REPONSE AUX OBJECTIONS
attachés à la probité et à l'estime. Ce n'est pas rengagement qui constitue l'obligation par lui-même ; car il y a des engagements nuls, il y en a d'illégitimes. Pourquoi ? parce qu'on les considère comme nuisibles. C'est donc l'utilité du contrat qui en fait la force.
On peut réduire aisément à un calcul de biens et de maux tous les actes de la vertu la plus exaltée. Ce n'est ni Tavilir ni l'affaiblir, que de la représenter comme un effet de la raison, et de l'expliquer d'une manière intelligible et simple.
Voyez dans quel cercle on se jette quand on ne veut pas reconnaître le principe de l'utilité. — Je dois tenir ma promesse. Pourquoi? parce que ma conscience me le prescrit. Comment savez-vous que votre conscience vous le prescrit? parce que j'en ai le sentiment intime. Pourquoi devez-vous obéir à votre conscience? parce que Dieu est Tautem- de ma nature, et qu'obéir à ma conscience, c'est obéir à Dieu. Pourquoi devez-vous obéii* à Dieu? parce que c'est mon premier devoir. Comment le savez-vous ? parce que ma conscience me le dit, etc. Voilà le cercle étemel d'où l'on ne sort jamais : voilà la source des opiniâtretés et des invincibles erreurs. Car si l'on juge de tout par le sentiment, il n'y a plus moyen de distinguer entre les injonctions d'une conscience éclairée et celles d'une conscience aveugle. Tous les persécuteurs ont le même titre. Tous les fanatiques ont le même droit.
Si vous voulez rejeter le principe de Vutilité, parce qu'on peut l'appliquer mal, qu'est-ce que vous lui substituerez ? Quelle règle avez-vous trouvée dont on ne puisse pas abuser ? où est cette boussole infaillible ?
Lui substituerez-vous quelque i)rincipe despotique qui ordonne aux hommes d'agii* de telle et telle manière, sans savoir pourquoi, par pure obéissance ?
Lui substituerez-vous quelque principe anarchique et capricieux, uniquement fondé sur vos sentiments intimes et particuliers ?
Dans ce cas, quels sont les motifs que vous présenterez aux hommes pour les déterminer à vous sui^TC ? seront -ils indépendants de leur intérêt? S'ils ne s'accordent pas avec vous, comment raisonnerezvous avec eux, comment par\-iendrez-vous à les concilier ? Où citerezvous toutes les sectes, toutes les opinions, toutes les contradictions qui couvrent le monde, sinon au tribunal de l'intérêt comnum ?
Les plus opiniâtres adversaii-es du piineipe de l'utilité sont ceux qui se fondent sur ce qu'ils appellent le principe religieiuv. Es professent de prendre la volonté de Dieu pour règle imique du bien et du mal. C'est la seule règle, disent-ils, qui ait tous les caractères requis, qui soit infaillible, universelle, souveraine, etc.