu, ou poui'