‹ Traités de législation civile et pénale;Chapitre 76 sur 299 · DE LA PROPRIÉTÉ · texte numérisé non relu

DE LA PROPRIÉTÉ

Si l'industrie crée, c'est la loi qui conserve : si au premier moment on doit tout au travail, au second moment et à tout autre, on est redevable de tout à la loi.

Pour se faire une idée nette de toute l'étendue qu'il faut donner au principe de la sûreté, il faut considérer que l'homme n'est pas, comme les animaux, borné au présent, soit poui- souf&ir, soit pour jouir, mais qu'il est susceptible de peines et de plaisir- par anticipation, et qu'il ne suffirait pas de le mettre à l'abri d'une perte actuelle, mais qu'il faut lui garantir autant que possible ses possessions contre les pertes futures. Il faut prolonger l'idée de sa sûreté dans toute la perspective que son imagination est capable de mesm-er.

Ce pressentiment, qui a une influence si marquée siu* le sort de l'homme, peut s'appeler attente, attente de l'avenir. C'est par elle que nous avons la faculté de former un plan général de conduite : c'est par elle que les instants successifs qui composent la durée de la vie ne sont pas comme des points isolés et indépendants, mais de-siennent des parties continues d'un tout. L'attente est une chaîne qui unit notre existence présente à notre existence future, et qui passe même au delà de nous jusqu'à la génération qui nous suit, La sensibilité de l'homme est prolongée dans tous les anneaux de cette chaîne.

Le piTUcipe de la sûi'eté comprend le maintien de toutes ces attentes : il prescrit que les événements, autant qu'Us dépendent des lois, soient conformes aux attentes qu'elles ont fait naître.

Toute atteinte portée à ce sentiment produit un mal distinct, un mal spécial que nous appellerons peme d'attente trompée.

Il faut que les vues des jurisconsultes aient été bien confuses, puisqu'ils n'ont jamais donné ime attention particulière à un sentiment si fondamental dans la vie humaine, À peine ce mot d'attente se trouve-t-il dans leur vocabulaire, A peine trouverait-on dans leurs ouvrages un argument fondé stu' ce principe. Ils l'ont suivi sans doute à beaucoup d'égards, mais ils l'ont suivi par instinct plus que par raison. S'ils avaient connu son extrême importance, ils n'auraient pas manqué de le nommer, de le signaler, au lieu de le laisser dans la foule.

CHAPITEE YIII.

DE LA PKOPEIJÉXi:.

Pour mieux sentir' le bienfait de la loi, cherchons à nous faire ime idée nette de la propriété. Nous verrons qu'il n'y a point de propriété natiu'elle. qu'elle est uniquement l'ouvrage des lois.

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