FAIRE EN SORTE QU^UN DESIR DONNE
code Frédéric, ils furent défendus. Cependant le roi se réserva de donner des dispenses particulières.
Lorsque je propose une idée aussi contraire aux sentiments reçus, je dois observer que je ne la propose pas comme un bien, mais comme l'adoucissement d'im mal qui existe. Là où les mœurs sont assez simples, où les fortimes sont assez égales pom- n'avoir pas besoin de cet expédient, il serait absurde de l'introduii-e. Ce n'est pas un régime, c'est un remède.
C'est avec la même apologie que je vais parler d'un désordre plus grave, d'im mal qui existe particulièrement dans les grandes ^illes, et qui naît aussi de l'inégalité des fortunes et du concoui-s de toutes les causes qui multiplient les célibataires. Ce mal est la prostitution.
n est des pays où les lois la tolèrent. H en est d'autres, comme l'Angleterre, où elle est sévèrement défendue. Mais quoique défendue, elle est aussi commime et aussi publiquement exercée qu'on peut l'imaginer, parce que le gouvernement n'ose pas sévir, et que le public n'approuverait pas ce déploiement d'autorité. — La prostitution, défendue comme elle l'est, n'est pas moins répandue que s'il n'y avait pas de loi, mais elle est beaucoup plus malfaisante.
L'infemie de la prostitution n'est pas uniquement l'ouvi'age des lois. Il y aurait toujours un degré de honte attaché à cet état, lors même que la sanction politique resterait neutre. La condition des courtisanes est une condition de dépendance et de ser\-itude, lem-s ressources sont précaires, on les voit toujoui's à côté de l'indigence et de la faim. Leui" nom même s'associe à celui des maux qui flétrissent le plus l'imagination. On les considère avec injustice comme les causes mêmes des désorckes dont elles sont les ^•ictimes. Il n'est pas besoin de dii-e quels sentiments elles peuvent attendi-e des femmes lionnêtes. Les plus vertueuses peuvent les plaindre; toutes s'accorderont à les mépriser. Personne ne cherche à les défendre ni à les soutenir'. Il est donc naturel qu'elles soient écrasées par le poids do l'opinion. Elles-mêmes n'ont jamais su former une société qui pût contre-balancer ce mépris pubUc. Quand elles le voudi-aient, elles ne le pom-raient pas. Si l'intérêt d'une défense commune les réunit, la rivalité et le besoin les di\isent. La personne, aussi bien que le nom d'une femme publique, est un . objet de haine et de dédain poiu- ses semblables. C'est peut-être le seul état ouvertement méprisé par les personnes qui le professent publiquement. L'amoiu'-propre, par l'inconséquence la plus saillante, cherche à s'étourdir sur sa propre infortime : on pai'aît oublier ce qu'on est, ou faii'e ime exception pour soi-même en traitant sévèrement ses compagnes.
S£ SATISFASSE SAXS PREJUDICE. 321
Les filles entretenues partagent de bien près l'infamie attachée à l'état des filles publiques. La raison en est simple : elles ne sont pas encore dans cette classe ; mais elles paraissent toujom-s à la veille d'y tomber. Cependant plus la même ^jersonne a vécu avec le même homme, plus elle s'éloigne de l'état dégradé, plus elle approche de la condition des femmes honnêtes. Plus la liaison a de diu'ée, plus il parait difficile de la rompre, plus elle présente l'espérance la perpétuité.
Que résulte-t-il de ces observations ? C'est que le remède, autant qu'il peut exister de remède, est dans le mal même. Plus cet état sera l'objet natui'el du mépris, moins il est nécessaire d'y ajouter la flétrissure des lois. Il emporte avec lui sa peine naturelle : peine qui est déjà trop grave quand on considère tout ce qui devrait disposer à la commisération en faveur de cette classe infortunée, victime de l'inégalité sociale, et toujours si près dn désespoir. Combien peu de ces femmes ont embrassé cet état par choix et avec connaissance de cause ! Combien peu y persévéreraient si elles pouvaient le quitter, si elles pouvaient sortir de ce cercle d'ignominie et de malheur, si elles n'étaient repoussées de toutes les carrières qu'elles pourraient tenter de s'ouvrir ! Combien y ont été précipitées par une erreur d'un moment, par l'inexpérience de l'âge, par la corniption de leui'S parents, par le crime d'un séducteur, par une sévérité inexorable pour une première faute, presque toutes par l'abandon et par la misère. Si l'opinion est injuste et tp'annique, le législateur doit-il exaspérer cette injustice, doit-il ser\ii- d'instrument à cette tyrannie ?
D'ailleurs, quel est l'effet de ces lois? C'est d'augmenter la corruption dont elles accusent cette malheureuse classe de femmes : c'est de les précipiter dans la crapule et l'excès des liqueiu's fortes, pour y trouver l'oubli momentané de leurs maux : c'est de les rendre insensibles au frein de la honte, en épuisant sm- le malheur l'opprobre qu'on aurait dû réserver aux \Tais crimes. C'est, enfin, d'empêcher les précautions qui pouiTaient adoucir les inconvénients de ce désordre s'il était toléré. Tous ces maux que les lois prodiguent sans ménagement sont un prix fou qu'elles payent pour obtenir un bien imaginaire, qu'elles n'obtiennent pas et n'obtiendi'ont jamais.
L'impératrice reine de Hongrie entreprit d'extirper ce mal, et y travailla avec vme persévérance louable dans ses principes, et digne d'une meilleui'e cause. Que s' ensuivit-il ? La comiption se répandit dans la ^ie piiblique et privée : le lit conjugal fut %iolé : le siège de la justice fut corrompu. L'adultère acquit tout ce que perdait le libertinage. Les magistrats firent un trafic de leur connivence. La fi-aude, la prévarication, l'oppression, l'extorsion, se répandirent dans