RAISONS POUR ÉRIGER
Ainsi tout acte de cruauté produit par une passion dont le principe est dans tous les cœurs, et dont tout le monde peut souffrir, fera éprouver une alarme qui continuera jusqu'à ce (jue la punition du coupable ait transporté le danger du côté de l'injustice, de l'inimitié cruelle. Voilà une souffrance commune à tous ; et n'oublions pas une autre peine qui en résulte, cette peine de s}Tiipathie que ressentent les cœurs généreux à l'aspect des délits de cette nature.
II. Si nous examinons maintenant les actes qui peuvent naître de ce motif impérieux, de ce désir auquel la natui-e a confié la pei'pétuité de l'espèce et une si grande partie de son bonheur, nous verrons que lorsqu'il blesse la sûreté de la personne ou la condition domestique, le bien qui résulte de sa satisfaction n'est pas à comparer avec le mal qui en découle.
Je ne parlerai ici que de l'attentat qui compromet manifestement la sûreté de la personne : le viol. Il ne faut pas, par une plaisanterie grossière et puéiile, nier l'existence de ce délit et en diminuer l'horreiu'. Quoi qu'on puisse dii'e à cet égard, les femmes les plus prodigues de leurs faveurs n'aimeront pas qu'une foi-eur bmtale les leur mvisse. Mais ici la grandeur de l'alarme rend inutile toute discussion sur le mal primitif. Quoi qu'il en soit du délit actuel, le délit possible sera toujoiu-s un objet d'effi'oi. Plus le désii- qui donne naissance à ce crime est universel, plus l'alarme a de grandcui- et de force. Dans les temps où les lois n'ont pas eu assez de puissance poiu' le réprimer, où les mœurs n'étaient pas assez réglées poiir le flétrir, il faisait naître des vengeances dont l'histoii'e nous a conservé quelque souvenir. Les nations entières s'intéressaient à la querelle : les haines se transmettaient des pères aux enfants. Il paraît que la sévère clôture des femmes grecques, inconnue dans les temps d'Homère, dut son origine à une époque de troubles et de révolutions où la faiblesse des lois avait multiplié les désordi'es de ce genre et répandu une terreiir générale.
III. Quant au motif de la cupidité, en comparant le plaisir d'acquérir par usurpation avec la peine de perdre, Vwa. ne sei-ait pas l'équivalent de l'autre. Mais il y a des cas, où s'il fallait s'arrêter aux effets du premier ordi-e, le bien am-ait sur le mal une prépondérance incontestable. En considérant le délit sous ce point de vne seulement, on ne saurait assigner aucime bonne raison pour justifier la rigueur des lois. Tout roule sui* le mtil du second ordre : c'est ce mal qiii donne à Faction le caractère de délit ; c'est ce mal qui nécessite la peine. Prenons pour exemple le désii' physique qui a pour objet de satisfaire la faim. Qu'un indigent, pressé par ce besoin, vole dans ime maison opulente un pain, qui peut-êtie hii sauve la rie, peut-on mettre en parallèle le bien qu'il se fait à lui-même, et