PEINES IGNOMINIEUSES
garantir l'accomplissement d'une autre peine. Lorsque le délit est infamant, la flétrissm^e doit accompagner la prison perpétuelle pour empêcher la fuite du prisonnier. C'est comme une chaîne qui le lie, parce que la prison devient son asile, et qu'il serait plus mal dehors que dedans. Poui' rendre la marque manifeste, on doit la pratiquer par des poudi-es colorées et non par la brûlure.
Peines ignominie ises.
Uinfamie est un des ingrédients les plus salutaires dans la pharmacie pénale ; mais les idées siu* cet objet sont bien confuses et les moyens bien imparfaits. D'après les notions des jurisconsultes, il semblerait que l'infamie est une chose homogène, indi-sisible, une quantité absolue ou invariable. Si cela était vi'ai, l'emploi de cette peine serait presque toujoui's impolitique et injuste, car on l'applique également à des délits très-inégaux, et même à des délits qui ne devraient point l'entraîner. L'infamie, bien ménagée, est très-susceptible de graduation. EUe est au moral ce qu'est la malpropreté au physique. U est bien différent d'avoir une tache sur son habit ou d'être couvert de fange.
Perte d'honneur, autre phi'ase usitée et non moins trompeuse. Elle renferme deux suppositions fausses, l'une que l'honneur est un bien dont chacun possède u.ne certain provision ; l'autre qu'il est entièrement à la disposition de la loi, et qu'elle peut l'ôter à qui bon lui semble. L'expression de déshonneur, qui n'exclut pas, comme celle d'infamie, les degrés mitoyens, serait plus convenable. Le déshonneur est un fardeau dont on peut porter plus ou moins.
Uinfamie, selon son emploi usité, porte plutôt sur le criminel que sur le crime. C'est pour ainsi dire un contre-sens en législation. Si l'infamie portait sui' le crime même, son effet serait plus certain, plus durable et plus efficace. On pourrait la proportionner à la nature de la chose. Mais comment arriver à ce but ? Il faudrait trouver pour chaque espèce de délit une espèce particulière de déshonneur.
Tout cela ne peut s'exécuter qu'avec un appareil nouveau dans la justice, des inscriptions, des emblèmes, des habillements, des tableaux particuliers de chaque crime, en un mot, des signes qui parlent aux yeux, qui fi'appent l'imagination par les sens, qui forment des associations ineffaçables entre les délits et la honte. C'est ainsi qu'on peut concentrer sur le criminel et sur le crime l'indignation publique, cette indignation qui n'est que trop sujette à se tourner contre les lois et contre les juges. Qu'on ne dédaigne pas d'empi-unter du théâtre les moyens imposants de la représentation. Non, faire marcher les symboles du crime à côté du criminel, ce ne serait pas