‹ Traités de législation civile et pénale;Chapitre 36 sur 299 · DANS LA SENSIBILITE · texte numérisé non relu

DANS LA SENSIBILITE

gieuses. C'est à l'époque de la naissance d'une religion qu'on voit ses pliis grands effets. Des peuples doux sont devenus sanguinaires, des peuples pusillanimes sont devenus intrépides, des nations esclaves ont repris leur liberté, des sauvages ont reçu le joug de la civilisation ; il n'est, en un mot, aucune cause qui ait produit des effets si prompts et si extraordinaii'es sur les hommes. Quant aux biais particuliers que la religion peut donner aux individus, ils sont d'ime diversité étonnante.

12° Les sentimetits de sympathie. J'appelle sympathie la disposition qui nous fait trouver du plaisir dans le bonheur des autres êtres sensibles, et compatir à leui-s peines. Si cette disposition s'applique à un seul individu, on l'appelle amitié ; si elle s'applique à des personnes souffrantes, eUe reçoit le nom de pitié ou de compassion ; si eUe embrasse une classe subordonnée d'individus, eUe constitue ce qu'on appelle esprit de corjys, esprit de parti ; si elle embrasse toute une nation, c'est esprit public, patriotisme ; si elle s'étend à tous les hommes, c'est humanité.

Mais l'espèce de sympathie qui joue le plus grand rôle dans la vie commune, c'est celle qui fixe les affections siu" des individus assignables, tels que des parents, des enfants, un mari, une femme, des amis intimes. Son effet général est d'augmenter la sensibilité, soit pour les peines, soit poui* les plaisirs. Le moi acquiert plus d'étendue, il cesse d'être solitaire, il devient coUectif, On vit pour ainsi dii'e à double dans soi et dans ceux qu'on aime, et même il n'est pas impossible de s'aimer mieux dans les autres que dans soimême, d'être moias sensible aux événements qui nous concernent, par leur effet immédiat sur nous, que par leiu' impression sur ceux qui nous sont attachés ; d'éprouver, par exemple, que la partie la plus amère d'une affliction, c'est la douleur qu'elle doit causer aux personnes qui nous aiment, et que le plus grand charme d'un succès personnel, c'est le plaisir qui nous revient de leur joie. Tel est le phénomène de la sympathie. Les sentiments reçus et rendus s'augmentent par cette communication, comme des verres, disposés de manière à se renvoyer les rayons de lumière, les rassemblent dans un foyer commun, et produisent im degré de chaleiu- beaucoup plus grand par leurs reflets réciproques. La force de ces sympathies est une des raisons qui ont fait préférer pai' les législateurs les hommes mariés aux célibataii'es, et les pères de famille à ceux qui n'ont jDoint d'enfants. La loi a bien plus d'empire sur ceux qu'ont peut atteindre dans une plus grande sphère ; et d'ailleui's, intéressés au bonheur de ceux qui doivent leur survivi-e, ils imissent dans leiirs pensées le présent à l'avenir, tandis que les hommes qui n'ont pas les mêmes liens n'ont d'intérêt que dans une possession viagère.

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