‹ Traités de législation civile et pénale;Chapitre 86 sur 299 · SACRIFICES DE LA SÛRETÉ À LA SÛRETÉ · texte numérisé non relu

SACRIFICES DE LA SÛRETÉ À LA SÛRETÉ

donné sans sacrifier l'objet principal. Les hommes que vous aurez rendus libres par ces gradations seront bien plus capables de l'être, que si vous lem' a\'iez appris à fouler aux pieds la justice pour les introduii'e dans un nouvel ordre social.

Obsei-vons que chez une nation qui prospère par son agriculture, ses manufactures et son commerce, il y a un progrès continuel vers l'égalité. tSi les lois ne faisaient rien pour la combattre, si elles ne maintenaient pas de certains monopoles, si elles ne gênaient pas l'industrie et les échanges, si elles ne permettaient pas les substitutions, on veiTait sans effort, sans révolution, sans sec-ousse, les grandes propriétés se subdiviser peu à peu, et im plus grand nombre d'hommes participer aux faveui's modérées de la fortune. Ce serait le résultat natiu'el des habitudes opposées qui se forment dans l'opulence et dans la pauvi-eté. La première, prodigue et vaine, ne demande qu'à jouir sans rien faire : la seconde, accoutumée à l'obscurité et aux privations, trouve ses plaisirs dans son travail et dans son économie. De là le changement qui s'est fait dans l'Europe, par le progrès des arts et du commerce, malgré les obstacles des lois. Ils ne sont pas bien loin de nous ces siècles de la féodalité, où le monde était divisé en deirs classes, quelques grands propriétaires, qui étaient tout, et une multitude de serfs, qui n'étaient rien. Ces hauteurs pyramidales ont dispani ou se sont abaissées ; et de leurs débris répandus partout, les hommes industrieux ont formé ces étabHssements nouveaux dont le nombre infini atteste le bonheur comparatif de la civilisation moderne. Ainsi l'on peut conclure que la sûreté, en conservant son rang comme piincipe suprême, condmt indii'ectement à procurer Végalité, tandis que celle-ci, prise pour base de l'arrangement social, détniirait la sûreté, en se détruisant elle-même.

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