PEINES SIMPLES
des idées de richesse, d'abondance, de fertilité. L'innocence et le bonheur des oiseaux, des troupeaux, des animaux domestiques contrastent agréablement avec le souvenir des fatigues et des agitations de notre vie. Xous prêtons aux habitants des campagnes tout le plaisii' que nous éprouvons nous-mêmes par la nouveauté de ces objets. Enfin, la reconnaissance pour l'Être suprême, que noua regardons comme l'auteur de tous ces bienfaits, augmente notre confiance et notre admiration.
SECTION II
PEDîES SIMPLES.
1° Peines de privation : elles correspondent à tout plaisir quelconque dont l'absence excite un sentiment de chagrin. Il y en a trois modifications principales. 1° Si l'on souhaite im certain plaisir, mais que la crainte de le manquer soit plus grande que l'espérance de l'avoii", la peine qui en résulte se TioraTae peine du désir ou démnon satisfait. 2° Si l'on a fortement esjîéré d'en jouii-, et que tout d'un coup l'espéi'ance soit détruite, cette privation est ime peine d'attente trompée, ou en un seul mot qu'il serait bon de rétablir dans la langue fi'ançaise, désappointement. 3° Si l'on a joui d'un bien, ou ce qui revient au même, si l'on a compté fermement sur sa possession, et qu'on vienne à le perdi'e, le sentiment qui en résulte se nomme regret. Quant à cette langueur de l'âme caractérisée par le nom ^ ennui, c'est une peine de privation qui ne se rapporte pas à tel ou tel objet, mais à l'absence de tout sentiment agréable.
2" Peines des sens : elles sont de neuf espèces : celles de la /ai'm et de la soif; celles du goût, de V odorat, du toucher, produites par l'application des substances qui excitent des sensations désagréables ; celles de Vouïe et de la ime, produites par les sons ou les images qui blessent ces organes, indépendamment de toute association ; Vexcés du froid ou de la chaleur (à moins qu'on ne rapporte cette peine au toucher), les maladies de tout genre ; enfin, la fatigue, soit de l'esprit, soit du corps.
3° Peines de la maladresse : celles qu'on éprouve quelquefois dans des tentatives infeiictueuses, ou des efforts difiicilo> pour appliquer à leurs différents usages toutes les espèces d'outils ou d'instniments des plaisirs ou des besoins.
4° Peines de Vinimitié : ceRes (pi'un homme ressent lorsqu'il se croit l'objet de la malveillance de tel ou tels individus on particulier, et qu'en conséquence U peut être exposé à souffrir de leur haine, en quelque façon que ce soit.
50 Peines d'une mauvaise réputation : celles qu'im homme ressent
quand il se croit actuellement l'objet de la malveillance ou du mépris du monde qui l'environne, ou exposé à le devenii". C'est ce qu'on peut appeler aussi peines du déshonneur, peines de la sanction pojiidaire.
6° Peines de la piété : elles résultent de la crainte d'avoir offensé l'Être suprême, et d'encourir ses châtiments, soit dans cette vie, soit dans une vie à venir. Si on les juge bien fondées, on les appeUo craintes religieuses ; si on les juge mal fondées, on les appelle craintes superstitieuses.
7° Peines de la bienveillance : ce sont celles que nous éprouvons par l'aspect ou la pensée des souffi'ances, soit de nos semblables, soit des animaux. Les émotions de la pitié font couler nos larmes pour les maux d'autnii comme pom* les nôtres. On peut les appeler également j^eines de sympathie, peines des affections sociales.
8° Peines de la malveillance : c'est la douleiu- qu'on éprouve en songeant au bonheur de ceux qu'on hait. On peut les appeler peiyies d'antiptathie, peines des affections a nti -sociales.
9, 10, 11° Les p)eines de la mémoire, celles de V imagination, celles de la crainte, sont exactement le revers et la contre -partie des plaisirs de ce nom.
Lorsqu'ime même cause produit plusieiu'S de ces peines simples, on les considère comme une seule peine complexe. Ainsi l'exil, l'emprisonnement, la confiscation, sont autant de peines complexes qu'on peut décomposer, en suivant ce catalogue des peines simples.
Si le travail de di-esser ces catalogues est aride, en récompense il est d'une grande utilité. Tout le système de la morale, tout le système de la législation portent siu- cette base unique, la connaissance des peines et des plaisirs. C'est le principe de toutes les idées claii'es. Quand ou parle de \iees et de vertus, d'actions innocentes ou criminelles, de système rémunératoii'e ou pénal, de quoi s'agit-U ? de peines et de plaisirs, et pas autre chose. Un raisonnement en morale ou en législation qui ne peut pas se traduire par ces mots simples peitie et plaisir, est un raisonnement obscur et sophistique, dont on ne peut rien tirer.
Vous voulez, par exemple, étudier la matière des délits, ce gnind objet qui domine toute la législation. Cette étude ne sera au fond qu'une comparaison, un calcul de peines et de plaisirs. Tous considérerez le crime ou le mal de certaines actions, c'est-à-dire, les peines qui en résultent pour tels ou tels indi^-idus : le motif du déhnquant, c'cst-à-dii-e, l'attrait d'un certain plaisir qui l'a porté à le commettre : le profit du crime, c'est-à-dire, l'acquisition do quelque plaisir qui m a éto la conséquence : Ja punition légale à iniiiger. c'est-à-dii*e.