ANALYSE DU MAL, SES PARTIES
Mais le mal du second ordi-e i)eut embrasser la société tout entière. Qu'un fanatique, jjar exemple, commette un assassinat pour cause d'hérésie, le mal du second ordi'e, l'alarme surtout, peut valoir plusieurs millions de fois le mal du premier ordi-e.
Il y a une grande classe de délits dont tout le mal consiste en danger. Je parle de ces actions qui, sans blesser aucun individu assignable, sont nuisibles à la société entière. Prenons pour exemple un délit contre la justice. La mauvaise conduite d'un juge, d'un accusateur ou d'un témoin, fait absoudre un coupable. Voilà un mal sans doute, car voilà un danger, le danger d'enhardir par l'impunité le délinquant lui-même à réitérer ses ciimes ; le danger d'encourager d'autres délinquants par l'exemple et le succès du premier. Cependant il est probable que ce danger, tout grave qu'il peut être, aura échappé à l'attention du j^ublic, et que ceux qui, par l'habitude de la réflexion, sont capables de le démêler, n'en concevront point d'alarme. Ils ne craignent pas de le voir se réaliser sur personne.
Mais l'importance de ces distinctions ne peut se faire sentir que dans leur- développement. Xous en verrons bientôt une aj^pUcation particulière.
Si nous jîortons la xue encore plus loin, nous découvrirons un autre mal qui peut résulter d'un délit. — Quand l'alarme arrive à un certain point, quand elle dure longtemps, son effet ne se borne pas aux facultés passives de l'homme ; il passe jusqu'à ses facilités actives, il les amortit, il les jette dans un état d'abattement et de torpeur. Ainsi, quand les vexations, les déprédations sont devenues habituelles, le labom-eur découragé ne travaille plus que poiu' ne pas mourir de faim ; il cherche dans la paresse la seule consolation de ses maux : l'industrie tombe avec l'espérance, et les ronces s'emparent des terrains les plus fertiles. Cette branche du mal peut s'appeler le mal du troisième ordre.
Que le mal arrive par le fait d'un homme, ou qu'il résulte d'un événement pm-ement physique, toutes ces distinctions seront également applicables.
Heureusement, ce n'est pas au mal seul qu'il appai'ticnt de se propager et de se répandre. IjC bien a les mêmes prérogatives. Suivez l'analogie, vous verrez sortir d'ime bonne action im bien du premier ordre, également di^•isible en primitif et dérivatif: et un bien dit secoiul ordre qui produit im certain degré de confiance et de sûreté.
Le bien du troisième ordre se manifeste dans cette énergie, cette gaîié de cœur, cette ardeur d'agir qu'inspù-ent les motifs rémunératoires. L'homme, animé par ce sentiment de joie, trouve en luimême des forces qu'il ne se connaissait pas.