‹ Traités de législation civile et pénale;Chapitre 238 sur 299 · PRÉVENIR CONNAISSANCES NUISIBLES · texte numérisé non relu

PRÉVENIR CONNAISSANCES NUISIBLES

funestes que ceux d'ignorance ; 2° que la manière la plus avantageuse de combattre le mal qui peut résulter d'un certain degré de connaissances, c'est d'en augmenter la quantité.

Je dis d'abord que la diffusion des lumières n'est pas nuisible en totalité. Quelques écrivains ont pensé ou para penser que moins les hommes ont de connaissances, mieux ils valent, — que moins ils ont de lumières, moins ils connaissent d'objets qui servent de motif au mal ou de moyens de le commettre. Que les fanatiques aient eu cette opinion, je ne m'en étonne pas, %'u qu'il y a ime rivalité natui-eUe et constante entre la connaissance des choses réelles, utiles et intelligibles, et la connaissance des choses imaginaires, inutiles et inintelligibles. — Mais cette manière de penser sur le danger des connaissances est assez commime dans la masse du genre humain. On parle avec regret de l'âge d'or, de l'âge où l'on ne savait rien. — Pour mettre en évidence la méprise sur laquelle cette manière de , penser est fondée, il fallait une méthode plus précise d'estimer le mal d'un délit que celle dont on s'est servi jusqu'à présent.

Que les crimes de raffinement aient été plus odieux que les crimes d'ignorance, c'est-à-dii-e, de brutale violence, je ne m'en étonne pas. En jugeant de la grandeur des délits, on a plus suivi le piincipe de l'antijîathie que celui de l'utilité. L'antipathie regarde plus à la dépravation apparente du caractère indiquée par le délit, qu'à toute autre ch'constance. C'est aux yeux de la passion le point saillant de chaque acte, en comparaison duquel l'examen strict de l'utilité paraît toujours froid. Or, plus im délit annonce de connaissance et de raffinement, plus il annonce de réflexion dans son auteui-, jibis il indique la dépravation de ses dispositions morales : mais le mal du délit, seul objet du principe de l'utUité, n'est pas uniquement déterminé par la dépravation du caractère : il dépend immédiatement des soufïi'ances des personnes qui sont affectées par le délit, et de l'alarme qui résulte de ce déUt poiu* la société en général ; et dans la somme du mal, la dépravation que manifeste l'individu coupable est ime circonstance aggravante, mais non pas essentielle.

Les plus grands crimes sont ceux pour lesquels le plus petit degré de connaissance est suffisant ; l'individu le plus ignorant en sait toujoiu's assez pom' les commettre. L'inondation est plus grave que l'incendie, l'incendie plus que le meurtre, le meurtre plus que le vol, le vol plus que le filoutage. On peut démontrer cette proposition par un procédé aiithmétiquc, par un inventaire des items de mal des deux côtés, par ime comparaison de la grandeur du mal de chaque individu lésé, et par le nombre des personnes qui s'y trouvent enveloppées. Mais que faut-il posséder en fait de connaissances pour être en état de commettre ces délits ? Le plus atroce de tous

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