‹ Traités de législation civile et pénale;Chapitre 35 sur 299 · CAUSE DES DIFFERENCES · texte numérisé non relu

CAUSE DES DIFFERENCES

6° La force des facultés intellectuelles. Le degré de facilité à se rappeler des idées acquises ou à en acquérir de nouvelles constitue la force de l'intelligence. Différentes qualités de l'esprit peuvent se rapporter à ce chef, telles que l'exactitude de la mémoire, la capacité de l'attention, la clarté du discernement, la vivacité de l'imagination, etc.

7° La fermeté de l'âme. On attribue cette qualité à un homme lorsqu'il est moins affecté par des plaisirs ou des peines immédiates que par de grands plaisii'S ou de grandes peines éloignées ou incertaines. Quand Turenne, séduit par les prières d'une femme, lui dévoila le secret de l'État, il manqua de fermeté d'âme. Les jeunes Lacédémoniens qui se laissaient déchirer de verges à l'autel de Diane, sans pousser un cri, prouvaient que la crainte de la honte et l'espérance de la gloii-e avaient plus d'empire sur eux que la douleur actuelle la plus aiguë.

8° La persévérame. Cette circonstance se rajiporte au temps durant lequel un motif donné agit sur la volonté avec une force continue. On dit d'im homme qu'il manque de persévérance lorsque le motif qui le faisait agir perd toute sa force, sans qu'on puisse assigner ce changement à quelque événement extérieur-, à quelque raison qui ait dû l'affaiblir, ou lorsqu'il est susceptible de céder tour à tour à ime grande variété de motifs. C'est ainsi que les enfants se passionnent et se lassent de lem-s jouets.

9° La pente des hiclhuitions. Les idées que nous nous formons d'avance d'un plaisir ou d'une peine influent beaucoup sur la manière dont nous sommes affectés quand nous venons à éprouver ce plaisir ou cette peine. L'effet ne répond pas toujoui's à l'attente, maLs il y répond dans les cas les plus ordinaires. Le prix de la possession d'une femme ne peut pas s'estimer par sa beauté, mais par la passion de son amant. Connaît-on les penchants d'un homme ? on peut calculer avec une espèce de certitude les peines ou les plaisirs qu'un événement donné lui fait éprouver*.

10° Les notioiis d'honneur. On appelle honneur la sensibilité aux peines et aux plaisù-s qui dérivent de l'opinion des autres hommes, c'est-à-dire, de leui' estime ou de leirr mépris. Les idées d'honneiu* varient beaucoup chez les peuples et chez les individus. Il faut donc distinguer, premièrement, la force de ce motif, et secondement, sa direction.

11° Les nofio)is de religion. On sait à quel point le système entier de la sensibnité peut être altéré ou amélioré selon les idées reli-

* Les quatre circonstances suivantes ne sont que des subdivisions de ce chef: ce sont les inclinations, les passions, ôonsidérées par rapport à certains plaisirs et à certaines peines déterminées.

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