MESURES CONTRE LES MAUVAIS EFFETS
conjugale, mais il ne guérit pas la partie du mal qui consiste dans l'atteinte portée à l'honnem' et à la paix des familles.
Observons qu'à l'inverse des autres délits, dont on arrête d'autant plus sûrement les mauvais effets qu'on les met plus en évidence, les délits d'incontinence ne deviennent nuisibles qu'en devenant publics. Aussi un bon citoyen qui se ferait im devoir de publier un acte de fi-aude se garderait bien de dévoiler ime faute secrète de l'amour. Laisser vme fraude Laeonnue, c'est se rendre complice de son succès. Mettre au grand joui' une faiblesse ignorée, c'est faire un mal sans compensation : car on déchire la sensibilité de ceux qu'on livre à la honte, et l'on ne répare rien. Je compte parmi les établissements qui honorent l'humanité de notre siècle ces asiles secrets d'accouchements, ces hôpitaux poui* les enfants trouvés, qui ont prévenu si souvent les effets siuistres du désespoir, en cou\Tant des ombres du mystère les suites d'un égarement passager. Le rigorisme qui s'élève contre cette indulgence est fondé siu* un faux principe.
Les déhts qui naissent de Vinhnitié sont souvent tels qu'on ne saurait leiu" appliquer une compensation en argent. La compensation même, si elle peut avoir- lieu, est rarement complète : eUe ne défait pas ce qui est fait, elle ne restitue pas un membre perdu, elle ne rend pas un fil.s à son père, un père à sa famille ; mais elle peut agir siu' la conchtion de la partie lésée, elle lui foiuTiit im lot de bien en considération d'un lot de mal, et en réglant les comptes de sa prospérité, elle met un item du coté favorable, poiu' balancer un item du côté désavantageux.
L'observation essentielle siu' ces délits, c'est qu'ils diminuent de jour en joui- par les progrès de la civilisation. C'est ime chose admirable que d'observer dans la plupart des États de l'Eui'ope combien peu de crimes sont produits par les passions ii'aseibles si naturelles à l'homme, et si \iolentes dans l'enfance de la société. Quel objet d'émulation pour les gouvernements tardifs qm n'ont pas atteint ce degré de police, et chez qui le glaive de la justice n'a pas encore su vaincre les stylets de la vengeance !
Mais la soiu'ce inépuisable des délits, c'est la rapacité. YoUà l'ennemi, toujours actif, toujom-s prêt à saisir tous ses avantages, auquel il faut faire une guerre continuelle : cette guerre demande une tactique particulière dont les piiucipes ont été bien méconnus.
Soj'cz indulgent poiu" cette passion, tant qu'elle se borne à vous attaquer par des moyens paisibles ; attachez-vous smlout à lui ôter tout le profit injuste qu'elle a pu faire. Devenez sévère à son égai-d à mesure qu'elle se porte à des entreprises ouvertes, qu'elle a recours à la menace et à la violence. Cependant réservez-vous les moyens d'une sévérité ultérieure lorsqu'elle se livre à des atrocités, telles que
d'un délit dkjà commis. 389
le meurtre et rinecndic. C'est dans ces gradations bien ménagées que consiste l'art i)énal.
N'oubliez pas que toute police pénale n'est qu'un choix de maux. Sage administrateur des peines, ayez toujoui-s la balance dans vos mains, et dans votre zèle pour exeliu-e de petits délits, ne donnez pas imprudemment naissance à de plus grands. La mort est presque toujoiu's un remède ou qui n'est point nécessaire ou qui est inefficace : il n'est point nécessaire contre ceux qu'une peine inférieure peut détourner du crime, ou que le simple emprisonnement peut contenir : il n'est point efficace contre ceux qui se jettent poiu- ainsi dire au-devant d'elle, comme im asile dans leur désespoir. La politique d'im législateiu- qui pvmit tout avec la mort ressemble à l'aversion pusillanime d'un enfant qui écrase l'insecte qu'il n'ose regarder. Mais si les circonstances de la société, si la fréquence d'im grand délit demandent ce moyen terrible, osez, sans aggraver les toiu'ments mêmes de la mort, lui donner im aspect plus redoutable que celui de la nature: environnez-la d'accessoii-es lugubres, des emblèmes du crime et de la pompe tragique des cérémonies.
Cependant soyez difficile à croire à cette nécessité de la mort. En l'évitant dans les peines, vous la préviendix'Z même dans les déKts. Qu'im homme soit placé entre deux crimes, il imi^orte de lui donner un intérêt sensible à ne pas commettre le plus grand. Il importe, en im mot, de convertir l'assassin en filou, c'est-à-dire de lui donner ime raison de préférer le délit qui se répare à celui qui ne se répare point.
Tout ce qui peut se réparer n'est rien. Tout ce qu'on peut compenser avec une indemnité pécuniaire est bientôt comme nid et non avenu ; car si riudi\"idu lésé reçoit toujoiu's ime compensation équivalente, l'alarme causée par le délit cesse tout à fait, ou elle est réduite à son moindi'e terme.
L'objet à obtenir, ce serait que le fonds des comi)cnsations dues pour les délits fût tii'é de la masse des délui(|uants eux-mêmes, soit par leui's biens acquis, soit par le travail qui leur serait imjwsé. Si cela était ainsi, la sécurité serait la compagne inséparable de l'innocence, et la douleur et l'angoisse ne seraient que le partage des perturbateurs de l'ordre social. Tel est le point de perfection auquel il faut aspirer, quoiqu'on n'ait l'espérance d'y parvenir que lentement et par des efforts soutenus. J'indique le but. Le bonheur de l'attcindi-e sera la récompense d'imc administration persévérante et éclaù'ée.
Dans rinsuffisancc de ce moyen, il faut tirer la compensation, soit du trésor public, soit des assiu-ances 2>fii'ces,
L'imperfection de nos lois est bien sensible sous ce point de vue.