‹ Traités de législation civile et pénale;Chapitre 31 sur 299 · ESTIMATION DES PLAISIRS ET DES PEINES · texte numérisé non relu

ESTIMATION DES PLAISIRS ET DES PEINES

Si on examine la valeur d'un plaisii* considéré en lui-même, et par rapport à un seul individu, on trouvera qu'elle dépend de quatre circonstances.

1° Son intensité.

2° Sa durée.

3° Sa certitude.

4° Sa proximité.

La valeur d'une peine dépend des mêmes circonstances.

Mais en fait de peines ou de plaisirs, il ne suffit pas d'en examiner la valeur comme s'ils étaient isolés et indépendants : les peines et les plaisirs peuvent avoir des conséquences qui seront elles-mêmes d'autres peines et d'autres plaisirs. Si donc on veut calculer la tendance d'un acte dont il résulte iine peine ou un plaisir immédiat, il faut faire entrer dans l'estimation deux nouvelles ciix-onstances.

5° Sa fécomlité.

6" Sa pureté.

Plaisir fécoml : — celui qui a la chance d'être suivi de plaisirs du même genre.

Peine fécoiule : — celle qui a la chance d'être suivie de peines du même genre.

Plaisir pur : — celui qui n'a pas la chance de produire des peines.

Peine pure : — celle qui n'a pas la chance de produire des plaisirs.

Lorsqu'il s'agit de faire cette estimation par rapport à ime collection d'indi\-idus, il faut ajouter une autre circonstance.

7° Uétendiœ : c'est-à-dire, le nombre de personnes qui doivent se trouver affectées par ce plaisir ou par cette peine.

Veut-on évaluer ime action ? il faut suivre en détail toutes les opérations que l'on vient d'indiquer. Ce sont les éléments du calcul moral, et la législation devient une affaire d'arithmétique. Mal qu'on inflige, c'est la dépense ; bien qu'on fait naître, c'est la recette. Les règles de ce calcul sont les mêmes que de tout autre.

C'est là une marche lente, mais sûi*e : au lieu que ce qu'on appelle sentiment est im aperçu prompt, mais sujet à être fautif. Au reste, il ne s'agit pas de recommencer ce calcul à chaque occasion : quand on s'est familiarisé avec ses procédés, quand on a acquis la justesse d'esprit qui en résulte, on compare la somme du bien et du mal avec tant de promptitude, qu'on ne s'aperçoit j)as de tous les degrés du raisonnement. On fait de l'arithmétique sans le savoir. Cette méthode analytique redevient nécessaire, lorsqu'il se présente quelque opération nouvelle ou compliquée, ou lorsqu'il s'agit d'éclairoir un point contesté, d'enseigner ou de démontrer des vérités à ceux qui ne les connaissent pas encore.

. Cette théorie du calcul moral n'a jamais été clairement exposée;

Page 1