‹ Traités de législation civile et pénale;Chapitre 75 sur 299 · DE LA SÛRETÉ · texte numérisé non relu

DE LA SÛRETÉ

Ce bien inestimable, indice distinetif de la civilisation, est entièrement l'ouvi-age des lois. Sans lois, point de sûreté, par conséquent point d'abondance, ni même de subsistance certaine. Et la seule égalité qui puisse exister en cet état, c'est l'égalité de malheur.

Pour estimer ce grand bienfait de la loi, il ne faut que considérer l'état des sauvages. Ils luttent sans cesse contre la famine : elle moissonne quelquefois en peu de jours des peuplades entières. La rivalité des subsistances produit parmi eux les guerres les plus cnielles, et l'homme poursuit Thomme comme les bêtes féroces pour s'en noiu'rir. La crainte de cette horrible calamité fjiit taii'e chez eux les plus doux sentiments de la nature : la pitié s'allie à l'insensibilité pour donner la mort aux \ieillards qui ne peuvent plus suivre leur proie. . .

Examinez encore ce qui se passe dans ces époques terribles où les sociétés civilisées rentrent presque dans l'état sauvage, c'est-à-dire, lorsque dans la guerre les lois qui font la sûi'eté sont en partie suspendues. Chaque instant de sa durée est fécond en calamités. À chaque pas qu'elle imprime sur le globe, à chaque mouvement qu'elle fait, la masse existante de la richesse, le fonds de l'abondance et de la subsistance, décroît et dépérit. Les chaujnières sont ravagées comme les palais. Et combien de fois la rage ou même le caprice d'un moment n'ont ils pas livré à la destruction le produit lent des travaux d'un siècle?

La loi seule a fait ce que tous les sentiments natm-els n'auraient pas eu la force de faire. La loi seule peut créer une possession fixe et durable qui mérite le nom de propriété. La loi seule peut accoutimier les hommes à courber la tête sous le joug de la prévoyance, d'abord pénible à porter, mais ensuite agréable et doux. EUe seule peut les encourager à un travail superflu pour le présent, et dont ils ne jouiront que dans l'avenu-. L'économe a autant d'ennemis qu'il y a de dissipateui-s, ou d'hommes qui veulent jouii' sans se donner la peine de produire. Le travail est trop pénible poui' la paresse : il est trop lent pour l'impatience. La rase et l'injustice conspirent sourdement pour s'en approprier les fruits ; l'insolence et l'audace méditent de les ravir à force ouverte. Ainsi partout la sûreté chancelle : toujours menacée, jamais tranquille, elle Ait au milieu des embûches. Il faut au législateiu- une vigilance toujoiu's soutenue, une puissance toujours en action pour la défendre contre cette foule renaissante d'adversaires.

La loi ne dit pas à l'homme : Travaille, et je te réœmpenserai ; mais elle lui dit : Travaille, et les fruits de ton travail, cette récompense naturelle et suffisante que sans moi tu ne pourrais conserver, je fen assurerai la jouissance, en arrêtant la main qui voudrait les ravir.

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