RAISONS POUR KRIGER, ETC
La propagation du bieïi est moins rapide, moins sensible que celle d\i mal. Un grain de bien, si j'ose parler ainsi, est moins productif en espérances qu'un grain de mal ne l'est en alarmes. Mais cette différence est abondamment compensée ; car le bien est un résultat nécessaii'e de causes natm-elles qui opèrent toujours, tandis que le mal ne se produit que par accident et par intervalle.
La société est tellement constituée, qu'en travaillant à notre bonheur particulier, nous travaillons pour le bonheur général. On ne peut augmenter ses propres moyens de jouissance sans augmenter ceux d'autnu. Deux peuples, comme deux individus, s'enrichissent par leiu' commerce réciproque, et tout échange est fondé sur des avantages respectifs.
Heureusement encore les effets du mal ne sont pas toujoiu-s eu mal. ris revêtent souvent la qualité contraii'e. Ainsi les peines juridiques, appliquées aux délits, quoiqu'elles produisent un mal du premier ordre, cessent dans la société d'être regardées comme un mal, parce qu'elles produisent un bien du second ordre. Elles entraînent de l'alarme et du danger ; mais ponr qui ? Ce n'est que pour une classe d'hommes malfaisants, qui veulent bien s'y exposer : qu'ils soient tranquilles, il n'y a plus poui- eux ni danger ni alarme.
Nous n'aurions jamais pu parvenir à subjuguer jusqu'à im certain point ce vaste empii-e du mal, si noiis n'avions appris à nous ser\-ir de quelques maux pour en combattre d'autres. Il a fallu façonner des auxiliaires parmi les peines, poui- les opposer à d'autres peines qui fondaient sur nous de toutes parts. C'est ainsi que, dans l'art de guérir une autre classe de maux, les poisons bien ménagés sont devenus des remèdes.