‹ Traités de législation civile et pénale;Chapitre 23 sur 299 · REPONSE AUX OBJECTIONS · texte numérisé non relu

REPONSE AUX OBJECTIONS

Je réponds que le principe religieux n'est point un principe distinct ; c'est l'un ou l'autre de ceux dont nous avons parlé qui se présente sous une autre forme. Ce qu'on appelle la volonté de Dieu ne peut être que sa volonté présumée, vu que Dieu ne s'explique point à nous par des actes immédiats et des révélations particulières. Or, comment un homme présume-t-il la volonté de Dieu? D'après la sienne propre. Or, sa volonté particulière est toujours dirigée par l'un des trois principes susdits. Comment savez-vous que Dieu ne veut pas telle ou telle chose ? " C'est qu'elle serait préjudiciable au bonheur des hommes," répond le partisan de l'utilité. — " C'est qu'elle renfei-me un plaisir grossier et sensuel que Dieu réprouve," répond l'ascétique. — " C'est parce qu'elle blesse la conscience, qu'elle est contraire aux sentimens naturels, et qu'on doit la détester sans se permettre de l'examiner:" tel est le langage de l'antipathie.

Mais la révélation, dira-t-on, est l'expression directe de la volonté de Dieu. Il n'y a rien là d'arbitraire. C'est un guide qtii doit l'emporter sur tout raisonnement humain.

Je ne répondrai pas indirectement que la révélation n'est point imiverselle ; que parmi les peuples chi'étiens même, beaucoup d'individus ne l'admettent pas, et qu'il faut bien quelque principe commun de raisonnement entre tous les hommes.

Mais je dis que la révélation n'est point un système de politique ni de morale ; que tous ses préceptes ont besoin d'être expliqués, modifiés, limités les ims par les autres ; que, piis dans le sens littéral, ils bouleverseraient le monde, anéantiraient la défense de soi-même, l'industrie, le commerce, les attachements réciproques ; que l'histoire ecclésiastique est une preuve incontestable des maux afft-eux <jui ont résidté de maximes religieuses mal entendues.

Quelle différence entre les théologiens protestants et les catholiques, entre les modernes et les anciens ! La morale évangéUque de Paley n'est pas la morale évangélique de îsicole. Celle des jansénistes n'était pas celle des jésuites. Les interprètes de l'Ecriture se divisent eux-mêmes en trois classes. Les uns ont pour règle de critique le principe de l'utilité ; les autres suivent l'ascétisme ; les autres suivent les impressions confuses de sympathie et d'antipathie. Les premiers, bien loin d'exclui'e les plaisirs, nous les donnent en preuve de la bonté de Dieu. Les ascétiques en sont ennemis mortels : s'ils les permettent, ce n'est jamais pour eux-mêmes, mais en \iic d'un certain but nécessaire. Les derniers les approuvent ou les condamnent, selon leur fantaisie, sans être déterminés par la considération de leui's conséquences. La révélation n'est donc pas un principe à part. On ne peut donner ce nom qu'à ce qui n'a pas besoin d'être prouvé, et qui sert à prouver tout le reste.

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