FAIRE EN SORTE QU'UN DESIR DONNÉ, ETC
le pays, et le mal qii'on voulait abolir, réduit à se cacher, n'en devint que plus dangereux.
Chez les Grecs, cette profession était tolérée, quelquefois même encouragée : mais on ne souf&'ait pas que les parents eux-mêmes fissent un trafic de l'honneui' de leurs filles. Chez les Romains la loi se taisait sur ce désordre, dans ce qu'on appelle les plus beaux temps de leur république. Le mot de Caton à un jeune homme qu'il rencontra au sortir d'un mauvais lieu en est la preuve. Caton n'était pas homme à encourager la violation des lois.
Dans la métropole du monde chrétien, cette vocation est librement exercée*. Ce fut là sans doute une des raisons de l'excessive rigueur des protestants.
À Venise, la profession de courtisane était publiquement autorisée sous la république.
Dans la capitale de la Hollande, les maisons de cette nature reçoivent ime licence du magistrat.
Rétif de la Bretonne pubha un ouvi'age ingénieux iatitulé h Pornographe, où il proposait au gouvernement de faire ime institution, soumise à des règles, pour la réception et la conduite des femmes publiques.
La tolérance de ce mal est utile à quelques égards dans les grandes villes. La prohibition n'est bonne à rien : elle a même des inconvénients particuliers.
L'hôpital établi à Londi'es pour les filles repentantes est une trèsbonne institution : mais ceux qui regardent la prostitution avec un rigorisme absolu ne sont pas conséquents avec eux-mêmes, quand ils approuvent cette fondation charitable. Si c'est réformer les unes, c'est encourager les autres. L'hôpital de Chelsea n'est-il pas un encouragement pour les soldats, celui de Greenwich pour les matelots ?
Tl faudrait instituer des annuités qui commenceraient à un certain âge : ces annuités seraient adaptées à ce triste état, où le temps de la moisson est nécessairement court, mais où il y a quelquefois des profits considérables.
L'esprit d'économie se forme siu* im faible principe et va toujom's en augmentant. Une somme trop petite pour offrir une ressource comme capital actuel peut donner une anniiité considérable à une époque éloignée.
Sur les points de morale, où il y a des questions contestées, il est bon de consulter les lois des différentes nations. C'est pour l'esprit une manière de voyager. Dans le coiu's de cet exercice, on se dégage
* Cela n'est plus vrai aujourd'hui. Il reste à savoir si cette sévérité tournera au profit des mœurs.