‹ Traités de législation civile et pénale;Chapitre 239 sur 299 · AUTRE MOYEN INDIRECT · texte numérisé non relu

AUTRE MOYEN INDIRECT

n'exige qu'un degré de lumière qui est familier au plus barbare, au plus sauvage des hommes.

Le viol est pire que la séduction ou l'adultère ; mais le viol est plus fréquent dans les temps grossiers, la séduction et l'adultère le sont plus dans les âges civilisés.

La dissémination des liunières n'a pas augmenté le nombre des délits, ni même la facilité de les commettre, elle a seiûement diversifié les moyens de les produii'e : et comment les a-t-elles diversifiés ? En substituant graduellement les moins nuisibles à ceux qui l'étaient davantage.

Un nouveau mode de filouter est-il inventé: l'inventeur profite pour un temps de sa découverte : mais bientôt son secret est dévoilé, et l'on est sur ses gardes. H faut donc recourir à un nouveau moyen qui n'a qu'un temps comme le premier et passe de même. Tout cela n'est encore que filoutago, moins mauvais que le vol, qui luimême est bien moins que le brigandage*. Pourquoi? la confiance de cliacim dans sa propre prudence, dans sa sagacité, l'empêche de prendre l'alarme dans le cas du filoutage, autant que dans le vol.

Accordons cependant que les méchants abusent de tout ; que plus ils savent, plus ils ont de moyens de faire le mal : que s'ensuit-il ?

Si les bons et les méchants composaient deux races distinctes comme celles des blancs et des noirs, on pourrait éclairer les uns et tenir les autres dans rignorancc. Mais dans l'impossibilité de les discerner, et m l'alternative si fréquente du bien au mal dans les mêmes indi\-idus, il faut une même loi poui- tous. Lumière générale ou aveuglement général ; il n'y a point de parti mitoyen.

Cependant le remède sort du mal même. Les connaissances ne donneraient de l'avantage aux méchants qu'autant qu'ils en aiiraient la possession exclusive. TJn piège reconnu cesse d'être un piège. Les peuples les plus ignorants ont su empoisonner la pointe de leurs flèches, mais il n'a appartenu qu'aux peuples policés de connaître tous les poisons, et de les combattre par des antidotes.

Il appartient à tous les hommes de commetre des crimes ; il n'appartient qu'aux hommes éclairés de trouver les lois qui peuvent les prévenir. Plus un homme est borné, plus il est porté

* Je suppose toujoiu's que le dommage du délit soit le même. Car sous un point de vue le filoutage poiu-rait être pii-e, vu qu'on peut s'emparei- d'une plus grande somme par ime fraude que par un vol de gi-and chemin.

Pour les preuves de la suptriorité des mœm-s modernes sur les temps anciens, voyez Hume (Essai sur la popidation). Pour les preuves de lem* supériorité sur les âges gothiques, voyez Voltaire, Ilistoire générale; Hume, Histoù'e d" .Angleterre ; Bobertso7i, Introduction à Charles V ; Barington, Observation sur les statuts apglais, et le chevalier de Chastellux, dans son Traité de la Félicité publique (ouvrage bien pensé, mais d'une exécution médiocre).

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